La Sylphide — L’illusion romantique et la fabrique du surnaturel

La Sylphide est créée en 1832 à l’Opéra de Paris, chorégraphiée par Filippo Taglioni pour sa fille Marie Taglioni. Elle devient l’une des œuvres fondatrices du ballet romantique. L’action se déroule en Écosse et met en scène James, jeune homme fiancé, fasciné par une créature surnaturelle, la Sylphide, qui l’entraîne dans la forêt avant de disparaître tragiquement.

La musique originale est composée par Jean-Madeleine Schneitzhoeffer. Dans les versions ultérieures, notamment celle d’August Bournonville (1836), une nouvelle partition est écrite par Herman Severin Løvenskiold.

La scénographie romantique est indissociable de l’essor des innovations techniques du XIXe siècle : éclairage au gaz, machineries, trappes et systèmes de filins permettant de faire “voler” la danseuse.


I. Les décors : du réel au fantastique

L’un des éléments scénographiques majeurs de La Sylphide réside dans l’utilisation de filins et de systèmes de poulies permettant de donner l’illusion du vol.

La Sylphide apparaît, disparaît, semble suspendue dans l’air. Cette machinerie renforce l’image d’un être immatériel et inaccessible.

Le mouvement chorégraphique est en adéquation avec cette illusion : travail sur la légèreté, élévation, utilisation des pointes. Le tutu romantique long et vaporeux accentue l’effet d’apesanteur.

La scénographie devient ici un outil au service d’un idéal esthétique : la femme aérienne, éthérée, insaisissable.

III. Costumes et logique des couleurs

Le costume blanc de la Sylphide participe à la symbolique romantique de pureté et d’irréalité. Le tutu long en tulle crée un halo autour du corps et prolonge visuellement le mouvement.

James porte un costume ancré dans le monde terrestre. Le contraste entre les couleurs sobres de l’univers humain et le blanc lumineux de la Sylphide renforce l’opposition entre réalité et imaginaire.

Le costume n’entrave pas le mouvement mais soutient la dramaturgie.


IV. Rapport à la musique

La musique accompagne la construction dramatique en différenciant les deux univers.

Les passages domestiques sont structurés, dansants, ancrés.
Les scènes de la forêt adoptent une tonalité plus mystérieuse, plus suspendue.

La musique soutient l’illusion sans jamais la contrarier. Elle participe à l’atmosphère romantique et au climat surnaturel.


Dans La Sylphide, la scénographie est pleinement assujettie à la compréhension de l’univers romantique. Décors contrastés, machineries, costumes vaporeux et musique construisent un monde où l’illusion scénique devient essentielle. La scénographie ne transforme pas encore radicalement l’écriture du mouvement, mais elle permet d’en exalter la dimension poétique et surnaturelle.