Pixel — Mourad Merzouki — 2014
La scénographie numérique comme espace interactif générateur de mouvement
Créé en 2014 à la Maison des Arts de Créteil, Pixel marque une étape importante dans le parcours de Mourad Merzouki. Figure majeure du hip-hop scénique et directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil, il y explore la rencontre entre danse et arts numériques.
La création numérique est conçue par la compagnie Compagnie Adrien M / Claire B, dirigée par Adrien Mondot et Claire Bardainne. La musique originale est signée Armand Amar.
Dans Pixel, la scénographie ne repose plus sur des éléments matériels traditionnels. Elle est constituée de projections interactives générées en temps réel. L’espace devient mouvant, instable, parfois illusoire. Le danseur évolue dans un environnement immatériel qui peut l’accompagner, le prolonger ou l’entraver.
I. Un espace immatériel en mouvement
La scène est plongée dans l’obscurité. Les projections lumineuses dessinent des lignes, des vagues, des particules, des volumes géométriques. Ces images ne sont pas fixes : elles réagissent au mouvement des interprètes grâce à un logiciel interactif.
Le sol peut sembler s’effondrer. Des pixels tombent comme une pluie. Des vagues lumineuses se déplacent sous les pieds des danseurs. L’espace scénique devient instable, changeant, presque organique.
Le décor n’est plus un cadre. Il est un environnement dynamique. Il modifie la perception de la profondeur, de la verticalité et de la gravité. Le spectateur hésite entre réalité et illusion.
II. Le corps face au numérique
Le danseur hip-hop, habitué à la virtuosité, aux appuis puissants et à la maîtrise du sol, doit ici adapter son mouvement à un espace qui n’a pas de matérialité réelle.
Les projections peuvent sembler soutenir, repousser ou absorber le corps. Pourtant, il n’y a rien de tangible. Cette absence de matière oblige l’interprète à travailler l’imaginaire. Il doit croire à l’existence de ce monde virtuel pour que le spectateur y croie aussi.
Le mouvement devient dialogue. Parfois le numérique prolonge le geste, comme si le bras traçait une ligne lumineuse dans l’air. Parfois il crée un obstacle fictif que le danseur contourne. La scénographie agit comme un partenaire invisible.
III. Une extension du réel
Pixel interroge notre rapport contemporain aux images et aux écrans. Nous vivons entourés d’images numériques. Merzouki transpose cette réalité sur le plateau.
Le numérique devient une matière nouvelle. Non pas une matière résistante comme la terre ou l’eau, mais une matière optique. Elle agit sur la perception plus que sur la physicalité.
La chorégraphie conserve l’énergie du hip-hop, ses appuis au sol, ses impulsions, ses suspensions. Mais cette énergie est mise en tension avec un univers poétique, fragile, mouvant. L’équilibre entre virtuosité et illusion crée une écriture chorégraphique singulière.
Dans Pixel, la scénographie n’est ni décorative ni illustrative. Elle constitue un véritable dispositif générateur de mouvement. L’espace numérique reconfigure les repères spatiaux, transforme la perception du spectateur et oblige le danseur à dialoguer avec l’invisible.
La contrainte n’est plus matérielle mais perceptive. Le corps évolue dans un monde d’illusions où la frontière entre réel et virtuel se brouille.
La scénographie devient ainsi un partenaire actif, capable de produire de nouvelles qualités de mouvement et de renouveler profondément l’écriture chorégraphique.
