Enseignement - Classe Terminale
La danse et les échanges interculturels
Sujet : Depuis le XXe siècle, la prise en compte des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique a profondément évolué - Comment cette évolution s’est-elle traduite dans les œuvres et les pratiques chorégraphiques contemporaines ?
Sommaire
Activité 1 - Comprendre le sujet
Activité 2 - Construire mon corpus de connaissances de la partie 1
Dossier - La catégorisation du mouvement en danse: étude du passage du classique au néoclassique
Dossier - Le métissage en danse : richesses et limites d’une hybridation
Activité 3 - Construire le corpus de connaissance de la partie 2
Dossier - Zero Degrees : métissage et dialogue des identités
Dossier - Swan Lake de Dada Masilo : réinterprétation et affirmation culturelle
Dossier - Nomad : une exploration du mouvement et de l’identité
Dossier - Éloge du puissant royaume : les danses urbaines comme affirmation culturelle
Activité 4 - Construire le corpus de connaissance de la partie 3
Dossier - Le postmodernisme en danse – Liberté gestuelle et tensions culturelles
Dossier - Xenos (2018) : Hybridation, mémoire et controverses culturelles
Dossier - Sous les fleurs (2016) : entre hommage et appropriation culturelle
Dossier - SLĀV (2018) : entre hommage musical et accusations d’appropriation culturelle
Notre but doit être l’unité et pas uniformité. On atteint l’unité seulement à travers la variété. Il faut intégrer des différences, pas annihilé, pas absorbé.
Mary Parker Follett
Dossier - Analyse du sujet
Depuis le XXe siècle, la prise en compte des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique a profondément évolué : comment cette évolution s’est-elle traduite dans les œuvres et les pratiques chorégraphiques contemporaines ?
Les thèmes du sujet :
Ce thème interroge l’évolution des esthétiques et des pratiques chorégraphiques dans un contexte de mondialisation et de métissages culturels. Il met en lumière la manière dont les chorégraphes intègrent des influences culturelles diverses pour enrichir leur écriture et créer de nouveaux langages de danse.
Définition des mots clefs du sujet :
Diversité culturelle : Ensemble des différences culturelles (valeurs, esthétiques, traditions) qui coexistent au sein d’une société ou entre différentes sociétés. En danse, cela se traduit par l’intégration de styles, techniques et esthétiques issus de cultures variées.
Écriture chorégraphique : Manière dont le chorégraphe conçoit, structure et met en scène le mouvement dans l’espace et le temps. Cela inclut le vocabulaire corporel, la scénographie, la dramaturgie et le style.
Hybridation : Processus par lequel des éléments provenant de différentes cultures ou styles se mélangent pour créer une nouvelle forme artistique.
Appropriation culturelle : Fait de s’approprier, souvent sans en reconnaître l’origine, des éléments culturels d’une autre culture, en particulier celle de populations minoritaires ou marginalisées. Cette notion soulève des questions éthiques dans le contexte artistique.
Questionnement
Comment les chorégraphes du XXe et XXIe siècles ont-ils intégré les diversités culturelles dans leurs œuvres et leurs pratiques chorégraphiques ?
Quels langages hybrides et quelles formes artistiques nouvelles ont émergé de cette intégration ?
Comment la mondialisation et les échanges culturels ont-ils enrichi l’écriture chorégraphique tout en posant des questions éthiques et esthétiques ?
En quoi la prise en compte de ces diversités transforme-t-elle notre regard sur la danse et sur les identités culturelles ?
Problématique
En quoi la prise en compte des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique contemporaine témoigne-t-elle d’un enrichissement des langages de la danse et d’une interrogation sur les identités culturelles et les rapports de pouvoir dans un monde globalisé ?
Plan
Partie 1 : Diversité des styles et reconnaissance des identités culturelles2. Prises de conscience et appels à l’action
Partie 2 : Vers des écritures hybrides
Partie 3 : Enjeux et controverses
Activité 1 - Comprendre le sujet
Analyser des images
Depuis le XXe siècle, la prise en compte des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique a profondément évolué : comment cette évolution s’est-elle traduite dans les œuvres et les pratiques chorégraphiques contemporaines ?
Comparez ces quatre images - argumentez autour de la notion de diversité culturelle

Swan Lake revisité par Dada Masilo (2010)

Zero Degrees d’Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui (2005)

Éloge du puissant royaume, Heddy Maalem,2017

Sous les fleurs de Thomas Lebrun (2017)
| Swan Lake revisité par Dada Masilo (2010) | Zero Degrees d’Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui (2005) | Éloge du puissant royaume, Heddy Maalem,2017 | Sous les fleurs de Thomas Lebrun (2017) | |
|---|---|---|---|---|
| Contexte social et historique | ||||
| Posture | ||||
| Costume | ||||
| Théme |
Activité 2 - Construire mon corpus de connaissances de la partie 1
Construire ses connaissances
Comment les chorégraphes ont-ils intégré et affirmé les spécificités stylistiques et culturelles dans leurs écritures chorégraphiques au XXe siècle ?
À partir des dossiers suivants, construisez un corpus de connaissances en vous appuyant sur les œuvres et les artistes proposés.
Table 1 : Danse classique et néoclassique
Œuvre et image : Apollo de George Balanchine (1928)
Analyse : rupture avec l’ornementation classique, lignes épurées, émergence d’un style néoclassique.
Table 2 : Réalité(s) de Gervais Tomadiatunga – Compagnie Danseincolore
Analyse : ancrage au sol, polyrythmie, transmission orale, importance du rapport musique-mouvement.
Table 3 : Danses urbaines (breakdance, krump)
Œuvre et image : Photo d’un battle de breakdance (dans une compétition type Red Bull BC One) ou d’un battle de Krump
Analyse : terminologies spécifiques, improvisation, expression d’identités et de contestations sociales.

Apollo de George Balanchine (1928)
Réalité(s) de Gervais Tomadiatunga
Finale mondiale du Red Bull BC One 2022
Dossier - La catégorisation du mouvement en danse: étude du passage du classique au néoclassique
La danse s’est structurée au fil des siècles par la mise en place de codifications précises. Chaque style de danse est ainsi identifiable par une grammaire spécifique de mouvements, une esthétique définie et une terminologie propre. Cette catégorisation rigoureuse, visible dans la danse classique et ses dérivés, a permis de transmettre et de conserver les savoir-faire, mais aussi de marquer des frontières stylistiques
1. Le ballet classique : une codification rigoureuse
La danse classique, codifiée dès le XVIIe siècle, repose sur des principes incontournables : les cinq positions fondamentales, les ports de bras précis, l’en-dehors, l’élévation, la symétrie, la virtuosité technique (pirouettes, entrechats), et une scénographie riche et narrative. Ces codes sont enseignés dans les académies et servent de base aux grandes œuvres classiques comme Le Lac des cygnes de Marius Petipa (1895). On parle alors de « vocabulaire classique », chaque mouvement ayant son nom et sa fonction dans la construction chorégraphique. La mise en scène privilégie l’harmonie et la narration, les costumes fastueux et les décors élaborés renforçant l’esthétique noble et théâtrale du ballet classique.
2. La rupture avec le style néoclassique : l’exemple d’Apollo de Balanchine
À partir du début du XXe siècle, George Balanchine initie, avec Apollo (1928), une rupture qui, tout en s’appuyant sur la technique classique, simplifie et épure l’écriture. Ce style néoclassique conserve la verticalité, l’alignement et les positions, mais les débarrasse des ornements inutiles : bras linéaires, gestes plus directs, costumes minimalistes, absence de décors superflus. Balanchine s’inspire de la partition d’Igor Stravinsky pour créer un dialogue organique entre les sons et le mouvement, sans recherche d’ornement ni de récit complexe. Ce passage du ballet classique au néoclassique ne consiste pas en un rejet des traditions, mais plutôt en une réinvention. Balanchine conserve les fondations techniques du ballet mais les libère des contraintes narratives et esthétiques pesantes. Apollo se distingue par sa modernité : le geste pur y devient central, et le spectateur est invité à contempler la beauté du mouvement pour lui-même. Cette simplification montre que, même dans une évolution, les styles gardent leur catégorisation propre et claire : le néoclassique n’est pas une fusion avec d’autres esthétiques, mais une adaptation du ballet classique aux formes modernes.
3. L’importance des terminologies dans la catégorisation des styles
Cette logique de catégorisation est également visible dans d’autres styles :
En jazz, chaque mouvement est codifié et nommé (isolations, contractions, swings). Le style jazz conserve une grammaire définie, avec des enchaînements spécifiques et des intentions corporelles marquées.
Dans le hip-hop, chaque sous-style possède aussi sa terminologie et ses codes : popping, locking, breaking (avec top rock, footwork, freeze), krump (stomp, chest pop, arm swing). Ces styles, bien qu’issus de pratiques sociales et contestataires, ont généré des langages corporels identifiables et enseignables.
Ainsi, la catégorisation du mouvement est une constante dans la création des styles de danse. Chaque vocabulaire, qu’il soit académique ou issu des danses urbaines, constitue un système autonome et reconnu.
Comprendre cette structuration stylistique est essentiel pour analyser les œuvres : Le Lac des cygnes incarne l’académisme et la richesse du vocabulaire classique, tandis qu’Apollo révèle un choix artistique clair en faveur de l’épure, sans mélange avec d’autres traditions. Cette distinction est fondamentale pour aborder ensuite les véritables hybridations qui naîtront dans les écritures chorégraphiques contemporaines. L’évolution du style classique vers le néoclassique illustre une dynamique où la danse s’émancipe des codes anciens tout en conservant une structure catégorisée, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles formes.
Dossier -La diversité culturelle en danse : les traditions africaines et l’engagement chorégraphique dans Réalité(s) de Gervais Tomadiatunga
L’Afrique est un continent d’une richesse culturelle inestimable, où la danse joue un rôle central dans la vie sociale et spirituelle. Chaque pays, chaque région, et même chaque village, possède sa propre tradition dansée, souvent liée à des croyances, à des rituels ou à des moments clés de la vie collective : danse pour appeler la pluie, pour honorer les ancêtres, pour célébrer les récoltes ou marquer des passages initiatiques. Cette pluralité fait de la danse un miroir de la diversité des cultures africaines, où le corps devient un langage chargé de sens.
La diversité culturelle dans les danses traditionnelles africaines
Les danses africaines se distinguent par leurs spécificités régionales : au Congo, le soukous et le ngoma sont populaires, mêlant rythmes polyrythmiques et mouvements ancrés au sol. Dans d’autres régions, les danses varient selon les besoins de la communauté : danses de chasse, de guérison, de funérailles. Chaque danse est codifiée et transmise oralement, incluant une symbolique propre (gestes des bras pour mimer la pluie, frappes des pieds pour dialoguer avec la terre, percussions corporelles). La musique, les chants et les instruments traditionnels (tambours, balafons) accompagnent ces danses, renforçant le lien entre mouvement et rituel. Cette richesse fait que chaque village peut revendiquer une identité culturelle spécifique à travers sa danse, véritable mémoire collective.
Réalité(s) : une œuvre chorégraphique enracinée dans les cultures congolaises
Créée par Gervais Tomadiatunga, danseur et chorégraphe congolais, Réalité(s) puise dans ces danses traditionnelles pour construire un langage chorégraphique personnel et engagé. Cette pièce met en lumière les tragédies sociales de son pays d’origine, le Congo-Brazzaville, notamment le travail des enfants dans les mines de coltan, la guerre civile et la violence politique. La gestuelle de Réalité(s) fusionne danses congolaises et danse contemporaine, tout en conservant la mémoire des mouvements traditionnels. Le martèlement des pieds évoque les rituels d’appel aux esprits, les bras levés rappellent les danses de supplication, tandis que les postures ancrées au sol traduisent une résistance symbolique. Les percussions corporelles et les sons bruts amplifient le message d’urgence et d’espoir.
À travers cette œuvre, Tomadiatunga illustre que la danse n’est pas qu’un art du divertissement : elle est un langage, un moyen de raconter l’histoire collective, de rendre hommage aux traditions tout en portant une parole engagée sur les réalités contemporaines. Réalité(s) devient ainsi un pont entre passé et présent, entre tradition et modernité, entre l’intime et l’universel.
L’étude de Réalité(s) met en lumière l’incroyable diversité culturelle des danses africaines, où chaque style raconte une histoire propre à sa communauté d’origine. Cette œuvre rappelle l’importance de préserver ces patrimoines vivants, tout en montrant que la danse peut aussi être un outil de dénonciation et de résilience. Elle pose enfin la question de la manière dont ces traditions peuvent dialoguer avec les écritures chorégraphiques contemporaines sans perdre leur essence.
Dossier - Codification et culture des danses urbaines : le breakdance et le krump, entre tradition et revendication
Le breakdance et le krump, deux styles majeurs des danses urbaines, sont nés dans les quartiers populaires afro-américains des États-Unis. Ces danses, codifiées et ancrées dans des pratiques sociales et contestataires, incarnent une culture de la rue et une fierté identitaire. Elles se sont développées en parallèle de la culture hip-hop, avec une terminologie propre et des codes précis, tout en créant des espaces de compétition et de reconnaissance à l’échelle mondiale.
Le breakdance : origines, codification et grandes compétitions
Le breakdance, ou b-boying, est apparu dans le Bronx dans les années 1970. Il se caractérise par un vocabulaire précis : top rock (mouvements debout d’introduction), footwork (enchaînements au sol), freeze (arrêts figés), et power moves (figures acrobatiques). Cette danse est à la fois technique et expressive, mettant en avant l’individualité et la créativité du danseur. Les compétitions comme le Red Bull BC One ou le Battle of the Year rassemblent des b-boys et b-girls du monde entier, valorisant l’aspect spectaculaire et codifié du style. Ces événements montrent que, loin d’être une pratique anarchique, le break est structuré, avec des juges, des critères d’évaluation et un respect des fondamentaux.
Le krump : gestuelle, ancrage culturel et expression identitaire
Né à Los Angeles au début des années 2000, le krump est une danse expressive et percussive, ancrée dans le contexte social des ghettos afro-américains. Son vocabulaire spécifique inclut le stomp (frappe des pieds), le chest pop (impulsions du torse), l’arm swing (mouvements amples des bras). Le krump exprime la rage, la douleur et l’espoir, dans un style codifié mais libéré des conventions académiques. Sa pratique est souvent communautaire, autour des sessions, où chaque danseur partage son « histoire » à travers le mouvement. Le film Rize (David LaChapelle, 2005) documente cette culture du krump, révélant ses valeurs et sa charge émotionnelle.L’importance des terminologies dans la catégorisation des styles
Éloge du puissant royaume : hybridation et hommage aux cultures urbaines
Créée par Eddy Malem, cette pièce met en lumière la richesse des danses urbaines en les confrontant à une écriture contemporaine. Malem y mêle des séquences de krump, de break et d’autres gestuelles issues des cultures de rue, tout en leur donnant un souffle chorégraphique renouvelé. L’œuvre questionne les identités, la transmission et la reconnaissance de ces styles souvent marginalisés. En associant les codes stricts du break aux mouvements puissants et improvisés du krump, Malem crée un dialogue entre maîtrise technique et expressivité brute, rendant hommage à ces danses nées de la résilience et de la créativité des jeunes générations.
Le break et le krump, chacun avec sa terminologie et ses codes propres, illustrent la force d’une culture urbaine codifiée et transmise à l’échelle mondiale. À travers Éloge du puissant royaume, on comprend comment ces styles peuvent devenir matière chorégraphique contemporaine, tout en restant ancrés dans leur histoire et leur communauté. Ces danses incarnent à la fois une mémoire collective et une projection vers l’avenir, où la diversité des gestes reflète la richesse des identités.
Dossier - Le métissage en danse : richesses et limites d’une hybridation
Dans le contexte de la mondialisation, le métissage est devenu une pratique courante en danse, où des chorégraphes s’inspirent de styles variés pour créer de nouveaux langages. Il est souvent perçu comme une richesse artistique, favorisant l’innovation et le dialogue interculturel. Cependant, cette pratique soulève aussi des questions sur la préservation des identités culturelles et le respect des codes propres à chaque tradition dansée. Les articles de La Rotonde et de Cairn.info montrent que lorsque les règles spécifiques d’une culture sont altérées ou fusionnées sans considération, des tensions peuvent apparaître, remettant en cause l’authenticité ou la signification des gestes.devient un langage chargé de sens.
Richesses du métissage : ouverture et renouvellement chorégraphique
Le métissage a permis à de nombreux chorégraphes de renouveler l’écriture chorégraphique et d’ouvrir la danse à des influences variées. Par exemple :
Akram Khan, avec Zero Degrees, fusionne le kathak (danse traditionnelle indienne) et la danse contemporaine européenne, créant un langage expressif unique qui raconte l’hybridité identitaire.
Sidi Larbi Cherkaoui, dans Nomad, combine des esthétiques orientales et contemporaines pour explorer les identités nomades et les métissages culturels.
Ces exemples montrent que le métissage peut enrichir le vocabulaire chorégraphique, favoriser la rencontre entre cultures et renouveler la scène artistique.
Limites du métissage : tensions culturelles et risques d’appropriation
Les articles cités soulignent que le métissage, lorsqu’il touche à des traditions fortement codifiées, peut être mal perçu, voire problématique. Dans certaines danses comme le flamenco ou les danses africaines, chaque geste, chaque rythme porte un sens culturel spécifique, souvent lié à une communauté ou à un rituel.
Thomas Lebrun, avec Sous les fleurs, a suscité des controverses en intégrant des gestes inspirés de traditions funéraires africaines sans respecter pleinement leur contexte culturel.
Le krump, très codifié, est un style né dans les quartiers afro-américains pour exprimer la rage et la résilience. Le métissage de cette danse dans des contextes occidentaux, sans connaissance de ses origines, peut être vu comme une appropriation.
Enfin, le mélange sans cadre clair peut conduire à une perte de signification, voire à un « brouillage » des identités culturelles, quand les traditions sont diluées ou mal comprises.
Le métissage en danse est porteur d’une richesse artistique indéniable, mais il exige une conscience éthique et un respect profond des cultures dont il s’inspire. Chaque style codifié est porteur d’une histoire et d’une identité qu’il faut savoir préserver. L’hybridation doit donc être pensée comme un dialogue respectueux, où la créativité s’appuie sur une connaissance et une reconnaissance des codes et des symboliques.
| Apollo — George Balanchine — 1928 | Réalité(s) — Gervais Tomadiatunga | Finale mondiale du Red Bull BC One — 2022 | |
|---|---|---|---|
| Origine culturelle ou historique du langage dansé étudié | |||
| Codes corporels fondamentaux à repérer | |||
| Rapport du corps au sol, à l’espace et au rythme | |||
| Ce que l’œuvre ou la pratique conserve d’un héritage | |||
| Ce que l’œuvre ou la pratique transforme ou déplace | |||
| Ce que cette danse affirme d’une identité culturelle | |||
| Argument central que ce support permet de formuler pour la partie I |
Activité 3 - Construire le corpus de connaissance de la partie 2
Comment les chorégraphes ont-ils intégré et affirmé les spécificités stylistiques et culturelles dans leurs écritures chorégraphiques au XXe siècle ?
Thème général : Vers des écritures hybrides – des années 80 à aujourd’hui.
Objectif : Comprendre comment les chorégraphes contemporains intègrent des influences diverses et créent de nouveaux langages, en croisant traditions et écritures modernes.
Vous allez travailler en groupes autour de dossiers d’analyse d’œuvres chorégraphiques contemporaines. Chaque groupe analysera une œuvre, en s’appuyant sur des extraits visuels, des éléments de contexte et des questions-guides.
Pour chaque œuvre :
- Identifiez les traditions et styles intégrés.
- Analysez le vocabulaire gestuel et l’écriture chorégraphique.
- Discutez des intentions du chorégraphe et des messages portés.
- Présentez votre analyse sous forme d’un tableau synthétique ou d’un schéma.

Table 1
Œuvre : Zero Degrees – Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui
Axe d’analyse : Fusion du kathak, du hip-hop et de la danse contemporaine. Exploration de l’identité métisse et du langage hybride.
Table 2
Œuvre : Swan Lake – Dada Masilo
Axe d’analyse : Réinvention du Lac des cygnes avec l’intégration de danses africaines. Question de l’héritage culturel et du détournement.
Table 3
Œuvre : Nomad – Sidi Larbi Cherkaoui
Axe d’analyse : Métissage des esthétiques orientales et contemporaines. Réflexion sur les migrations et les identités nomades.
Table 4:
Œuvre : Éloge du puissant royaume – Eddy Malem
Axe d’analyse : Dialogue entre danses urbaines (krump, break) et écriture contemporaine. Hommage aux cultures de rue et ancrage dans l’hybridité.
Dossier - Zero Degrees : métissage et dialogue des identités
Créé en 2005 par Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui, Zero Degrees est une œuvre majeure qui interroge les notions d’identité, de migration et de rencontre culturelle. Tous deux issus d’héritages culturels différents (Khan d’origine bangladaise, Cherkaoui d’origine marocaine et belge), ils proposent un dialogue chorégraphique entre leurs langages artistiques. La pièce puise dans le kathak, le hip-hop, la danse contemporaine et le théâtre gestuel. Elle devient ainsi une exploration physique et poétique du métissage culturel, une danse qui traduit l’hybridité de leurs parcours et l’expérience des frontières.
Axe 1 : La rencontre des styles et des traditions
Zero Degrees est marqué par une fusion des techniques : le kathak d’Akram Khan (rythmes frappés au sol, mouvements circulaires des bras, précision des gestes) croise le hip-hop et le contemporain de Cherkaoui (fluidité des enchaînements, ondulations du corps, ruptures dynamiques). Dans certaines séquences, les deux interprètes échangent leurs rôles : Khan adopte des mouvements plus urbains tandis que Cherkaoui s’essaie aux frappes rythmiques du kathak. Cette fusion se manifeste dans le fameux « cercle des gestes » où leurs bras s’entrelacent, créant un motif chorégraphique symbolique de l’union des esthétiques. La pièce illustre ainsi que le métissage, dans sa forme réussie, est fondé sur la reconnaissance et le respect des langages d’origine.
Axe 2 : L’exploration des identités hybrides et migrantes
Au-delà des gestes, Zero Degrees met en scène le vécu des artistes eux-mêmes, entre racines culturelles et expériences migrantes. Des récits personnels sont racontés en voix off : l’un évoque son passage aux frontières, l’autre les discriminations subies. Ces récits sont traduits en gestes, par exemple par des marches saccadées, des arrêts figés ou des déséquilibres corporels qui reflètent l’incertitude identitaire. L’utilisation de mannequins grandeur nature, posés puis manipulés sur scène, symbolise le poids des identités figées et le désir de s’en affranchir. La pièce évoque ainsi la complexité de l’appartenance culturelle, entre héritage et choix personnels.
Axe 3 : La mise en scène et l’écriture chorégraphique comme reflet du métissage
La scénographie minimaliste (tapis blanc, mannequins nus) met en valeur le corps et le mouvement. Les transitions entre les séquences sont fluides, sans rupture nette, à l’image d’un dialogue continu entre les cultures. La musique d’Nitin Sawhney mêle percussions indiennes, électroniques et ambiances sonores, renforçant la sensation d’hybridité. Les passages de duos reflètent l’égalité et le respect mutuel : aucun danseur ne domine l’autre, chaque geste est co-construit. Dans la séquence finale, les danseurs reproduisent des gestes simples et répétitifs, symbolisant un retour à l’essentiel, à un « zéro degré » de l’humanité, où les frontières s’effacent au profit du partage.
Zero Degrees est une œuvre emblématique de l’hybridation culturelle et chorégraphique. Elle montre que le métissage, lorsqu’il est conscient et respectueux, peut devenir un langage riche et puissant, traduisant la diversité des identités. Cette pièce incarne la possibilité d’un dialogue entre les cultures, où chaque style conserve sa spécificité tout en contribuant à une écriture chorégraphique partagée. En cela, elle illustre parfaitement la question de la prise en compte des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique contemporaine.
Dossier - Swan Lake de Dada Masilo : réinterprétation et affirmation culturelle
Créé en 2010, Swan Lake de Dada Masilo est une réinvention radicale du célèbre ballet de Tchaïkovski et Petipa. Chorégraphe sud-africaine, Masilo revisite l’œuvre classique en y intégrant des danses traditionnelles africaines, en modifiant la trame narrative et en abordant des thématiques contemporaines comme l’identité, le genre et l’héritage culturel. Ce choix souligne la diversité culturelle et la capacité de la danse à devenir un espace de revendication et de création hybride.
Axe 1 : Réinterprétation du ballet classique et rupture avec la tradition
Dada Masilo reprend les codes du Swan Lake original – cygnes, costumes blancs, musique classique – mais les détourne dès les premières minutes. Les danseurs, pieds nus, remplacent les pointes et portent des tutus associés à des mouvements ancrés dans le sol, issus des danses africaines. Les gestes codifiés du ballet (portés, arabesques) sont dynamisés par des frappes de pieds, des isolations corporelles et des sauts plus terriens. Masilo joue avec les attentes du public : les pas classiques apparaissent mais sont systématiquement transformés par une énergie plus brute et une gestuelle plus libre. Cette rupture avec le vocabulaire codifié met en lumière la volonté de déconstruire les hiérarchies artistiques et d’ouvrir le ballet à d’autres influences.
Axe 2 : Affirmation des identités et des cultures africaines
À travers Swan Lake, Masilo revendique ses racines et donne à voir une culture africaine contemporaine qui dialogue avec l’héritage européen. Les danses africaines, issues de traditions communautaires et rituelles, apportent un ancrage au sol, une relation forte au rythme et à la polyrythmie. Chaque mouvement devient porteur de sens : les frappes de pieds appellent la terre, les bras ouverts évoquent les rituels d’appel aux ancêtres. Le récit est également repensé : Masilo introduit une dimension sociale et politique en abordant le rejet de la différence et les violences liées au genre et à l’héritage colonial. Cette réécriture donne une nouvelle portée au ballet, en le transformant en espace d’expression pour des identités longtemps marginalisées.
Axe 3 : Écriture chorégraphique et langage du corps
La chorégraphie mêle les codes classiques et les danses africaines, sans fusionner les styles mais en les juxtaposant et en les confrontant. Les séquences de groupe alternent entre formations classiques et rondes tribales, traduisant une multiplicité de voix et de références. La musique, bien que conservant la partition de Tchaïkovski, est remixée et associée à des percussions africaines, créant un contraste sonore qui accompagne la diversité gestuelle. Masilo joue également sur les rapports de genre, en inversant certains rôles (hommes incarnant des cygnes) et en brouillant les repères traditionnels du ballet. Cette écriture hybride et engagée propose une nouvelle lecture des classiques, en plaçant la diversité culturelle et identitaire au cœur du processus créatif.
À travers «Umwelt», Maguy Marin ne se contente pas de dépeindre les ravages écologiques engendrés par l’humanité ; elle engage activement le spectateur dans une réflexion critique sur sa propre contribution à ces problématiques et sur les moyens d’y remédier. La mise en scène immersive, la symbolique des éléments scéniques et le contexte d’ArtCOP21 convergent pour faire de cette pièce un puissant vecteur de prise de conscience et d’appel à l’action. En définitive, «Umwelt» illustre magistralement comment l’art peut servir de catalyseur pour une transformation sociale et environnementale nécessaire et urgente.
Dossier - Nomad : une exploration du mouvement et de l’identité
Créé en 2019 par Sidi Larbi Cherkaoui, Nomad est une œuvre chorégraphique qui interroge le thème du nomadisme, des migrations et de l’adaptation au milieu naturel et social. Le chorégraphe s’inspire des peuples du désert, de leurs déplacements et de leur résilience. La pièce met en scène une hybridation esthétique et gestuelle, mêlant danses traditionnelles orientales, arts martiaux, danses contemporaines et jeux d’équilibre. Nomad devient ainsi un espace chorégraphique où le mouvement traduit la complexité de l’identité et de l’appartenance, en résonance avec les enjeux de diversité culturelle.
Axe 1 : La représentation des identités nomades et des migrations
Nomad s’inspire de la vie des peuples du désert (Touaregs, Bédouins) pour explorer les thèmes de la survie, du voyage et du passage. Les déplacements des danseurs sur scène évoquent les caravanes, les transhumances et les errances, par des marches rythmées, des courses circulaires et des gestes collectifs. Les portés et les appuis symbolisent le soutien mutuel et l’entraide nécessaire pour survivre dans un environnement hostile. Les séquences où les danseurs se regroupent ou se séparent reflètent les dynamiques de groupe et les tensions entre identité individuelle et collective. Cherkaoui aborde ainsi les notions d’exil, de déracinement et d’adaptation, ancrées dans la mémoire de nombreux peuples migrateurs.
Axe 2 : L’hybridation des langages chorégraphiques
La pièce est caractérisée par une fusion des styles, sans perte des spécificités. On y retrouve des mouvements orientaux (ondulations, appuis au sol), des arts martiaux (glissades, gestes percussifs) et des techniques contemporaines (fluidité des enchaînements, travail du poids et de l’espace). Les danseurs passent d’un style à l’autre sans rupture, créant une écriture chorégraphique fluide et hybride. La musique, composée par Felix Buxton et Soumik Datta, mélange instruments traditionnels, sons électroniques et rythmes tribaux, renforçant le métissage. Nomad devient une métaphore de la coexistence des cultures et de la capacité à créer du commun à partir de différences.
Axe 3 : Écriture scénique et dimension symbolique
La scénographie évoque le désert : des lumières chaudes, un sol sablonneux, des costumes fluides aux couleurs terre. Les jeux d’ombre et de lumière rappellent la rudesse et la beauté de cet environnement. Certains gestes, comme les mains tendues vers le ciel ou les corps allongés sur le sol, traduisent la quête d’un équilibre entre l’homme et la nature. La fin de la pièce montre les danseurs se dispersant en silence, laissant le plateau vide, suggérant le cycle éternel du voyage et de la migration. Cette mise en scène renforce l’idée que le métissage et l’hybridation ne sont pas seulement des choix esthétiques, mais aussi des réponses existentielles à la nécessité de mouvement et de transformation.
Nomad de Sidi Larbi Cherkaoui est une œuvre chorégraphique qui incarne l’idée de métissage, de rencontre et d’adaptation. En mêlant les traditions orientales, les arts martiaux et la danse contemporaine, Cherkaoui construit un langage corporel universel, ancré dans la diversité culturelle. La pièce interroge les notions d’identité, de communauté et de survie, tout en montrant que la danse peut devenir un espace de dialogue et de transmission. Elle illustre parfaitement la façon dont l’écriture chorégraphique contemporaine intègre les diversités culturelles pour créer des formes nouvelles et signifiantes.
Dossier - Éloge du puissant royaume : les danses urbaines comme affirmation culturelle
Créée en 2017, Éloge du puissant royaume d’Eddy Malem est une œuvre chorégraphique qui célèbre les danses urbaines, notamment le break et le krump, en les inscrivant dans un contexte scénique et contemporain. Le chorégraphe rend hommage à ces styles ancrés dans l’histoire et la culture des quartiers populaires, en soulignant leur force expressive et leur codification spécifique. À travers cette pièce, il met en lumière l’importance de reconnaître ces danses comme des langages chorégraphiques à part entière, porteurs d’une identité et d’un message.
Axe 1 : Le break et le krump comme langages chorégraphiques codifiés
Éloge du puissant royaume s’appuie sur les codes précis du breakdance et du krump, deux styles emblématiques des danses urbaines. Le break, apparu dans le Bronx dans les années 1970, est reconnaissable par ses top rocks, footworks, freezes et power moves, constituant un vocabulaire rigoureux et spectaculaire. Le krump, né à Los Angeles dans les années 2000, se distingue par ses stomps, chest pops et arm swings, traduisant l’énergie brute et l’expression d’émotions intenses. Malem respecte ces codes, les insère dans une écriture chorégraphique où chaque geste, chaque séquence est porteur d’un sens culturel et d’une histoire. La pièce valorise ainsi la richesse et la complexité de ces danses, trop souvent réduites à de simples performances techniques.
Axe 2 : La réappropriation des danses de rue dans un cadre scénique
En intégrant le break et le krump sur scène, Eddy Malem met en valeur leur puissance esthétique et leur potentiel narratif. Les danseurs évoluent sur un plateau épuré, dans des lumières vives qui rappellent l’énergie des battles de rue, mais avec une précision scénique qui confère à ces gestes une nouvelle dimension. Les mouvements, issus des pratiques de rue, sont déconstruits et réagencés dans une écriture contemporaine, sans en altérer l’esprit. Le chorégraphe montre ainsi que ces danses, bien que nées dans la rue, peuvent trouver leur place dans des espaces institutionnels, à condition de préserver leur authenticité et leur charge symbolique.
Axe 3 : L’engagement et la symbolique dans l’écriture chorégraphique
Éloge du puissant royaume ne se contente pas de présenter des performances virtuoses : la pièce porte un message d’engagement et de mémoire. Les danses urbaines y deviennent un moyen de raconter l’histoire des communautés, des résistances et des résiliences face à la marginalisation et aux inégalités. Les postures de défi, les mouvements d’affirmation et les interactions entre danseurs traduisent cette volonté de revendiquer une identité et une culture spécifiques. La pièce illustre ainsi que, derrière chaque code gestuel, il existe un récit collectif et une lutte pour la reconnaissance.
Éloge du puissant royaume est une œuvre qui célèbre la diversité culturelle et l’héritage des danses urbaines, tout en soulignant l’importance de préserver leurs spécificités et leur charge symbolique. En intégrant le break et le krump dans une écriture contemporaine respectueuse des codes originels, Eddy Malem montre que ces danses sont à la fois des langages artistiques codifiés et des vecteurs d’identité et de résistance. Cette pièce s’inscrit pleinement dans la réflexion sur la place des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique contemporaine.
| Zero Degrees — Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui — 2005. | Swan Lake — Dada Masilo — 2010. | Nomad — Sidi Larbi Cherkaoui — 2019. | Éloge du puissant royaume — Heddy Maalem — 2017 | |
|---|---|---|---|---|
| Traditions, techniques ou styles croisés | ||||
| Gestes, appuis ou qualités de mouvement empruntés à chaque tradition | ||||
| Type d’hybridation produit | ||||
| Ce que le chorégraphe conserve de chaque langage d’origine | ||||
| Ce que le croisement transforme dans l’écriture chorégraphique | ||||
| Éléments de scénographie, de costume ou de musique qui renforcent l’hybridation | ||||
| Question identitaire, sociale ou politique portée par l’œuvre | ||||
| Message central du chorégraphe |
Activité 4 - Construire le corpus de connaissance de la partie 3
Comment les chorégraphes ont-ils intégré et affirmé les spécificités stylistiques et culturelles dans leurs écritures chorégraphiques au XXe siècle ?
Thème général : Quelles tensions et limites à l’intégration des diversités culturelles dans l’écriture chorégraphique contemporaine ?
Objectif : Comprendre les controverses et les débats éthiques liés au métissage chorégraphique, en identifiant les enjeux culturels, sociaux et artistiques.
Vous allez travailler en groupes autour de dossiers d’œuvres chorégraphiques ayant suscité des débats ou des critiques. Chaque groupe devra :
- Identifier les éléments de controverse dans l’œuvre (utilisation de codes culturels, appropriation, hybridation mal perçue).
- Analyser le contexte et les arguments en faveur ou contre l’approche du chorégraphe.
Table 1 : La post modern
Table 1 : Sous les fleurs – Thomas Lebrun
Table 2 : Xenos – Akram Khan
Table 3 : SLĀV – Robert Lepage & Betty Bonifassi (2018)

Dossier - Le postmodernisme en danse – Liberté gestuelle et tensions culturelles
Le courant postmoderne en danse, émergé dans les années 1960 aux États-Unis, a profondément transformé l’approche chorégraphique en remettant en question les conventions établies. En valorisant la simplicité, l’improvisation et l’authenticité du mouvement, ce courant a ouvert de nouvelles perspectives artistiques. Cependant, cette quête de liberté gestuelle a parfois conduit à des tensions, notamment lorsqu’elle implique l’appropriation ou la décontextualisation de pratiques culturelles spécifiques.
La Contact Improvisation : entre innovation et décontextualisation
La Contact Improvisation, développée par Steve Paxton en 1972, est une forme de danse improvisée basée sur le contact physique, l’écoute corporelle et la gravité. Elle intègre des éléments de l’aïkido, des arts martiaux et de la gymnastique, mettant l’accent sur la fluidité, l’équilibre et la réactivité entre partenaires.
Bien que cette approche ait révolutionné la danse contemporaine en valorisant l’improvisation et la relation corporelle, elle soulève des questions lorsqu’elle emprunte des mouvements issus de traditions culturelles spécifiques sans en reconnaître les origines ni les significations profondes. Par exemple, l’utilisation de techniques de l’aïkido, art martial japonais imprégné de spiritualité et de philosophie, est souvent détachée de son contexte culturel dans la pratique de la Contact Improvisation.
Cette décontextualisation peut être perçue comme une forme d’appropriation culturelle, où des éléments significatifs sont extraits de leur cadre d’origine pour être intégrés dans une nouvelle esthétique, sans reconnaissance ni respect des traditions dont ils sont issus.
Le No Manifesto de Yvonne Rainer : une remise en question des conventions
En 1965, Yvonne Rainer publie le No Manifesto, un texte fondateur du postmodernisme en danse, dans lequel elle rejette les éléments traditionnels du spectacle chorégraphique :
«No to spectacle. No to virtuosity. No to transformations and magic and make-believe. No to the glamour and transcendency of the star image.»
Ce manifeste prône une danse épurée, centrée sur le mouvement ordinaire et le refus de la théâtralité. Si cette approche a permis de démocratiser la danse et d’élargir ses horizons, elle peut également conduire à une uniformisation des expressions corporelles, en minimisant l’importance des contextes culturels et des significations symboliques attachées à certains mouvements.
En valorisant l’universalité du geste au détriment de sa spécificité culturelle, le No Manifesto soulève des interrogations sur la manière dont la danse postmoderne peut, involontairement, effacer les diversités culturelles et les traditions chorégraphiques non occidentales.
La Planetary Dance d’Anna Halprin : une tentative de réintégration du rituel
En 1981, Anna Halprin crée la Planetary Dance, une danse rituelle collective visant à promouvoir la paix et la guérison. Inspirée par des danses cérémonielles autochtones et conçue comme une réponse aux violences survenues sur le mont Tamalpais en Californie, cette œuvre invite les participants à courir ou marcher en cercles concentriques, créant un mandala vivant.
Contrairement à d’autres approches postmodernes, la Planetary Dance cherche à réintégrer le rituel et la dimension communautaire dans la pratique chorégraphique. Cependant, elle n’échappe pas aux critiques concernant l’appropriation culturelle, notamment en ce qui concerne l’utilisation de formes rituelles issues de cultures spécifiques sans une implication directe des communautés concernées.
Cette œuvre met en lumière les défis liés à l’intégration de pratiques culturelles dans un contexte artistique globalisé, soulignant l’importance de la collaboration et du respect des traditions dans la création chorégraphique contemporaine.
Le postmodernisme en danse a ouvert des voies innovantes en remettant en question les conventions et en valorisant la liberté gestuelle. Cependant, cette quête de liberté peut entrer en tension avec le respect des diversités culturelles, notamment lorsqu’elle implique l’appropriation ou la décontextualisation de pratiques spécifiques. Les exemples de la Contact Improvisation, du No Manifesto et de la Planetary Dance illustrent les complexités et les responsabilités inhérentes à l’intégration de traditions culturelles dans l’écriture chorégraphique contemporaine. Il est essentiel pour les artistes de naviguer avec conscience et respect dans cet espace, en reconnaissant et en honorant les origines et les significations des mouvements qu’ils intègrent dans leur travail.
Dossier - Ceremony of Us (1969) – Anna Halprin
Une tentative de réconciliation raciale par la danse, entre utopie postmoderne et controverse éthique
En 1969, quatre ans après les émeutes de Watts à Los Angeles, la chorégraphe Anna Halprin est invitée par James M. Woods, fondateur du Studio Watts Workshop, à créer une œuvre pour le Second Los Angeles Festival of the Performing Arts. Halprin, pionnière de la danse postmoderne, propose une collaboration entre sa compagnie, le San Francisco Dancers’ Workshop (composé de danseurs blancs), et les artistes afro-américains du Studio Watts. L’objectif est de créer une performance explorant les tensions raciales et sociales à travers le mouvement.porteurs d’une identité et d’un message.
Genèse de l’œuvre : Un processus collaboratif
Halprin mène d’abord des ateliers séparés avec chaque groupe, développant des vocabulaires gestuels distincts. Après plusieurs mois, les deux groupes se réunissent pour une résidence de dix jours à Los Angeles, où ils co-créent Ceremony of Us. La performance, présentée le 27 février 1969 au Mark Taper Forum, intègre des éléments improvisés, des rituels de naissance symboliques et des jeux de rôle, visant à favoriser la compréhension mutuelle et la guérison des blessures raciales.
Analyse de l’œuvre : Entre innovation et controverse
a. Une démarche postmoderne radicale
Ceremony of Us incarne les principes du postmodernisme en danse : rejet des structures narratives traditionnelles, valorisation de l’improvisation et du mouvement quotidien, et intégration du public dans le processus créatif. Halprin cherche à transcender les barrières raciales en utilisant la danse comme outil de transformation sociale.
b. Une réception mitigée
Malgré ses intentions louables, l’œuvre suscite des réactions contrastées. Certains critiques saluent l’audace de la démarche, tandis que d’autres pointent une appropriation culturelle et une mise en scène de la douleur raciale perçue comme voyeuriste. Le film documentaire Right On/Ceremony of Us (1969) révèle des moments de tension, notamment lors de scènes d’intimité entre danseurs noirs et blancs, qui soulèvent des questions sur la représentation des stéréotypes raciaux et sexuels.
c. Un impact durable
Cette expérience marque un tournant dans la carrière de Halprin, l’incitant à développer des programmes éducatifs multiculturels, tels que Reach Out, visant à promouvoir la diversité dans la danse. Elle poursuit également son exploration de la danse comme rituel communautaire avec des œuvres comme Planetary Dance (1981), qui célèbre la paix et la connexion entre les peuples.
Ceremony of Us illustre les défis et les ambiguïtés du métissage culturel en danse contemporaine. Si l’œuvre ambitionne de créer un espace de dialogue et de réconciliation, elle révèle également les risques d’appropriation et de simplification des identités culturelles. Elle invite à une réflexion critique sur les conditions d’une véritable rencontre interculturelle dans le champ chorégraphique.
Dossier - Xenos (2018) : Hybridation, mémoire et controverses culturelles
Xenos, solo chorégraphique d’Akram Khan créé en 2018, revisite l’histoire des soldats indiens enrôlés dans la Première Guerre mondiale. À travers une gestuelle métissée mêlant kathak et danse contemporaine, et une mise en scène théâtrale saisissante, Khan entend interroger les mémoires oubliées et les identités hybrides. Cependant, cette œuvre a suscité des débats, voire des controverses, liés à l’appropriation, à l’hybridation et aux risques d’esthétisation de la douleur et de la mémoire coloniale.
Partie 1 : Les tensions liées à l’hybridation gestuelle – risque de dilution culturelle
Akram Khan est reconnu pour sa maîtrise du kathak, mais dans Xenos, cette danse traditionnelle est mêlée à une gestuelle contemporaine, créant une écriture chorégraphique hybride.
Risque principal : En détachant le kathak de son contexte sacré et narratif pour l’intégrer dans une œuvre contemporaine, Khan expose la danse à un risque de dilution culturelle. Les frappes de pieds, traditionnellement accompagnées de narrations poétiques et de rythmes symboliques, deviennent ici des motifs esthétiques, ce qui peut effacer leur profondeur historique et spirituelle.
Controverse : Certains critiques ont souligné que cette hybridation transforme un héritage culturel riche en un langage universalisant, où les spécificités culturelles sont minimisées au profit d’un effet chorégraphique. Cela questionne la légitimité de réécrire un langage chorégraphique sans en préserver les significations et les codes originels.
Partie 2 : La représentation de la mémoire coloniale – entre hommage et simplification
La pièce évoque explicitement la mémoire des soldats indiens enrôlés par l’Empire britannique et souvent oubliés de l’histoire officielle. Ce choix a été salué comme un geste de mémoire, mais :
Risque principal : En incarnant seul cette mémoire collective, Khan prend le risque de réduire une histoire complexe à une interprétation individuelle, filtrée par une sensibilité contemporaine et une mise en scène occidentalisée.
Controverse : La mémoire des soldats colonisés devient ici un récit performatif, où la gestuelle (mêlant kathak et contemporain) peut apparaître comme un esthétisme, risquant d’édulcorer la violence réelle du colonialisme et des guerres mondiales. Des critiques ont souligné le danger d’utiliser la beauté du geste pour évoquer des tragédies historiques, au risque de détourner l’attention de leur réalité.
Partie 3 : La scénographie et le corps métissé – entre esthétisation et ambiguïté éthique
La scénographie de Xenos est puissante : cordages suspendus, sol recouvert de terre, lumières chaudes et tamisées, sons de guerre et musique mêlant percussions indiennes et contemporaines. Le corps d’Akram Khan, seul en scène, devient un symbole du métissage et de l’exil.
Risque principal : Cette esthétisation du corps métissé et du contexte colonial peut apparaître comme une ambivalence éthique : d’un côté, elle sensibilise le public à l’histoire oubliée ; de l’autre, elle peut donner l’impression de spectaculariser la douleur, en transformant une mémoire traumatique en tableau esthétique.
Exemple concret : La scène finale, où Khan s’effondre dans la terre sous les cordages, est à la fois bouleversante et ambiguë : elle symbolise l’enfouissement de la mémoire, mais aussi le spectacle d’un corps sacrifié, invitant le spectateur à l’émotion plus qu’à la réflexion critique.
Xenos d’Akram Khan est une œuvre puissante et nécessaire, mais elle n’échappe pas aux controverses sur la limite entre hommage et esthétisation, hybridation et dilution culturelle. En intégrant des gestes et des mémoires multiples dans un langage contemporain, Khan ouvre un espace de dialogue mais soulève aussi des interrogations éthiques : peut-on réécrire et métisser une mémoire collective sans la réduire à une esthétique universelle ? Cette pièce montre que l’écriture chorégraphique contemporaine est traversée par des tensions entre liberté artistique et responsabilité mémorielle, et qu’elle invite à une vigilance critique sur la manière dont les diversités culturelles sont mises en scène.
Dossier - Xenos (2018) : Hybridation, mémoire et controverses culturelles
Créée en 2016, Sous les fleurs est une œuvre chorégraphique de Thomas Lebrun, inspirée par la communauté des Muxes, un troisième genre reconnu dans la culture zapotèque au Mexique. À travers cette pièce, Lebrun cherche à rendre hommage à cette communauté en explorant les notions de genre, d’identité et de métissage culturel. Cependant, cette démarche soulève plusieurs questions et controverses concernant la représentation, l’appropriation culturelle et l’esthétisation de la souffrance.
Partie 1 : Représentation des Muxes – entre hommage et exotisation
Dans Sous les fleurs, cinq danseurs masculins incarnent des Muxes, arborant des costumes traditionnels mexicains et exécutant des gestes empreints de féminité. Cette représentation vise à célébrer la diversité des identités de genre et à sensibiliser le public à la culture zapotèque.
Cependant, cette mise en scène peut être perçue comme une forme d’exotisation, où les éléments culturels sont présentés de manière esthétisée, détachés de leur contexte socioculturel. La question se pose alors de savoir si cette représentation rend véritablement hommage à la communauté des Muxes ou si elle contribue à une vision stéréotypée et simplifiée de leur réalité.
Partie 2 : Appropriation culturelle et légitimité artistique
La création de Sous les fleurs par un chorégraphe occidental soulève la question de l’appropriation culturelle. Bien que Lebrun ait effectué des recherches et rencontré des membres de la communauté Muxe, l’utilisation de leurs traditions et symboles dans un contexte artistique occidental peut être perçue comme une appropriation de leur culture.
Cette démarche interroge la légitimité d’un artiste à représenter une culture qui n’est pas la sienne, même avec les meilleures intentions. Elle soulève également des questions sur la manière dont les cultures minoritaires sont représentées dans les arts et sur le pouvoir des artistes à parler au nom d’autres communautés.
Partie 3 : Esthétisation de la souffrance – entre émotion et simplification
Sous les fleurs aborde également les difficultés et les souffrances vécues par les Muxes, notamment à travers des scènes évoquant la violence, l’exclusion et la marginalisation. Ces moments sont présentés de manière poétique et esthétisée, ce qui peut susciter une forte émotion chez le spectateur.
Cependant, cette esthétisation de la souffrance peut également être critiquée pour sa tendance à simplifier des réalités complexes et douloureuses. En transformant la douleur en spectacle, il existe un risque de minimiser l’ampleur des problèmes rencontrés par la communauté des Muxes et de détourner l’attention des enjeux politiques et sociaux sous-jacents.
Sous les fleurs de Thomas Lebrun est une œuvre ambitieuse qui cherche à célébrer la diversité des identités de genre et à sensibiliser le public à la culture des Muxes. Cependant, elle soulève des questions importantes sur la représentation, l’appropriation culturelle et l’esthétisation de la souffrance. Ces controverses mettent en lumière les défis auxquels sont confrontés les artistes lorsqu’ils s’engagent dans des démarches interculturelles et soulignent l’importance d’une approche respectueuse et consciente des enjeux culturels et sociaux.
Dossier - SLĀV (2018) : entre hommage musical et accusations d’appropriation culturelle
SLĀV, conçu en 2018 par le metteur en scène québécois Robert Lepage et la chanteuse Betty Bonifassi, est un spectacle musical construit autour de chants d’esclaves afro-américains. Présenté lors du Festival International de Jazz de Montréal, le spectacle a suscité de vives controverses, déclenchant des débats majeurs sur l’appropriation culturelle, la représentation des diversités, et la responsabilité artistique face à l’histoire et à la mémoire.
Partie 1 : Le projet artistique – entre hommage et malentendus
Intention initiale : SLĀV voulait rendre hommage aux chants d’esclaves et à la résilience de la communauté afro-américaine, en revisitant ces musiques avec une mise en scène épurée et contemporaine. Bonifassi, connue pour sa voix puissante, interprétait ces chants, accompagnée d’un ensemble d’artistes majoritairement blancs.
Controverse : Si l’intention était de souligner la force des traditions musicales afro-américaines, la forme choisie (absence de performers afro-descendants et contextualisation insuffisante) a été perçue comme une récupération problématique.
Partie 2 : Les critiques d’appropriation culturelle – absence de représentativité et stéréotypes
Absence de diversité dans la distribution : La troupe était composée majoritairement de chanteurs blancs interprétant des chants issus d’une tradition historiquement liée à l’oppression des Noirs. Cette absence de représentativité a été vivement critiquée par des militants et des artistes afro-descendants.
Stéréotypisation et décontextualisation : Certains critiques ont souligné que le spectacle ne proposait pas une lecture critique ou historique des chants d’esclaves, mais une réinterprétation musicale qui réduisait leur portée politique et mémorielle. Le choix de costumes et de mouvements simples (voiles, robes blanches) accentuait cette impression d’esthétisation dépolitisée, transformant une mémoire douloureuse en performance esthétique.
Réactions : Des manifestations et des pétitions ont conduit Lepage et Bonifassi à annuler certaines représentations et à repenser leur approche.
Le débat éthique et la remise en question – quelles leçons pour l’écriture chorégraphique et scénique contemporaine ?
Enseignements : SLĀV illustre combien l’absence de collaboration directe avec les communautés concernées et le manque de contextualisation historique peuvent générer des accusations d’appropriation culturelle. L’utilisation de matériaux culturels sensibles sans légitimité ni implication des porteurs de mémoire soulève des questions éthiques majeures :
Qui a le droit de raconter une histoire collective marquée par l’oppression ?
Jusqu’où l’esthétisation peut-elle transformer un témoignage historique sans le trahir ?
Parallèle avec la danse : Si SLĀV est une œuvre musicale et scénique, ses problématiques se retrouvent dans la danse contemporaine lorsqu’elle intègre des gestuelles ou des esthétiques issues de traditions culturelles sans reconnaître ni respecter leur origine (comme nous l’avons vu avec Xenos ou Sous les fleurs).
SLĀV a ouvert un débat essentiel sur la responsabilité artistique face aux mémoires collectives et sur la nécessité d’une représentation authentique et contextualisée des cultures marginalisées. Cette œuvre montre que l’hommage, s’il est mal compris ou mal préparé, peut se transformer en appropriation perçue comme injuste ou irrespectueuse. Ce débat invite à repenser les pratiques de création chorégraphique et scénique pour construire un dialogue interculturel réellement collaboratif et conscient des enjeux mémoriels.
Activité 5 - Dissertation
«Répondre au sujet»
Sujet : Comment les chorégraphes ont-ils intégré et affirmé les spécificités stylistiques et culturelles dans leurs écritures chorégraphiques au XXe siècle ?
A rendre (Individuel - fin de séquence): Dissertation
| Introduction | Mon contenu |
|---|---|
| Accroche | |
| Définition mot clef 1 + Question | |
| Définition mot clef 2 + Question | |
| Définition mot clef 3 + Question | |
| Questionnement | |
| Problématique | |
| Plan |
| Partie 1 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Partie 2 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Partie 3 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Conclusion | Mon contenu |
|---|---|
| Retour sur la problématique | |
| Synthése | |
| Ouverture |
Activité 6 - Evaluation formative
Co évaluation
Sujet : Comment les chorégraphes ont-ils intégré et affirmé les spécificités stylistiques et culturelles dans leurs écritures chorégraphiques au XXe siècle ?
A partir de la grille d’évaluation des épreuves écrites du baccalauréat, corriger, noter et commenter les copies de vos camarades.

