Enseignement de spécialité DANSE - Première
Danse et costume
Sujet: Le choix de costumes témoigne d’un parti pris artistique.
À partir des documents proposés, vous analyserez et discuterez cette affirmation à la lumière de vos connaissances et de votre pratique.
Sommaire
Séquence d’apprentissage « La scénographie est-elle un simple cadre du mouvement ou devient-elle un moteur de transformation chorégraphique ? »
ACTIVITÉ 1 — Comprendre le sujet
ACTIVITÉ 2 — Connaître les caractéristiques de la scénographie illustrative
Dossier : La Bayadère — Marius Petipa
Dossier : La Sylphide — Filippo Taglioni
Dossier : Roméo et Juliette — Angelin Preljocaj
ACTIVITÉ 3 — Construire la partie II : la scénographie comme contrainte génératrice de mouvement
Dossier : Le Sacre du printemps — Pina Bausch
Dossier : Projet de la matière — Odile Duboc
Dossier : Ama — Julie Gautier
Dossier : Celui qui tombe — Yoann Bourgeois
Dossier : Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown
Dossier : Vertikal — Mourad Merzouki
Dossier : Lamentation — Martha Graham
Dossier : Ballet triadique — Oskar Schlemmer
ACTIVITÉ 4 — Construire la partie III : la scénographie comme dispositif perceptif
Dossier : Umwelt — Maguy Marin
Dossier : Cendrillon — Maguy Marin
Dossier : Pixel — Mourad Merzouki
Dossier : Biped — Merce Cunningham
Dossier : Crucible — Alwin Nikolais
Dossier : Kiss & Cry — Nano Dance Company
Roland Barthes écrit, dans
« Les maladies du costume de théâtre », publié en 1955 puis repris dans Essais critiques en 1964 :
« Le costume est une écriture et il en a l’ambiguïté. »
Séquence d'apprentissage 1
Sujet : Le choix de costumes témoigne d’un parti pris artistique.
À partir des documents proposés, vous analyserez et discuterez cette affirmation à la lumière de vos connaissances et de votre pratique.
Analyse du sujet
Définitions :
Costume
Le costume désigne l’ensemble des éléments portés par l’interprète sur scène : vêtement, tutu, justaucorps, robe, pantalon, masque, maquillage, accessoires, chaussures, coiffure, mais aussi parfois l’absence de costume ou le choix du vêtement ordinaire.
En danse, le costume entretient un rapport direct avec le mouvement. Il peut accompagner le geste, le contraindre, le prolonger, le rendre plus lisible ou au contraire le transformer. Il participe à la perception du corps dansant.
Le costume peut être lié à une représentation du corps allant du corps idéal au corps ordinaire. Il peut appuyer le sens de l’œuvre, lui donner sa singularité et refléter une pensée sur les représentations et le spectacle.
Choix :
Le mot choix est essentiel. Il signifie que le costume n’est pas neutre. Il résulte d’une décision artistique. Le chorégraphe, le costumier ou le scénographe décident de montrer le corps d’une certaine manière.
Choisir un tutu blanc, une robe rouge, un vêtement usé, un académique couleur chair, un costume volumineux ou un vêtement quotidien revient à orienter le regard du spectateur. Le choix du costume révèle donc une intention.
Parti pris artistique :
Un parti pris artistique est une prise de position. C’est un choix volontaire, assumé, qui engage une manière de penser l’œuvre. Le corrigé du baccalauréat définit le parti pris artistique comme un choix délibéré en lien avec la création d’une œuvre d’art, pouvant rendre compte d’une esthétique, d’un contexte historique ou d’une pensée particulière.
Dans ce sujet, il faudra donc montrer que le costume témoigne d’une vision du corps, de la danse et du monde.
Témoigner
Témoigner signifie rendre visible, révéler, faire apparaître. Le costume témoigne d’un parti pris artistique parce qu’il rend lisible une intention chorégraphique. Il ne dit pas tout, mais il oriente la lecture de l’œuvre.
Questionnement :
- Le costume est-il seulement un élément décoratif ou participe-t-il pleinement à la signification de l’œuvre ?
- Comment le costume transforme-t-il la perception du corps dansant ?
- Le costume sert-il à sublimer le corps, à le rendre plus réel, ou à le critiquer ?
- En quoi le choix d’un costume peut-il révéler une esthétique, une époque ou une vision du monde ?
- Le non-costume, le vêtement quotidien ou le dévêtement peuvent-ils eux aussi constituer un choix artistique ?
- Comment le costume dialogue-t-il avec le mouvement, la scénographie et le regard du spectateur ?
Problématique :
En quoi le costume, élément de scénographie non constitutif de la danse, révèle-t-il une conception du corps et un engagement artistique du chorégraphe ?
Cette problématique permet de dépasser l’idée du costume comme simple habillage. Elle met en tension deux aspects : d’un côté, le costume n’est pas le mouvement lui-même ; de l’autre, il peut transformer profondément la manière dont le corps est perçu, compris et interprété.
Plan
I — Le costume comme affirmation d’un modèle esthétique
Dans un premier temps, le costume permet d’identifier un univers chorégraphique et de soutenir un modèle de corps. Il codifie, identifie et sublime.
II — Le costume comme transformation expressive du corps
Dans un second temps, le costume peut transformer la perception du corps et révéler une vision plus incarnée, plus violente ou plus altérée de l’humain.
III — Le costume comme outil critique et dramaturgique
Enfin, le costume peut devenir un outil de réécriture, de critique et de positionnement artistique. Il ne sert plus seulement à montrer un corps : il permet de questionner les normes de représentation.
Synthèse de l’analyse du sujet
Le sujet invite donc à démontrer que le costume n’est jamais un détail secondaire. Il peut d’abord affirmer un modèle esthétique, comme dans le ballet classique ou les avant-gardes plastiques. Il peut ensuite transformer le corps en révélant son effort, sa fatigue, son humanité ou son abstraction. Il peut enfin devenir un outil critique : réécrire une œuvre, contester les normes corporelles ou refuser les codes spectaculaires.
La difficulté du sujet est de ne pas seulement décrire les costumes. Il faut montrer en quoi chaque choix vestimentaire produit une idée sur la danse, sur le corps et sur le regard du spectateur. Le costume témoigne d’un parti pris artistique parce qu’il rend visible une pensée chorégraphique.
ACTIVITES 1 pour comprendre le sujet:
Le choix de costumes témoigne d’un parti pris artistique.
Le costume est-il un simple habillage du corps dansant ou révèle-t-il une conception du corps et un choix artistique du chorégraphe ?

Le Lac des cygnes — Marius Petipa et Lev Ivanov — version de référence : 1895
L’œuvre impose l’image de la danseuse-cygne, devenue une figure majeure du ballet classique. La version chorégraphique de référence est associée au travail de Marius Petipa et Lev Ivanov en 1895.

Le Sacre du printemps — Pina Bausch — 1975
Cette version du Sacre du printemps est créée par Pina Bausch en 1975. La première a lieu le 3 décembre 1975 à Wuppertal.

May B — Maguy Marin — 1981
May B est créé en 1981 au Théâtre Municipal d’Angers, dans une chorégraphie de Maguy Marin, avec des costumes de Louise Marin.
À partir des trois images proposées, identifiez les différences majeures dans le traitement du costume.
Vous devez observer :
- le vêtement porté par les danseurs ;
- la couleur dominante ;
- la matière ou l’aspect du costume ;
- la relation entre costume et corps ;
- l’effet produit sur le spectateur ;
- le parti pris artistique rendu visible par le costume.
Questions de travail
1. Observer
Que voit-on immédiatement dans chaque image ?
Quels éléments du costume attirent le regard ?
Le costume met-il en valeur le corps, le cache-t-il, le transforme-t-il ou le déforme-t-il ?
2. Comparer
Quelle différence peut-on faire entre le tutu blanc du Lac des cygnes et la robe rouge de l’Élue dans Le Sacre du printemps ?
Dans quelle œuvre le costume semble-t-il le plus idéalisant ?
Dans quelle œuvre le costume semble-t-il montrer un corps plus réel, fatigué ou ordinaire ?
3. Interpréter
Que nous dit le tutu blanc sur la représentation du corps féminin dans le ballet classique ?
Que nous dit la robe rouge dans Le Sacre du printemps sur le rôle de l’Élue ?
Que nous disent les vêtements usés et l’argile de May B sur la représentation de l’humain ?
4. Problématiser
Le costume est-il un simple accessoire ?
Peut-on dire que le costume transforme la lecture du corps dansant ?
En quoi le choix du costume révèle-t-il une pensée artistique du chorégraphe ?
| Le Lac des cygnes | Le Sacre du printemps | May B | |
|---|---|---|---|
| Chorégraphe / date | |||
| Description du costume | |||
| Couleurs dominantes | |||
| Image du corps donnée au spectateur | |||
| Fonction du costume | |||
| Effet sur le mouvement | |||
| Effet sur le spectateur | |||
| Parti pris artistique |
Une question, une réponse :
La scénographie en danse est-elle simplement un décor… ou participe-t-elle pleinement à l’écriture chorégraphique ?
Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore l’évolution de la scénographie à travers :
• La Bayadère – Marius Petipa (1877)
• Le Sacre du printemps – Pina Bausch (1975)
• Umwelt – Maguy Marin (2004)
• Pixel – Mourad Merzouki (2014)
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🎧 Un épisode pour comprendre comment l’espace transforme le corps et la perception du spectateur.
ACTIVITES 2 - Construire le corpus de connaissances — Partie I
I — Le costume comme affirmation d’un modèle esthétique
Dans cette partie, il s’agit de montrer que le costume peut affirmer un modèle esthétique. Il codifie, identifie et sublime le corps. Il rend immédiatement lisible une conception de la danse : corps académique idéalisé dans le ballet classique, corps géométrisé et abstrait dans les avant-gardes modernes.
1. À rendre — individuel, fin de séquence
À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :
« Le costume comme affirmation d’un modèle esthétique »
Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :
Comment le costume permet-il d’identifier un univers chorégraphique ?
Comment le costume construit-il une image particulière du corps ?
Le costume sublime-t-il le danseur ou transforme-t-il sa silhouette ?
En quoi le costume révèle-t-il un parti pris esthétique ?
Vous devrez obligatoirement mobiliser les deux œuvres étudiées :
Le Lac des cygnes — Marius Petipa et Lev Ivanov — version de référence : 1895
La version de référence chorégraphiée par Petipa et Ivanov est créée au Théâtre Mariinsky le 15 janvier 1895 ; elle se distingue de la première version de 1877, chorégraphiée par Julius Reisinger au Bolchoï.
Ballet triadique — Oskar Schlemmer — 1922
La Staatsgalerie Stuttgart indique que le Triadisches Ballett est créé en 1922 à Stuttgart ; l’œuvre est annoncée comme une collaboration avec Albert Burger et Elsa Hötzel, mais Oskar Schlemmer est nommé pour la conception de la danse et des figurines.
2. Travail collectif en classe — World Café
Chaque table analyse une œuvre à partir :
- d’un extrait vidéo ;
- d’une image ou d’un document iconographique ;
- du dossier documentaire fourni ;
- des axes d’analyse proposés.
Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie I.
Table 1
Le Lac des cygnes — Marius Petipa et Lev Ivanov — 1895
AXE D’ANALYSE :
Le costume comme codification du corps académique idéalisé.
QUESTIONS DE TRAVAIL
Comment le tutu blanc permet-il d’identifier immédiatement le personnage du cygne ?
Que valorisent les pointes dans l’image du corps classique ?
En quoi la blancheur du costume construit-elle une image de pureté, de légèreté et d’idéalisation ?
Le costume permet-il de distinguer le corps humain du corps animal symbolique ?
Comment le costume soutient-il la virtuosité académique ?
Peut-on dire que le costume affirme un modèle esthétique classique ?
Idée à retenir
Dans
Le Lac des cygnes, le costume affirme un modèle esthétique fondé sur la pureté, la verticalité, la légèreté et la virtuosité. Le tutu blanc, les pointes et les plumes ne sont pas de simples ornements : ils participent à la construction d’un corps féminin idéalisé.
Table 2
Ballet triadique — Oskar Schlemmer — 1922
AXE D’ANALYSE :
Le costume comme géométrisation et abstraction du corps.
QUESTIONS DE TRAVAIL
Comment le costume transforme-t-il la silhouette du danseur ?
Le corps reste-t-il humain ou devient-il une forme plastique ?
Quels volumes géométriques dominent dans les costumes ?
Le costume facilite-t-il ou contraint-il le mouvement ?
En quoi le danseur devient-il un élément d’une composition visuelle ?
Peut-on dire que le costume affirme un modèle esthétique moderniste ?
Idée à retenir
Dans le
Ballet triadique, le costume ne cherche pas à embellir le corps selon les codes classiques. Il le transforme en volume géométrique. Le danseur devient une figure plastique intégrée à une composition abstraite. Le costume affirme un modèle esthétique moderniste, lié au Bauhaus, à la géométrie et à l’art total.

Ressources & connaissances
Le Lac des cygnes — Marius Petipa et Lev Ivanov — 1895
Le Lac des cygnes est un ballet majeur du répertoire classique, sur une musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Une première version est créée en 1877 au Théâtre Bolchoï de Moscou, dans une chorégraphie de Julius Reisinger. La version chorégraphiée par Marius Petipa et Lev Ivanov est créée le 15 janvier 1895 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Le Mariinsky distingue bien la première de 1877 et la version Petipa-Ivanov de 1895.
L’œuvre met en scène la figure d’Odette, jeune femme transformée en cygne par un maléfice. Le costume joue un rôle essentiel dans la perception de cette figure. Il permet d’identifier immédiatement le cygne, mais aussi de construire une image idéalisée du corps féminin classique. Le tutu blanc, les pointes et les ornements évoquant les plumes participent à une esthétique de la pureté, de la légèreté et de la virtuosité.
I. Analyse du dispositif / scénographie
Le dispositif du Lac des cygnes repose sur une opposition entre plusieurs univers : le monde humain du palais, marqué par les codes sociaux, et le monde surnaturel du lac, peuplé de jeunes femmes transformées en cygnes. Cette opposition est rendue lisible par les costumes. Les costumes de cour situent les personnages dans un espace social hiérarchisé, tandis que les tutus blancs du corps de ballet installent immédiatement une atmosphère féerique et poétique.
Le costume fonctionne comme un signe de reconnaissance. Le spectateur comprend rapidement qui appartient au monde humain et qui appartient au monde enchanté. La blancheur des tutus crée une unité visuelle très forte. Le groupe des cygnes apparaît comme un ensemble homogène, presque irréel, organisé par la répétition des mêmes formes, des mêmes couleurs et des mêmes lignes.
La scénographie ne repose donc pas seulement sur le décor du lac ou du palais. Elle se construit aussi par la présence des corps costumés. Les cygnes existent scéniquement parce que les costumes transforment le groupe de danseuses en image collective. Le costume participe ainsi à l’organisation visuelle de l’espace.
II. Analyse du corps / mouvement
Le costume du cygne met en valeur les caractéristiques du corps classique. Le tutu dégage les jambes et rend lisibles les lignes, les équilibres, les développés, les arabesques et les mouvements sur pointes. Les pointes accentuent l’impression d’élévation et donnent au corps une verticalité presque surnaturelle.
Le costume accompagne donc la technique académique. Il valorise l’allongement du corps, la précision des placements, la maîtrise de l’équilibre et la virtuosité. Le danseur ne doit pas montrer l’effort. Le costume contribue à produire une impression de facilité, de légèreté et de grâce.
Dans le corps de ballet, l’uniformité des tutus blancs renforce la régularité des déplacements collectifs. Les danseuses semblent former un seul organisme visuel. Les bras, les ports de tête et les lignes du groupe deviennent plus lisibles parce que le costume unifie les corps. La danse ne se limite donc pas au geste individuel : elle devient une composition collective, ordonnée par la répétition des silhouettes.
III. Analyse perceptive / symbolique
Le tutu blanc, les plumes et les pointes transforment le corps humain en figure symbolique. La danseuse n’est plus seulement une femme : elle devient cygne, apparition, créature poétique. Le costume éloigne le corps de sa matérialité quotidienne pour le placer dans un univers idéal.
Le blanc renvoie à une image de pureté, de fragilité et d’innocence. Il participe à la construction d’un corps féminin idéalisé, associé à la douceur, à la légèreté et à l’élévation. Le spectateur est invité à admirer un corps maîtrisé, sublimé et presque inaccessible.
Le costume donne donc au corps une valeur symbolique forte. Il ne sert pas seulement à raconter que les jeunes filles sont des cygnes. Il construit une esthétique du corps classique, fondée sur la virtuosité, la grâce, la verticalité et l’effacement de l’effort.
Dans
Le Lac des cygnes, le costume affirme un modèle esthétique classique. Il identifie le personnage, organise la perception du groupe et sublime le corps féminin. Le tutu blanc, les pointes et les plumes construisent une image de pureté, de légèreté et de virtuosité. Le costume témoigne ainsi d’un parti pris artistique : faire du corps dansant une figure idéalisée, éloignée du quotidien et inscrite dans les codes du ballet académique.
Ballet triadique — Oskar Schlemmer — 1922
Le Ballet triadique est une œuvre conçue par Oskar Schlemmer, artiste associé au Bauhaus. L’œuvre est créée en 1922 à Stuttgart. La Staatsgalerie Stuttgart rappelle que le Triadic Ballet de Schlemmer a été présenté pour la première fois en 1922 et souligne l’importance des figurines et costumes dans l’héritage de l’artiste.
Cette œuvre propose une conception très différente du corps dansant. Le costume ne sert pas à embellir le corps selon les codes du ballet classique. Il transforme la silhouette humaine en volume, en forme géométrique, en figure plastique. Le danseur devient un élément d’une composition visuelle où se croisent le mouvement, la couleur, l’espace et la forme.
I. Analyse du dispositif / scénographie
Le Ballet triadique s’inscrit dans une recherche plastique où la scène devient un espace de composition. Le dispositif ne repose pas sur une narration traditionnelle, ni sur un décor réaliste. Il organise des rapports entre des formes, des couleurs, des volumes et des déplacements.
Le costume occupe une place centrale dans cette organisation. Il n’est pas un simple vêtement ajouté au danseur. Il fonctionne comme une structure visuelle qui transforme l’apparence du corps avant même que le mouvement commence. Les costumes sont volumineux, rigides, parfois sphériques, cylindriques ou coniques. Ils agrandissent, simplifient ou déforment certaines parties du corps.
La scénographie naît donc de la relation entre le corps costumé et l’espace. Le danseur devient une figure en mouvement, proche de la sculpture ou de la marionnette. Le costume organise la perception du spectateur en mettant d’abord en évidence la forme, le volume et la couleur.
II. Analyse du corps / mouvement
Dans le Ballet triadique, le costume modifie profondément la mobilité du danseur. Les volumes portés sur le corps empêchent certains gestes naturels. Les bras, les jambes, le buste ou la tête ne sont plus perçus dans leur forme habituelle. Le danseur doit adapter ses déplacements à la structure qu’il porte.
Le mouvement devient plus stylisé, plus mécanique, parfois presque marionnettique. Le corps ne cherche pas à exprimer une émotion individuelle ni à atteindre la virtuosité classique. Il devient un volume animé qui se déplace selon des rapports de lignes, de formes et d’équilibres.
Cette relation entre costume et mouvement produit une autre conception de la danse. Le costume ne met pas en valeur la souplesse ou la légèreté du corps. Il impose au contraire une contrainte plastique. Le mouvement naît de cette contrainte : il devient plus abstrait, plus géométrique, plus visuel.
III. Analyse perceptive / symbolique
Le spectateur ne regarde plus seulement un danseur identifiable. Il regarde une forme en mouvement. Le costume brouille l’identité de l’interprète, masque parfois le visage, agrandit ou transforme la silhouette. Le corps humain devient moins reconnaissable. Il est perçu comme une figure plastique.
Symboliquement, cette transformation affirme une pensée moderniste du corps. Le corps n’est plus présenté comme une figure naturelle, expressive ou romantique. Il devient un élément construit, organisé, presque architectural. Le costume permet d’interroger la place de l’humain dans un monde de formes, de structures et de machines.
Le Ballet triadique transforme donc le costume en outil de pensée. Il propose une vision du corps comme matière plastique, inscrite dans un espace abstrait. La danse devient une composition visuelle où le costume, le mouvement et la scénographie sont indissociables.
Dans le Ballet triadique, le costume affirme un modèle esthétique moderniste. Il géométrise le corps, contraint le mouvement et transforme le danseur en volume scénique. Le costume ne sublime pas le corps selon les codes classiques : il le restructure, le rend abstrait et le fait entrer dans une composition plastique. Il témoigne ainsi d’un parti pris artistique fort : penser le corps dansant comme une forme visuelle en mouvement.
| Le Lac des cygnes | Ballet triadique | |
|---|---|---|
| Chorégraphe / concepteur / date | ||
| Type de costume | ||
| Couleurs dominantes | ||
| Image du corps produite | ||
| Rapport au mouvement | ||
| Effet sur le spectateur | ||
| Modèle esthétique affirmé | ||
| Parti pris artistique | ||
| Idée clé à retenir |
Une question, une réponse :
Qu’est-ce qu’une scénographie illustrative en danse ?
Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore comment la scénographie peut être assujettie à la compréhension de l’univers d’une œuvre à travers trois ballets majeurs :
• La Sylphide – Filippo Taglioni (1832)
• La Bayadère – Marius Petipa (1877)
• Roméo et Juliette – Angelin Preljocaj (1990)
Du romantisme et de l’illusion scénique aux architectures orientalistes du ballet classique, jusqu’à la scénographie politique d’Enki Bilal pour Preljocaj, découvrez comment décor, costumes et espace structurent la perception du spectateur.
Une analyse claire pour comprendre le rôle narratif, symbolique et idéologique de la scénographie.
ACTIVITES 3 - pour construire ma partie 2
II — Le costume comme transformation expressive du corps
Dans cette partie, il s’agit de montrer que le costume ne se contente pas d’identifier un personnage ou d’affirmer une esthétique. Il peut transformer la perception du corps, révéler son effort, son usure, sa fragilité, son étrangeté ou sa disparition.
Le costume devient alors un outil expressif : il rend visibles des états du corps.
CONSIGNE GÉNÉRALE
- À rendre (individuel – fin de séquence)
À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :
« Le costume comme transformation expressive du corps »
Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :
Comment le costume transforme-t-il la perception du corps dansant ?
Comment rend-il visibles la fatigue, la violence, l’usure ou la fragilité ?
Le costume révèle-t-il un corps réel, ordinaire, altéré ou abstrait ?
En quoi le costume modifie-t-il la relation du spectateur au corps ?
Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois œuvres étudiées :
Le Sacre du printemps — Pina Bausch — 1975
La Fondation Pina Bausch indique une première le
3 décembre 1975 à l’Opernhaus Wuppertal, avec une chorégraphie de
Pina Bausch et des décors et costumes de
Rolf Borzik.
May B — Maguy Marin — 1981
La Compagnie Maguy Marin indique que
May B est créé en
1981 au Théâtre Municipal d’Angers, avec une chorégraphie de
Maguy Marin et des costumes de
Louise Marin.
Crucible — Alwin Nikolais — 1985
Numeridanse indique que
Crucible est une chorégraphie d’Alwin Nikolais, créée en
1985 ; le ballet est donné pour la première fois le
13 juin 1985 à l’American Dance Festival à Durham.
2. Travail collectif en classe — World Café
Chaque table analyse une œuvre à partir :
d’un extrait vidéo ;
d’une image ou d’un document iconographique ;
du dossier documentaire fourni ;
des axes d’analyse proposés.
Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie II.
Table 1
Le costume comme révélateur d’un corps engagé, fatigué et sacrifié.
Œuvres étudiées :
Le Sacre du printemps — Pina Bausch — 1975
QUESTIONS DE TRAVAIL
Comment les costumes couleur chair modifient-ils la perception du corps ?
Quel est le rôle symbolique de la robe rouge de l’Élue ?
Comment la terre transforme-t-elle progressivement l’apparence des costumes ?
Le costume donne-t-il à voir un corps idéalisé ou un corps exposé ?
Comment le costume accompagne-t-il la montée de la tension dramatique ?
Peut-on dire que le costume rend visible la violence du rituel ?
Idée à retenir
Dans Le Sacre du printemps, le costume rend visible un corps engagé dans l’effort, la peur, la fatigue et le sacrifice. Il ne sublime pas le corps : il l’expose. La robe rouge distingue l’Élue et concentre sur elle la violence du rituel.
Table 2
Le costume comme humanisation, altération et théâtralisation du corps.
Œuvres étudiées :
May B — Maguy Marin — 1981
QUESTIONS DE TRAVAIL
Comment les vêtements usés modifient-ils l’image du danseur ?
Quel effet produisent l’argile, les visages blanchis et les traits accentués ?
Le costume rend-il les corps plus beaux ou plus vulnérables ?
Comment les accessoires participent-ils à la construction des personnages ?
Le costume rapproche-t-il la danse du théâtre ?
Peut-on dire que le costume révèle une humanité ordinaire et fragile ?
Idée à retenir
Dans
May B, le costume donne à voir des corps usés, maladroits, vieillissants ou empêchés. Il transforme les danseurs en figures humaines fragiles, grotesques, tendres et inquiétantes. Le costume ne cherche pas la beauté idéale : il révèle une humanité imparfaite.
Table 3
Le costume, la lumière et le dispositif comme dissolution du corps identifiable.
Œuvres étudiées :
Crucible — Alwin Nikolais — 1985
QUESTIONS DE TRAVAIL
Le spectateur voit-il le corps entier ou seulement des fragments ?
Comment la lumière transforme-t-elle la perception des membres ?
Le costume est-il encore un vêtement ou devient-il un élément du dispositif visuel ?
Comment les reflets, les couleurs et les projections modifient-ils l’image du corps ?
Le danseur reste-t-il identifiable comme individu ?
Peut-on dire que le corps devient une matière abstraite ?
Idée à retenir
Dans
Crucible, le corps du danseur est fragmenté par le dispositif, la lumière, les reflets et les effets visuels. Le costume ne se limite plus au vêtement porté : il s’élargit à l’environnement visuel qui transforme le corps en image abstraite.
| Œuvre | Chorégraphe / Date | Type de contrainte scénographique | Description précise du dispositif | Incidence sur le mouvement | Effet sur la perception du spectateur | Idée clé à retenir |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Le Sacre du printemps | Pina Bausch – 1975 | Sol / matière (terre) | ||||
| Projet de la matière | Odile Duboc – 1993 | Coussins d'eau toles et matelas d'air | ||||
| Ama | Julie Gautier – 2018 | Milieu aquatique | ||||
| Celui qui tombe | Yoann Bourgeois –2014 | Dispositif mécanique instable | ||||
| Man Walking Down the Side of a Building | Trisha Brown – 1970 | Architecture / verticalité | ||||
| Vertikal | Mourad Merzouki – 2018 | Verticalité / dispositif aérien | ||||
| Lamentation | Martha Graham – 1930 | Enveloppe / costume contraignant | ||||
| Ballet triadique | Oskar Schlemmer – 1922 | Costume-architecture géométrique | ||||
| Tensile Involvement | Nikolais - 1953 | Elastiques |
Le Sacre du printemps — Pina Bausch (1975)
La terre comme contrainte génératrice de mouvement
Créé en 1975 par Pina Bausch pour le Tanztheater Wuppertal, Le Sacre du printemps s’impose comme l’une des œuvres majeures du répertoire contemporain. La chorégraphe reprend la partition d’Igor Stravinsky composée en 1913, qui met en scène un rituel païen au cours duquel une jeune femme est sacrifiée pour assurer le renouveau du printemps. La version de Pina Bausch, entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 1997, se distingue par un choix scénographique radical : le plateau est entièrement recouvert de terre. Ce parti pris transforme profondément la relation du corps à l’espace et fait de la matière le moteur même de l’écriture chorégraphique.
I. Une scénographie matérielle et évolutive
Le texte de Rosita Boisseau décrit précisément l’installation du décor. Six bennes déversent douze mètres cubes de terre sur le plateau afin de constituer une surface compacte et lisse. Cette action, visible du public, installe immédiatement la matière comme élément central du spectacle. Contrairement au ballet classique où le décor peint crée une illusion de profondeur et situe un lieu précis, ici le sol devient le décor principal. Il ne représente pas un paysage, il est une matière brute, organique, presque archaïque.
Au début de la pièce, la terre forme une surface homogène. Progressivement, elle se transforme sous l’effet des déplacements répétés des danseurs. Les piétinements nerveux, les courses en diagonale et les regroupements collectifs bouleversent la surface initiale. La terre garde les traces du passage des corps, elle se creuse, se disperse, se marque. L’espace scénique devient mémoire du mouvement. La scénographie n’est donc pas fixe ; elle évolue au rythme de l’action dramatique et matérialise la violence du rituel.
II. Costumes, musique et dramaturgie du sacrifice
Les costumes participent à cette esthétique de dépouillement. Les femmes portent des robes simples et légères, les hommes des pantalons et chemises aux tonalités naturelles. Les couleurs s’inscrivent dans une gamme terreuse qui renforce l’unité visuelle avec le sol. Les tissus se salissent progressivement, rendant visible l’engagement physique des interprètes. Le corps n’est pas idéalisé ni protégé ; il est exposé, vulnérable, inscrit dans la matière.
La robe rouge de l’Élue introduit une rupture chromatique forte. Le rouge tranche avec le brun de la terre et annonce symboliquement le sacrifice. La couleur devient signe dramatique.
La partition de Stravinsky, construite sur des accents rythmiques violents, des pulsations irrégulières et des tensions harmoniques, intensifie cette dramaturgie. Les frappes musicales semblent s’inscrire dans la terre. Les répétitions rythmiques accompagnent les courses collectives et les piétinements. La musique ne décrit pas la terre, elle en amplifie l’impact physique. Elle soutient une danse marquée par la lourdeur, la tension et la répétition.
III. L’incidence directe de la scénographie sur le mouvement
La terre modifie concrètement les conditions d’exécution du mouvement. Les appuis ne sont plus stables. Les pieds s’enfoncent légèrement dans la matière, ce qui freine les impulsions et rend les déplacements plus lourds. Les sauts perdent leur légèreté. Le poids du corps devient visible et accentué. L’énergie ne peut pas se déployer comme sur un plateau lisse.
La respiration est affectée par l’intensité de l’effort. La fatigue apparaît progressivement. Les corps glissent, trébuchent, se redressent. La répétition des diagonales inscrit physiquement les trajectoires dans le sol, rendant perceptible la pression du collectif sur l’individu. La matière participe à la sensation d’oppression qui conduit au choix de l’Élue.
Le mouvement ne pourrait pas être identique sans cette contrainte. La scénographie agit comme condition d’existence du geste. Elle génère une qualité de mouvement spécifique, plus ancrée, plus dense, plus organique. La terre devient partenaire dramatique et transforme la danse en expérience physique et rituelle.
Dans Le Sacre du printemps, Pina Bausch transforme radicalement la fonction de la scénographie. La terre ne sert pas à situer un lieu ni à illustrer un contexte narratif ; elle agit directement sur les corps. Elle modifie les appuis, accentue le poids, altère les trajectoires et rend visible l’effort physique des interprètes. La matière devient trace, mémoire et tension dramatique.
La scénographie n’est plus un cadre extérieur à la danse. Elle est une contrainte concrète qui conditionne l’écriture chorégraphique et participe pleinement au sens de l’œuvre. Le mouvement naît de la résistance du sol et de la confrontation des corps à cette matière instable.
Dans cette perspective, Le Sacre du printemps constitue un exemple majeur de scénographie génératrice de mouvement, où l’espace scénique devient moteur physique et dramaturgique de la danse.
Projet de la matière — Odile Duboc (1993)
La matière comme partenaire sensoriel du mouvement
Créé en 1993 à la Biennale de la danse du Val-de-Marne, Projet de la matière marque un moment important dans le parcours d’Odile Duboc. Conçu en collaboration avec la plasticienne Marie-Josée Pillet, ce spectacle s’inscrit dans une tradition de dialogue entre danse et arts plastiques tout en affirmant une démarche profondément singulière. Duboc, directrice du Centre chorégraphique national de Belfort-Franche-Comté, développe depuis les années 1980 une écriture attentive aux éléments naturels et aux sensations. Avec cette pièce, elle explore le rapport du corps à la matière, non plus comme simple décor, mais comme partenaire actif du mouvement.
I. Une scénographie plastique et organique
Pour Projet de la matière, Marie-Josée Pillet imagine de gros galets blancs aux formes molles, parfois appelés « baleines ». Ces volumes ne représentent rien de figuratif ; ils installent un paysage abstrait et organique sur le plateau. Les danseurs évoluent autour d’eux, entre eux, parfois contre eux. Ils s’y appuient, s’y déposent, s’y dissimulent partiellement.
Contrairement à une scénographie illustrative qui situerait un lieu ou un contexte narratif, ces formes plastiques transforment la topographie du plateau. L’espace n’est plus lisse ni frontal. Il devient accidenté, irrégulier, modulable. Les galets imposent des niveaux différents, des surfaces courbes, des zones d’appui instables. Les corps doivent négocier avec ces volumes, adapter leurs trajectoires, trouver des points d’équilibre.
La scénographie construit ainsi un paysage tactile. Elle invite à une danse de proximité avec la matière. Le plateau devient un terrain d’expérimentation où le corps explore la densité, la souplesse et la résistance des formes.
II. Lumière, son et environnement sensoriel
La lumière, conçue en collaboration avec Françoise Michel, participe à cette atmosphère organique. Elle ne découpe pas brutalement l’espace mais enveloppe les volumes et les corps dans une clarté douce. Les reliefs des galets sont révélés par des variations lumineuses qui soulignent leur courbure. Le regard du spectateur est invité à percevoir les variations de surface et les infimes déplacements.
La création sonore d’Olivier Renouf contribue également à cette immersion sensorielle. Les sons évoquent des frottements, des roulements, des matières qui s’entrechoquent ou glissent. Le paysage sonore ne raconte pas une histoire ; il prolonge la sensation de contact et d’écoulement. Il donne à entendre une matière vivante.
Les costumes restent sobres et neutres afin de ne pas détourner l’attention du dialogue entre corps et volumes. Les danseurs semblent presque se fondre dans l’environnement plastique, comme s’ils faisaient partie d’un même paysage mouvant.
III. Une transformation sensible du mouvement
La présence des galets blancs modifie profondément l’écriture chorégraphique. La danse verticale, caractéristique des débuts de Duboc, s’assouplit et s’arrondit. Les corps se déposent, se glissent, s’étirent sur les surfaces courbes. Les appuis se déplacent du sol vers les volumes. L’équilibre devient précaire lorsque le danseur s’incline ou s’abandonne contre la matière.
Le mouvement se nourrit de la relation tactile. Il ne s’agit plus seulement d’occuper l’espace mais de dialoguer avec lui. Les changements de poids sont perceptibles lorsque le danseur transfère sa masse sur un galet ou glisse le long d’une courbe. La sensation d’air et d’eau, souvent évoquée dans l’esthétique de Duboc, traverse la gestuelle. Les corps semblent flotter, puis s’alourdir, puis retrouver une légèreté inattendue.
La scénographie ne contraint pas brutalement comme la terre du Sacre de Pina Bausch ; elle génère une transformation plus subtile. Elle induit une danse malléable, sensible, en constante adaptation. Sans ces volumes plastiques, le mouvement ne serait pas le même. La matière devient partenaire d’invention.
Dans Projet de la matière, la scénographie n’illustre aucun récit. Elle installe un environnement plastique qui transforme la relation du corps à l’espace. Les volumes conçus par Marie-Josée Pillet imposent de nouveaux appuis, déplacent les équilibres et modifient la qualité du geste. La lumière et le paysage sonore renforcent cette immersion sensorielle.
La scénographie devient ainsi condition d’existence du mouvement. Elle ne se contente pas d’encadrer la danse ; elle la façonne. À travers cette œuvre, Odile Duboc démontre que la matière peut devenir un partenaire actif, générant une écriture chorégraphique fondée sur l’écoute, la transformation et la malléabilité du corps.
Ama — Julie Gautier (2016)
Le milieu aquatique comme suspension et contrainte invisible
Réalisé en 2016 et diffusé en 2018, Ama est un court-métrage de danse subaquatique interprété par Julie Gautier, championne d’apnée née à La Réunion en 1979. Conçu en collaboration avec la chorégraphe Ophélie Longuet, le film prend pour cadre une piscine profonde et rend hommage aux femmes, en référence aux ama japonaises, plongeuses traditionnelles récoltant les perles. L’œuvre naît d’un drame personnel que Julie Gautier choisit d’exprimer à travers le mouvement plutôt que par la parole. Le film se présente comme une parabole sensible où l’eau devient à la fois espace poétique et contrainte physique, transformant profondément la relation du corps à la gravité et à la respiration.
I. Un dispositif scénographique minimal et immersif
Contrairement à un plateau théâtral traditionnel, Ama se déroule dans un espace subaquatique clos, vertical et profond. La piscine devient le lieu unique de l’action. Il n’y a ni décor ajouté ni accessoire spectaculaire. L’eau constitue l’unique matière scénographique.
Ce choix transforme radicalement l’espace. Le sol n’est plus un point d’appui stable ; la danseuse évolue dans un volume tridimensionnel où haut et bas perdent leur évidence. La verticalité n’est plus structurée par la gravité terrestre mais par la profondeur de l’eau. Le spectateur perçoit un espace suspendu, presque infini, où le corps flotte, chute, remonte et se laisse dériver.
La scénographie ne représente pas un lieu narratif. Elle crée un environnement sensoriel qui modifie la perception du temps et du mouvement. L’eau agit comme un filtre qui ralentit les gestes et installe une temporalité contemplative.
II. Esthétique, silence et dramaturgie du souffle
Ama est un film sans parole. Le silence relatif, ponctué de sons étouffés et de résonances aquatiques, renforce l’impression d’isolement et d’intimité. L’absence de texte laisse place à l’interprétation personnelle du spectateur. Julie Gautier affirme avoir voulu enrober sa douleur de grâce et la plonger dans l’eau pour la rendre supportable. La scénographie devient ainsi métaphore du deuil et de l’apnée émotionnelle.
Le costume simple, fluide, épouse les mouvements de l’eau. Les tissus se déploient, se gonflent, se rétractent au rythme des déplacements. La lumière traverse la surface et crée des reflets mouvants sur le corps. Le spectateur perçoit une danse qui semble libérée de la pesanteur terrestre mais soumise à une autre forme de contrainte : celle du souffle retenu.
L’esthétique subaquatique impose une lenteur inhabituelle. Chaque geste est amplifié par la résistance de l’eau. La dramaturgie repose sur la tension entre la beauté du mouvement et l’attente silencieuse de la remontée à la surface.
III. L’incidence du milieu aquatique sur le mouvement
Le milieu aquatique transforme concrètement l’écriture chorégraphique. Les appuis disparaissent. Le corps ne peut plus pousser contre le sol pour impulser un saut ou une course. Les déplacements s’effectuent par ondulations, rotations et suspensions. La résistance de l’eau ralentit les gestes et leur confère une densité particulière.
La gestion du souffle devient centrale. L’apnée impose une limite temporelle au mouvement. Le spectateur ressent cette contrainte invisible et partage l’attente de la respiration. Le corps semble libre de la gravité mais dépendant d’une autre nécessité vitale.
La fluidité apparente dissimule un effort intense. Chaque extension, chaque torsion demande une adaptation constante à la pression de l’eau. La danse ne pourrait exister de la même manière hors de ce milieu. La scénographie aquatique n’encadre pas la danse ; elle en détermine les qualités dynamiques et émotionnelles.
Dans Ama, la scénographie se réduit à un seul élément : l’eau. Pourtant, cette simplicité radicale transforme entièrement la relation du corps à l’espace. Le milieu aquatique modifie la gravité, ralentit le temps, impose la contrainte du souffle et génère une écriture chorégraphique spécifique, faite de suspension et d’ondulation.
La scénographie devient ici condition d’existence du mouvement. Elle ne raconte pas une histoire par le décor, mais elle façonne la danse par la matière même du milieu. Ama constitue ainsi un exemple singulier de scénographie génératrice, où la contrainte physique devient vecteur d’émotion universelle.
Celui qui tombe — Yoann Bourgeois (2014)
Une scénographie qui génère le mouvement : quand l’espace devient contrainte
Créée en 2014, Celui qui tombe est une pièce de Yoann Bourgeois, artiste issu du cirque contemporain et également formé à la danse. Dans cette œuvre pour six interprètes, il approfondit une recherche centrée sur la gravité, l’équilibre et le rapport du corps aux forces physiques. La pièce ne repose pas sur un récit narratif traditionnel mais sur un dispositif scénographique unique qui conditionne l’ensemble de l’action. La scénographie ne vient pas illustrer un univers : elle devient le principe moteur du mouvement et de la théâtralité. Cette œuvre permet ainsi d’interroger une scénographie qui ne soutient pas le mouvement mais le transforme structurellement.
I. La scénographie comme dispositif générateur de situations
La scénographie consiste en une grande plateforme carrée en bois, suspendue et mise en mouvement par différents mécanismes. Ce plancher peut s’incliner, osciller, basculer ou tourner. Il ne représente aucun lieu identifiable. Il n’y a ni décor figuratif ni contextualisation temporelle. Pourtant, cette surface peut évoquer un radeau, une plaque tectonique ou une planète en déséquilibre.
Ce dispositif agit comme un agrès. Il produit des contraintes physiques qui déterminent entièrement l’organisation spatiale des interprètes. Le décor n’est donc pas un cadre neutre. Il est actif. Il génère les situations scéniques. Les regroupements, les chutes, les tensions collectives apparaissent en réaction aux mouvements du plateau.
La scénographie n’illustre pas une histoire. Elle crée les conditions mêmes de l’action.
II. L’acteur-vecteur : un corps traversé par les forces
Yoann Bourgeois développe la notion d’« acteur-vecteur ». L’interprète n’est plus celui qui initie librement le mouvement. Il est traversé par des forces extérieures. La gravité, la force centrifuge et le déséquilibre deviennent les véritables moteurs du geste.
Les danseurs tentent de rester debout. Ils glissent, chutent, s’agrippent, se rattrapent. Le mouvement naît de la nécessité physique. Il ne s’agit pas d’un vocabulaire chorégraphique préexistant qui serait simplement exécuté sur un décor. Le dispositif transforme radicalement la qualité du mouvement.
La tension permanente, l’instabilité et l’effort façonnent le corps. La scénographie agit directement sur la dynamique, le rythme et la relation entre les interprètes. Elle modifie donc structurellement le mouvement.
III. Une théâtralité polysémique sans narration illustrative
Bien que la pièce ne raconte pas une histoire précise, elle produit des images fortes. Six individus tentent de maintenir un équilibre collectif sur une surface instable. Cette situation peut évoquer la fragilité d’une société, la précarité d’un monde en crise ou la condition humaine face à des forces qui la dépassent.
Les costumes sont contemporains et sobres. Ils ne situent pas l’action dans une époque donnée. La musique et l’amplification des craquements du bois participent à la dramaturgie en accentuant la tension du dispositif.
La scénographie ne sert donc pas à illustrer un univers narratif. Elle ouvre un champ métaphorique. Le sens n’est pas imposé. Il émerge de la confrontation entre le corps et la contrainte.
Dans Celui qui tombe, la scénographie ne soutient pas une narration illustrative. Elle constitue le principe même de la pièce. Le dispositif scénique agit comme une force active qui transforme le mouvement, modifie le statut de l’interprète et produit les situations théâtrales.
Nous ne sommes plus face à une scénographie assujettie à la compréhension d’un univers. Au contraire, l’espace devient moteur, contrainte et générateur de sens. Cette œuvre montre ainsi comment, dans la création contemporaine, la scénographie peut transformer structurellement le mouvement et redéfinir la relation entre décor et danse.
Réflexion sur la question du plagiat
La question de l’originalité artistique s’est posée à propos de certains dispositifs développés par Yoann Bourgeois. Des observateurs ont relevé des similitudes entre certaines de ses recherches sur les plateaux en mouvement et des expérimentations antérieures menées notamment par la compagnie finlandaise WHS, qui travaillait déjà sur des structures basculantes et des agrès transformant radicalement la relation du corps au sol.
Dans le champ du cirque contemporain, où la recherche formelle sur les dispositifs est centrale, la frontière entre influence, filiation et appropriation peut devenir sensible. Cette situation permet d’ouvrir une réflexion essentielle avec les élèves sur l’éthique artistique. Toute création s’inscrit dans une histoire et dans des recherches antérieures, mais elle suppose une transformation identifiable et une reconnaissance des héritages. Comme dans le travail académique, la question des sources et de leur citation engage la responsabilité du créateur.
Man Walking Down the Side of a Building, Trisha Brown — 1970
La scénographie comme déplacement radical de la gravité
Créée en 1970 à New York, Man Walking Down the Side of a Building s’inscrit dans la période post-modern dance américaine et dans le mouvement du Judson Dance Theater auquel Trisha Brown est associée. Cette œuvre n’est pas présentée sur une scène traditionnelle, mais sur la façade d’un immeuble. Un interprète, suspendu par un système de harnais et de cordes, descend la paroi verticale comme s’il marchait normalement sur un sol horizontal.
La scénographie n’est plus un décor illustratif : elle est l’architecture réelle. Le mur devient sol. Le bâtiment devient espace chorégraphique. Cette inversion bouleverse la perception du spectateur et transforme radicalement le mouvement.
I. L’architecture comme espace chorégraphique
Dans cette pièce, il n’y a ni décor peint ni cadre scénique frontal. Le lieu est la ville elle-même. La façade d’un immeuble sert de surface de déplacement. Le dispositif technique, invisible à distance, permet au danseur de rester en suspension tout en conservant une posture verticale.
Ce choix spatial rompt avec le théâtre à l’italienne. Le public ne regarde plus un plateau encadré, mais l’espace urbain. La façade, habituellement verticale et inaccessible, devient surface praticable. Le spectateur doit adapter son regard et reconsidérer les repères habituels de haut et de bas.
L’architecture n’illustre rien. Elle n’est pas décorative. Elle devient condition d’existence du mouvement.
II. La gravité comme contrainte physique
Le principe de la pièce repose sur un déplacement simple : marcher. Pourtant, cette marche est rendue étrange par la verticalité du support. Le corps est soumis à une tension permanente liée au harnais et au poids du corps.
La gravité n’est pas supprimée mais déplacée. Le danseur doit gérer l’équilibre différemment. Le contact du pied avec le mur remplace l’appui au sol. Les trajectoires deviennent horizontales sur un plan vertical.
Cette contrainte transforme la qualité du mouvement. La marche paraît lente, presque suspendue. Les gestes sont économes. Le corps semble défier les lois physiques tout en restant soumis à elles. La scénographie agit ici comme un dispositif qui reconfigure la relation du corps à l’espace.
III. Une transformation de la perception
Le spectateur perçoit une image inhabituelle : un corps évoluant latéralement sur un mur. L’effet produit n’est pas spectaculaire au sens traditionnel, mais conceptuel. La pièce interroge la norme du mouvement dansé et les conventions de présentation.
Trisha Brown s’inscrit dans une esthétique minimale et expérimentale. Le mouvement est quotidien, sans virtuosité apparente. Pourtant, la simple transposition spatiale suffit à créer une expérience perceptive nouvelle.
La scénographie modifie donc moins le vocabulaire que la perception du geste. Elle transforme l’évidence de la marche en phénomène étrange. Le mur devient partenaire silencieux du danseur.
Man Walking Down the Side of a Building illustre parfaitement l’idée que la scénographie peut devenir contrainte génératrice de mouvement. En déplaçant l’action sur une façade verticale, Trisha Brown transforme le rapport du corps à la gravité et à l’espace.
L’architecture n’est plus un cadre neutre. Elle est l’élément structurant de l’écriture chorégraphique. Le mouvement ne pourrait exister de la même manière sans ce dispositif. La scénographie devient ainsi condition physique, perceptive et conceptuelle de la danse.
Vertikal de Mourad Merzouki — 2018
La verticalité comme transformation du vocabulaire hip-hop
Créé en 2018 pour la Biennale de la danse de Lyon, Vertikal marque une nouvelle étape dans le parcours de Mourad Merzouki et de la compagnie Käfig. Après avoir exploré les arts numériques dans Pixel, le chorégraphe choisit ici de revenir à une matière plus physique en abordant un nouvel espace : celui de la verticalité.
Grâce à un dispositif aérien conçu en collaboration avec la compagnie Retouramont, spécialisée dans la danse verticale, les danseurs évoluent non seulement au sol mais aussi le long de structures murales, suspendus à des filins et à des systèmes de contrepoids. La scénographie ne constitue plus un simple décor : elle modifie profondément la relation du corps à la gravité et transforme les codes fondamentaux du hip-hop.
I. La scénographie comme dispositif contraignant
Dans Vertikal, l’espace scénique est structuré par de grands panneaux verticaux qui évoquent des monolithes. Les danseurs peuvent y prendre appui ou y évoluer en suspension grâce à un système de harnais discret. Le plateau n’est plus uniquement horizontal : il devient tridimensionnel.
Le hip-hop est historiquement une danse d’ancrage, fortement liée au sol, notamment dans le break. Or ici, le rapport au sol est bouleversé. Les danseurs perdent leurs repères habituels. Les appuis changent, les trajectoires se redessinent, les portés se transforment. Le corps peut devenir socle, porteur ou voltigeur selon les moments.
La scénographie agit comme une contrainte physique permanente. Elle oblige les interprètes à adapter leur technique et à inventer une nouvelle relation à l’équilibre. La verticalité n’est pas un effet spectaculaire gratuit : elle devient principe d’écriture chorégraphique.
II. La gravité comme matière chorégraphique
Contrairement à une simple performance acrobatique, Vertikal ne cherche pas uniquement à défier la gravité. Il s’agit plutôt de la tester, de dialoguer avec elle. Les danseurs sont suspendus, retenus par des fils visibles ou suggérés, ce qui crée une tension constante entre chute et élévation.
Le spectateur perçoit cette tension. Le corps semble à la fois libre et retenu. Les mouvements deviennent plus fluides, parfois plus lents, comme étirés dans l’espace. La verticalité modifie la qualité gestuelle du hip-hop. Les rebonds, les impulsions et les rotations prennent une dimension aérienne.
Le dispositif crée également une nouvelle organisation collective. Les liens physiques entre les danseurs, par le jeu des contrepoids, rendent visibles les relations d’interdépendance. Le mouvement de l’un influence celui de l’autre. La gravité devient ainsi une matière partagée.
III. Une hybridation des disciplines
Vertikal s’inscrit dans la continuité du travail de Mourad Merzouki, qui mêle régulièrement le hip-hop à d’autres univers artistiques. Ici, la danse rencontre les techniques du cirque et de l’escalade. Cette hybridation transforme le vocabulaire sans effacer l’identité hip-hop.
Les figures au sol ne disparaissent pas totalement, mais elles sont réinterprétées. Le rapport frontal au public évolue. La ligne d’horizon du spectateur est déplacée : le regard ne circule plus uniquement de gauche à droite, mais aussi de bas en haut.
La musique d’Armand Amar, aux accents lyriques et électroacoustiques, renforce cette dimension poétique. L’ensemble crée une atmosphère suspendue, où la virtuosité technique s’efface derrière une recherche de fluidité et d’élévation.
Vertikal montre comment une scénographie peut transformer en profondeur un langage chorégraphique. En modifiant le rapport au sol, élément fondamental du hip-hop, Mourad Merzouki interroge l’identité même de cette danse.
La verticalité n’est pas seulement un choix esthétique. Elle devient contrainte, moteur et source d’invention. Le spectacle propose ainsi une nouvelle poétique de l’espace, où le corps oscille entre ancrage et suspension, entre chute et envol, révélant un hip-hop réinventé par la gravité.
Ballet triadique de Oskar Schlemmer — 1922
Le corps géométrisé : quand le costume devient architecture du mouvement
Créé le 30 septembre 1922 au Festival de musique de chambre de Donaueschingen, le Ballet triadique (Triadisches Ballett) d’Oskar Schlemmer et Hannes Winkler, sur une musique de Paul Hindemith, constitue une œuvre fondamentale du Bauhaus et de la danse moderne. Interprété à l’origine par Edith Demharter, Ralph Smolik et Hannes Winkler, ce ballet est l’aboutissement de près de dix années de recherches sur le rapport entre corps, espace, forme et couleur.
Inscrit dans le contexte du Bauhaus fondé en 1919 par Walter Gropius à Weimar, le Ballet triadique s’inscrit dans une école fonctionnaliste directement inspirée du constructivisme. Il repose sur une épure du signe et une adéquation stricte entre forme et fonction. Schlemmer y développe une danse abstraite, mathématique, opposée au lyrisme expressionniste et à la tradition du ballet classique. Le corps n’y est plus vecteur d’émotion romantique, mais élément plastique intégré à une architecture scénique.
I. L’esthétique du Bauhaus : géométrie, abstraction et art total
Le Bauhaus prône l’unité entre tous les arts et la création d’un art universel adapté à l’ère industrielle. Architecture, peinture, sculpture, théâtre et design y sont pensés comme complémentaires. Schlemmer, d’abord maître des formes en sculpture puis responsable de l’atelier théâtre à partir de 1922, inscrit pleinement son travail dans cette logique pluridisciplinaire.
Le Ballet triadique repose sur le principe du chiffre trois. Trois parties structurent l’œuvre. Trois danseurs l’interprètent. Trois éléments fondamentaux y sont indissociables : la danse, la musique et le costume. Cette triade renvoie également aux formes géométriques élémentaires – cercle, carré, triangle – et aux couleurs primaires – jaune, rouge, bleu. Le chiffre trois permet, selon Schlemmer, de dépasser la dualité et d’atteindre une forme de collectif.
Influencé par l’abstraction géométrique et le constructivisme, Schlemmer conçoit la scène comme un espace organisé selon des lois mathématiques. Il imagine même des expérimentations où la danse serait inscrite sur des tapis marqués de lignes géométriques numérotées, anticipant la chorégraphie abstraite des années 1960. La danse devient ainsi une construction spatiale rigoureuse, comparable à une composition musicale.
II. Le costume comme contrainte et moteur du mouvement
Dans le Ballet triadique, Schlemmer procède de manière pragmatique. Il conçoit d’abord les personnages et leurs costumes, puis choisit la musique, et enfin élabore la danse correspondant à l’ensemble. Le costume n’est pas décoratif : il est structurant.
Les formes sphériques, cylindriques ou coniques, les volumes rigides, les matériaux comme le métal ou le fil de fer transforment radicalement le corps humain. Les masques et accessoires modifient la perception psychologique du danseur et du spectateur. Le corps est fermé, encapsulé, réduit à des formes pures.
Cette contrainte matérielle impose un certain type de mouvement. Les gestes naturels sont entravés. Les interprètes doivent reconstruire leur équilibre et adapter leur motricité. Les mouvements deviennent mécaniques, précis, presque marionnettiques. Schlemmer parle de « mécanique du corps ». Le danseur ne s’exprime plus librement ; il devient élément d’une composition formelle.
Il s’agit d’une véritable adéquation entre forme et fonction. La forme du costume détermine la fonction du mouvement. La scénographie agit comme architecture contraignante. Le corps devient volume mobile dans l’espace, au même titre qu’un objet de design.
III. Une métaphysique de l’équilibre et l’héritage moderne
Au-delà de la rigueur géométrique, le Ballet triadique propose une réflexion métaphysique sur l’équilibre des contraires. Schlemmer cherche une harmonie entre abstraction et pulsion affective, entre mécanique et humanité, entre individu et collectif.
Le choix du piano comme instrument unique participe de cette logique. Instrument mécanique selon Schlemmer, il accompagne la gestuelle de poupée des danseurs et renforce l’impression d’un univers réglé, presque automatique. L’ensemble évoque une encyclopédie scénique des conceptions du Bauhaus.
L’influence du Ballet triadique est considérable. On en retrouve des échos dans les recherches d’Alwin Nikolais sur la transformation du corps par le costume et la lumière, chez Bob Wilson dans la construction plastique du mouvement, ou encore chez Philippe Decouflé dans le rapport ludique aux formes. La danse américaine abstraite, de Merce Cunningham à Trisha Brown, s’inscrit également dans cette filiation, même indirectement.
Le Ballet triadique constitue une œuvre fondatrice de la modernité chorégraphique. En géométrisant le corps et en faisant du costume une architecture contraignante, Oskar Schlemmer transforme radicalement la fonction du danseur sur scène.
La scénographie ne sert plus à illustrer une narration : elle devient système constructif. Le mouvement naît de la contrainte formelle. À travers cette abstraction mathématique, Schlemmer propose une vision nouvelle de l’homme moderne, intégré à un monde mécanique mais capable d’y trouver un équilibre poétique.
Lamentation de Martha Graham — 1930
Le corps entravé : quand l’enveloppe devient espace intérieur du mouvement
Créée en 1930 et interprétée à l’origine par Martha Graham elle-même, Lamentation constitue l’une des œuvres fondatrices de la danse moderne américaine. Solo radical pour une danseuse assise sur un banc, entièrement enveloppée dans un tube de tissu violet, la pièce rompt avec les codes du ballet classique comme avec l’expressivité lyrique d’Isadora Duncan.
Avec Lamentation, Graham invente un langage chorégraphique centré sur le torse, la respiration et la tension intérieure. Le mouvement ne cherche plus à séduire ni à illustrer une histoire précise. Il devient expression d’un état. La scénographie minimale et le costume contraignant transforment le corps en volume sculptural. La danse ne représente pas la douleur : elle en devient la matérialisation.
I. Une scénographie minimale : immobilité et concentration du regard
La scène est presque vide. Une lumière sobre éclaire une danseuse assise sur un simple banc. Aucun décor narratif, aucun déplacement dans l’espace scénique. Le corps ne traverse pas la scène : il demeure fixé en un point.
Ce choix radical concentre le regard du spectateur sur le haut du corps. L’absence de déplacement spatial oblige à observer les infimes variations du torse, des épaules, des bras. La danse évoque davantage une sculpture vivante qu’un enchaînement chorégraphique traditionnel.
La musique de Zoltán Kodály accompagne sans illustrer. Graham ne se soumet pas à la musique ; elle construit une tension autonome. Le mouvement semble parfois précéder ou résister à la structure musicale. La danse affirme ainsi son indépendance expressive.
II. Le costume comme contrainte et moteur du mouvement
Le dispositif central de Lamentation est le costume. La danseuse est enfermée dans un tube de jersey extensible qui enveloppe entièrement son corps, ne laissant apparaître que la tête, les mains et les pieds.
Cette enveloppe efface les contours anatomiques traditionnels. Le corps n’est plus défini par ses lignes naturelles mais par les déformations du tissu. Lorsque la danseuse tire, étire, tord la matière, le textile forme des diagonales, des angles, des volumes inattendus. La douleur devient visible à travers la tension du tissu.
Le costume contraint fortement le mouvement. Les jambes sont immobilisées, l’amplitude est réduite, l’équilibre doit être reconstruit en position assise. Cette restriction oblige la danseuse à développer un travail d’une extrême précision du torse.
C’est ici qu’intervient le principe fondamental de la technique Graham : la contraction et le release. La contraction, initiée par l’expiration, creuse l’abdomen et arrondit la colonne vertébrale. Le release, associé à l’inspiration, ouvre le torse vers l’extérieur. Dans Lamentation, ces actions respiratoires deviennent visibles à travers la matière tendue.
La scénographie ne se contente pas d’accompagner le mouvement. Elle le conditionne. Sans le tissu, le geste n’aurait pas la même intensité plastique ni la même charge expressive.
III. La transfiguration de la douleur : abstraction et universalité
Lamentation ne raconte pas l’histoire d’un deuil particulier. Graham ne nomme pas la cause de la souffrance. Elle propose une abstraction du chagrin.
La danseuse semble lutter contre une force invisible. Les torsions, les étirements latéraux, les inclinaisons diagonales traduisent un combat intérieur. Le corps se replie sur lui-même, puis se déploie dans un mouvement qui n’aboutit jamais à une véritable libération.
Le fait que la danseuse reste assise renforce l’idée d’impuissance. Pourtant, la tension intérieure est extrême. L’immobilité apparente contraste avec la violence contenue des contractions.
En effaçant les traits individuels du corps par le costume, Graham transforme la danseuse en figure universelle. Le spectateur ne voit plus une personne mais l’incarnation de la perte. Le corps devient espace symbolique.
Avec Lamentation, Martha Graham opère une révolution chorégraphique. La scénographie n’est plus décorative ni illustrative. Le costume agit comme une architecture contraignante qui transforme radicalement la qualité du mouvement.
Le geste naît de la restriction. La douleur n’est pas mimée mais structurée par la matière, la respiration et la tension du torse. La scénographie devient condition d’existence du mouvement.
Dans cette œuvre, le corps n’est plus un instrument libre évoluant dans l’espace : il est volume enfermé, sculpté par le tissu, révélant que la contrainte peut devenir source d’un langage chorégraphique inédit.
Tensile Involvement — Alwin Nikolais (1953)
La scénographie comme contrainte spatiale et réinvention du corps
Tensile Involvement est une œuvre chorégraphique créée par Alwin Nikolais en 1953 à la Henry Street Playhouse de New York. Elle s’inscrit parmi les premières pièces du chorégraphe à explorer pleinement ce qu’il appellera ensuite le “Total Dance Theater”, une conception de la danse où le mouvement, le costume, la lumière, la musique et l’espace scénographique interagissent pour créer un spectacle abstrait et intégral. Nikolais ne conçoit pas simplement des gestes isolés, mais des environnements que les danseurs doivent négocier. Dans Tensile Involvement, ce sont des lignes élastiques étendues dans l’espace scénique qui composent le dispositif matériel principal. Ce réseau de rubans et de tensions constitue une contrainte physique permanente pour les interprètes et transforme la scène en un champ de forces à habiter.
I. La scénographie structurée par la tension des matériaux
Dans cette pièce, la scénographie ne se contente pas de délimiter un espace neutre : elle impose une architecture faite de lignes tendues. Les dix danseurs évoluent à l’intérieur de ce maillage de rubans élastiques qui relient ses différents pôles. Ces élastiques forment des diagonales, des arcs, des intersections. Ils tracent dans l’espace une géométrie mouvante qui inscrit l’action dans un champ visuel structuré.
Ce dispositif n’est pas accessoire. Il agit comme un
agencement contraignant qui modifie la liberté de circulation du corps. Les danseurs doivent déplacer leurs trajectoires non seulement en réponse à leurs partenaires, mais aussi en fonction de ces lignes qui limitent ou orientent leurs passages possibles. L’espace ne reste pas vide autour des corps : il devient dynamique, mouvant et prescripteur de chemins.
II. Le corps négocié et transformé par la contrainte spatiale
La tension des rubans a une incidence directe sur la motricité des danseurs. Chaque mouvement engage les lignes qui l’entourent, soit en les tendant, soit en les contournant. La qualité du geste n’est plus seulement définie par la formation des membres, mais aussi par la manière dont ces derniers négocient l’interaction avec le tissu élastique.
Lorsque les interprètes avancent, sautent ou tournent, leurs trajectoires sont réfractées par ces lignes. Les capacités physiques du corps sont mises à l’épreuve : l’impulsion, l’équilibre et l’amplitude ne sont plus seulement déterminés par une intention interne, mais par la réaction à une structure qui peut être à la fois support, obstacle ou contrainte.
Ainsi, dans Tensile Involvement, le mouvement n’est pas libre ni illimité : il est
conditionné par la géométrie du dispositif. Le chorégraphe transforme l’espace en une matrice de directions possibles, générant des formes de mouvement inédites qui ne pourraient exister hors de ce réseau de contraintes.
III. L’esthétique abstraite comme langage dramaturgique
La pièce échappe à toute narration traditionnelle. Elle n’illustre ni personnage, ni situation. Les corps ne sont pas des individus expressifs, mais des composants d’une configuration spatiale. Nikolais conçoit le corps comme partie d’un environnement global, principe fondamental de son théâtre de danse abstraite.
Dans Tensile Involvement, l’esthétique se trouve dans la relation entre les lignes, les corps et la lumière. Les figures produites par ce maillage en mouvement sont des formes plastiques, parfois proches de sculptures vivantes. Le spectateur ne cherche pas une histoire, mais une perception renouvelée des forces, des tensions et des volumes chorégraphiques. Cette abstraction ouvre un champ de lecture qui dépasse l’anecdote pour toucher à la structure même du mouvement et de son environnement.
La musique — souvent composée ou dirigée par Nikolais lui-même — accompagne ce réseau d’interactions en créant une texture sonore qui ne dicte pas un récit émotionnel mais renforce l’impression d’un espace réglé par des lois internes, faite de rythmes et de pulsations propres au dispositif.
Tensile Involvement illustre une conception radicale de la scénographie : non plus décor, mais contrainte spatiale génératrice de mouvement. L’œuvre transforme l’espace en une matrice qui détermine la motricité même du corps, redéfinit l’équilibre, les trajectoires et l’amplitude.
La scénographie agit ici comme un système actif, conditionnant le mouvement et modifiant la perception du spectateur. Le corps ne circule plus dans un espace neutre : il
négocie des tensions, devient élément d’un maillage visuel et narratif, révélant une dramaturgie nouvelle fondée sur l’abstraction et l’interaction entre corps et environnement.
Une question, une réponse :
Comment la scénographie peut-elle transformer le mouvement au point d’en devenir la source ?
Dans cet épisode :
✔ La terre du Sacre du printemps de Pina Bausch
✔ La matière d’Odile Duboc
✔ L’eau dans Ama de Julie Gautier
✔ La plateforme instable de Yoann Bourgeois
✔ La verticalité chez Trisha Brown et Mourad Merzouki
✔ Le costume contraignant de Martha Graham
✔ Les volumes du Ballet triadique
✔ Les illusions lumineuses de Nikolais
Une analyse essentielle pour comprendre comment la contrainte scénographique devient génératrice de mouvement.
ACTIVITES 4 - pour construire ma partie 3
CONSIGNE GÉNÉRALE
- À rendre (individuel – fin de séquence)
À partir de l’analyse du dispositif scénique, de la construction dramaturgique et de la transformation du regard du spectateur, définir les caractéristiques d’une scénographie devenue dispositif perceptif et créer une fiche de révision sur :
« La scénographie comme dispositif dramaturgique et transformation du regard »
2. Travail collectif en classe — World Café
Chaque table analyse un axe scénographique différent à partir :
d’extraits vidéo
de dossiers documentaires
des axes d’analyse fournis
Objectif : produire une fiche synthèse commune.
Table 1
Le dispositif spatial répétitif et distancié
Œuvres étudiées :
Umwelt — Maguy Marin
Cendrillon — Maguy Marin
AXE D’ANALYSE
La scénographie comme construction dramaturgique visible.
DOSSIER 1
Dans ces œuvres, la scénographie ne cherche ni à illustrer un lieu réaliste ni à contraindre physiquement le corps. Elle devient structure dramaturgique.
Dans Umwelt, un mur percé de multiples ouvertures permet aux interprètes d’apparaître et de disparaître de manière répétitive. Les actions se succèdent selon un rythme mécanique. La répétition crée un effet d’aliénation. Le dispositif spatial organise la temporalité et met en évidence la mécanique sociale.
Dans Cendrillon, la scénographie stylisée, les masques et la frontalité théâtrale créent une distance avec le conte. Le décor ne vise pas le réalisme mais la construction d’un univers scénique artificiel et assumé. Le spectateur est placé dans une position réflexive.
Ici, la scénographie structure le récit et influence la lecture dramaturgique.
QUESTIONS DE TRAVAIL
Le dispositif est-il visible comme dispositif ?
Organise-t-il la répétition ou la fragmentation des actions ?
Crée-t-il une distance critique ?
La scénographie raconte-t-elle ou met-elle en question le récit ?
Comment le spectateur est-il positionné face au dispositif ?
Table 2
L’espace numérique et la scène augmentée
Œuvres étudiées :
Pixel — Mourad Merzouki
Biped — Merce Cunningham
AXE D’ANALYSE
Le numérique comme co-composition du mouvement et de l’espace.
DOSSIER 2
Dans ces œuvres, la scénographie intègre des dispositifs numériques qui transforment la perception de l’espace.
Dans Pixel, les projections interactives créent un dialogue entre danseurs et images numériques. Les corps semblent agir sur les projections ou être traversés par elles. L’espace devient instable, mouvant, virtuel.
Dans Biped, des silhouettes numériques projetées se superposent aux danseurs réels. Le corps est démultiplié. La frontière entre présence physique et image virtuelle est brouillée.
Le numérique n’est plus un décor. Il devient partenaire dramaturgique. Il modifie la profondeur, la temporalité et la perception du réel.
QUESTIONS DE TRAVAIL
Le corps réel est-il doublé ou transformé par l’image ?
Le numérique crée-t-il une illusion ou une hybridation ?
Qui guide le regard : le danseur ou la projection ?
Le spectateur perçoit-il un espace réel ou un espace virtuel ?
La scénographie devient-elle un acteur autonome ?
Table 3
Lumière, illusion et scène-image
Œuvres étudiées :
Crucible — Alwin Nikolais
Kiss & Cry — Nano Dance Company
AXE D’ANALYSE
La scénographie comme transformation du visible.
DOSSIER 3
Dans ces œuvres, la scénographie agit directement sur la perception visuelle du spectateur.
Dans Crucible, les membres des danseurs apparaissent et disparaissent derrière un miroir, éclairés par des jeux de lumière colorée et des projections. Le corps est fragmenté. La lumière construit l’illusion et transforme l’anatomie en abstraction. Le spectateur ne perçoit jamais le corps dans sa totalité. La scène devient image en mouvement.
Dans Kiss & Cry, le spectacle repose sur un dispositif de cinéma en direct. Une caméra filme des mains manipulant de mini-décors. L’image projetée sur grand écran produit un film sous les yeux du public. Le spectateur voit simultanément la fabrication et l’illusion. La scène devient plateau de tournage.
Dans ces cas, la scénographie ne transforme plus seulement le corps : elle transforme le regard.
QUESTIONS DE TRAVAIL
Le spectateur voit-il le corps ou son image ?
Le dispositif crée-t-il une illusion ou révèle-t-il sa fabrication ?
La scénographie guide-t-elle activement le regard ?
Le visible est-il fragmenté, amplifié ou médiatisé ?
Peut-on parler d’une scène devenue écran ?
| Œuvre – Chorégraphe – Date | Dispositif scénographique utilisé | Ce que la scénographie transforme | Incidence sur le corps / le mouvement | Effet sur le regard du spectateur | Fonction dominante (illustrative / contraignante / perceptive / hybride ?) |
|---|---|---|---|---|---|
| Umwelt — Maguy Marin — 2004 | |||||
| Cendrillon — Maguy Marin — 1985 | |||||
| Pixel — Mourad Merzouki — 2014 | |||||
| Biped — Merce Cunningham — 1999 | |||||
| Crucible — Alwin Nikolais — 1985 | |||||
| Kiss & Cry — Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael — 2011 |
UMWELT — Maguy Marin — 2004
La scénographie comme dispositif répétitif et critique du réel
Umwelt est créée en 2004 par Maguy Marin. Le titre signifie « environnement » en allemand et renvoie à la notion d’espace social et politique dans lequel évolue l’individu. La pièce est conçue pour plusieurs interprètes et s’inscrit dans une période où la chorégraphe développe un théâtre chorégraphique radical, épuré, frontal, marqué par la répétition et la déconstruction des codes narratifs.
La scénographie repose sur un dispositif unique : un grand mur occupant le fond de scène, percé de multiples ouvertures rectangulaires. Les danseurs apparaissent et disparaissent à travers ces cadres, tandis que des miroirs reflètent partiellement leurs actions. Ce dispositif structure l’ensemble de la pièce.
I. Un dispositif spatial mécanique et répétitif
Le mur percé d’ouvertures constitue l’élément central du dispositif scénographique. Les interprètes surgissent par ces cadres, accomplissent une action brève, puis disparaissent. Les gestes sont quotidiens, souvent simples : traverser, porter un objet, s’embrasser, se frapper, déplacer une chaise.
Ce système produit un effet de répétition mécanique. Les entrées et sorties se succèdent selon un rythme presque industriel. La scénographie impose une temporalité fragmentée. L’espace devient un dispositif d’apparition/disparition, comparable à une chaîne de montage visuelle.
La répétition ne vise pas l’esthétique décorative : elle construit une dramaturgie fondée sur l’accumulation et la saturation.
II. La fragmentation du réel et la dépersonnalisation
Le dispositif ne montre jamais un espace continu. Le spectateur ne perçoit que des fragments d’actions encadrées par les ouvertures. Le monde scénique apparaît morcelé.
Les miroirs renforcent cet effet. Ils reflètent certaines actions, dédoublent les images, brouillent les repères spatiaux. Le regard ne sait plus exactement où se situe l’action principale.
Les corps ne sont pas mis en valeur individuellement. Ils deviennent figures anonymes, interchangeables. La scénographie contribue à cette dépersonnalisation. Elle transforme les individus en silhouettes prises dans un système.
III. Une scénographie critique qui transforme le regard
Dans Umwelt, la scénographie ne contraint pas physiquement le mouvement comme dans Le Sacre ou Tensile Involvement. Elle agit sur la perception du spectateur.
Le dispositif impose une lecture critique. La répétition produit une impression d’aliénation sociale. Les gestes quotidiens deviennent mécaniques, presque absurdes. L’espace scénique fonctionne comme métaphore d’un environnement contemporain fragmenté.
Le spectateur est placé dans une position d’observateur lucide. Il voit le dispositif. Il comprend qu’il assiste à une construction. La scénographie ne cherche pas à dissimuler son fonctionnement, mais à le rendre visible.
Dans Umwelt, la scénographie devient dispositif dramaturgique autonome. Le mur percé d’ouvertures ne sert pas à illustrer un lieu ni à contraindre le corps, mais à structurer le temps, fragmenter l’action et transformer le regard du spectateur.
La scène n’est plus un décor mais un mécanisme. Elle produit du sens par sa répétition, son organisation et sa frontalité. La scénographie agit ici comme outil critique, révélant un monde morcelé et mécanique, et inscrivant pleinement l’œuvre dans la Partie III : la scénographie comme dispositif perceptif et dramaturgique.
Cendrillon — Maguy Marin — 1985
La scénographie comme monde artificiel et critique sociale
Créée en 1985 pour le Ballet de l’Opéra de Lyon, Cendrillon de Maguy Marin constitue l’une des relectures les plus marquantes du conte de Perrault sur la scène chorégraphique contemporaine. Sur la musique de Sergueï Prokofiev, la chorégraphe transpose l’histoire dans un univers troublant : celui d’une maison de poupées.
Cette scénographie radicale ne cherche ni l’illusion féerique ni le naturalisme. Elle installe un monde artificiel, figé, presque inquiétant, où les interprètes portent des masques de poupées aux visages lisses et inexpressifs. Le conte devient alors une réflexion sur l’enfance, la violence sociale et la fabrication des rôles.
I. Un espace de jeu artificiel : la maison de poupées
La scénographie repose sur un décor unique évoquant un intérieur stylisé, disproportionné, presque irréel. Les proportions semblent décalées. Les éléments du décor sont simplifiés, épurés, comme s’ils appartenaient à un univers miniature agrandi à l’échelle humaine.
Les danseurs portent des masques aux traits figés, aux yeux grands ouverts, inspirés des poupées. Cette uniformisation des visages crée une distance immédiate. L’expression ne passe plus par le visage mais par le corps.
L’espace devient un terrain de jeu cruel. Le monde de Cendrillon n’est pas magique, il est artificiel. La scénographie souligne que le conte n’est pas un rêve mais une construction sociale.
II. Le masque et la déshumanisation
Le choix du masque transforme radicalement la perception des personnages. Privés de mimique, les interprètes doivent amplifier les gestes, clarifier les intentions corporelles. Le corps devient le seul vecteur d’émotion.
Cette contrainte produit un effet paradoxal. D’un côté, les personnages semblent figés, presque mécaniques. De l’autre, les tensions corporelles rendent visibles la souffrance, la domination et la violence.
La marâtre et les sœurs apparaissent grotesques, caricaturales, presque monstrueuses. Cendrillon, elle, paraît fragile, isolée dans cet univers rigide. La scénographie agit comme un révélateur social : elle met en lumière la cruauté du système familial.
III. Une scénographie critique qui transforme le conte
Contrairement aux versions traditionnelles, la féerie est ici distanciée. La transformation de Cendrillon n’est pas seulement magique, elle devient métaphorique. Le passage de l’enfance à l’âge adulte, de l’aliénation à l’émancipation, est au cœur du dispositif.
Le décor et les masques créent un effet d’étrangeté. Le spectateur ne peut pas se laisser porter naïvement par le récit. Il est obligé de prendre du recul. La scénographie devient un outil critique.
Le conte n’est plus un simple récit merveilleux. Il devient une analyse des rapports de pouvoir, des rôles assignés et des violences ordinaires.
Dans Cendrillon, Maguy Marin fait de la scénographie un élément central du sens. La maison de poupées et les masques ne sont pas de simples choix esthétiques : ils structurent la perception, contraignent l’interprétation et transforment le mouvement.
Le corps, privé d’expression faciale, gagne en intensité gestuelle. L’espace, artificiel et stylisé, devient métaphore d’un monde social normé et oppressant.
La scénographie ne se contente donc pas d’illustrer le conte. Elle le déconstruit et le critique. Elle s’inscrit pleinement dans la Partie III : la scénographie comme dispositif dramaturgique et outil de lecture du monde.
Pixel — Mourad Merzouki — 2014
La scénographie numérique comme espace interactif générateur de mouvement
Créé en 2014 à la Maison des Arts de Créteil, Pixel marque une étape importante dans le parcours de Mourad Merzouki. Figure majeure du hip-hop scénique et directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil, il y explore la rencontre entre danse et arts numériques.
La création numérique est conçue par la compagnie Compagnie Adrien M / Claire B, dirigée par Adrien Mondot et Claire Bardainne. La musique originale est signée Armand Amar.
Dans Pixel, la scénographie ne repose plus sur des éléments matériels traditionnels. Elle est constituée de projections interactives générées en temps réel. L’espace devient mouvant, instable, parfois illusoire. Le danseur évolue dans un environnement immatériel qui peut l’accompagner, le prolonger ou l’entraver.
I. Un espace immatériel en mouvement
La scène est plongée dans l’obscurité. Les projections lumineuses dessinent des lignes, des vagues, des particules, des volumes géométriques. Ces images ne sont pas fixes : elles réagissent au mouvement des interprètes grâce à un logiciel interactif.
Le sol peut sembler s’effondrer. Des pixels tombent comme une pluie. Des vagues lumineuses se déplacent sous les pieds des danseurs. L’espace scénique devient instable, changeant, presque organique.
Le décor n’est plus un cadre. Il est un environnement dynamique. Il modifie la perception de la profondeur, de la verticalité et de la gravité. Le spectateur hésite entre réalité et illusion.
II. Le corps face au numérique
Le danseur hip-hop, habitué à la virtuosité, aux appuis puissants et à la maîtrise du sol, doit ici adapter son mouvement à un espace qui n’a pas de matérialité réelle.
Les projections peuvent sembler soutenir, repousser ou absorber le corps. Pourtant, il n’y a rien de tangible. Cette absence de matière oblige l’interprète à travailler l’imaginaire. Il doit croire à l’existence de ce monde virtuel pour que le spectateur y croie aussi.
Le mouvement devient dialogue. Parfois le numérique prolonge le geste, comme si le bras traçait une ligne lumineuse dans l’air. Parfois il crée un obstacle fictif que le danseur contourne. La scénographie agit comme un partenaire invisible.
III. Une extension du réel
Pixel interroge notre rapport contemporain aux images et aux écrans. Nous vivons entourés d’images numériques. Merzouki transpose cette réalité sur le plateau.
Le numérique devient une matière nouvelle. Non pas une matière résistante comme la terre ou l’eau, mais une matière optique. Elle agit sur la perception plus que sur la physicalité.
La chorégraphie conserve l’énergie du hip-hop, ses appuis au sol, ses impulsions, ses suspensions. Mais cette énergie est mise en tension avec un univers poétique, fragile, mouvant. L’équilibre entre virtuosité et illusion crée une écriture chorégraphique singulière.
Dans Pixel, la scénographie n’est ni décorative ni illustrative. Elle constitue un véritable dispositif générateur de mouvement. L’espace numérique reconfigure les repères spatiaux, transforme la perception du spectateur et oblige le danseur à dialoguer avec l’invisible.
La contrainte n’est plus matérielle mais perceptive. Le corps évolue dans un monde d’illusions où la frontière entre réel et virtuel se brouille.
La scénographie devient ainsi un partenaire actif, capable de produire de nouvelles qualités de mouvement et de renouveler profondément l’écriture chorégraphique.
Biped — Merce Cunningham — 1999
La scénographie numérique comme dédoublement du corps
Créé en 1999 pour la Merce Cunningham Dance Company, Biped marque l’une des premières grandes collaborations entre danse contemporaine et technologies numériques à grande échelle. Les projections ont été conçues par les artistes numériques Paul Kaiser et Shelley Eshkar. La musique est signée Gavin Bryars.
Dans cette œuvre, Cunningham poursuit sa recherche sur l’autonomie des éléments scéniques. Fidèle à son principe d’indépendance entre danse, musique et scénographie, il introduit ici des silhouettes numériques projetées sur un tulle transparent placé entre le public et les danseurs.
La scénographie ne crée pas un décor narratif. Elle introduit une nouvelle dimension perceptive : le corps réel cohabite avec son double virtuel.
I. Un espace stratifié
Le dispositif repose sur un écran semi-transparent suspendu entre la scène et la salle. Sur ce voile sont projetées des figures numériques, issues de captations de mouvement retravaillées informatiquement.
Les spectateurs voient simultanément trois niveaux : les danseurs en chair et en os, les silhouettes projetées et l’espace scénique en profondeur. Cette superposition crée une impression de dédoublement et de trouble visuel.
L’espace devient stratifié. Il n’est plus simplement frontal. Il possède une épaisseur, une profondeur optique qui modifie la lecture du mouvement.
II. Le corps et son double virtuel
Les silhouettes projetées ne sont pas des copies exactes des danseurs présents sur scène. Elles sont transformées, étirées, parfois démultipliées. Elles semblent flotter dans un espace parallèle.
Le corps réel conserve la précision technique propre à Cunningham : verticalité claire, mobilité indépendante des segments, complexité rythmique. Mais la présence des avatars numériques altère la perception de cette précision.
Le spectateur ne sait plus toujours quel corps regarder. Le mouvement se prolonge au-delà de sa matérialité. Il devient trace lumineuse, fantôme, mémoire visuelle.
III. Une scénographie autonome
Chez Cunningham, la danse n’illustre pas la musique, et la scénographie n’illustre pas la danse. Chaque élément existe de manière autonome. Dans Biped, les projections ne répondent pas toujours exactement aux gestes exécutés.
Cette indépendance crée une tension. Le numérique ne sert pas d’effet spectaculaire. Il constitue une couche supplémentaire de réalité.
La scénographie agit ici sur la perception du temps et de l’espace. Elle donne l’impression que le mouvement survit à lui-même, qu’il laisse une empreinte visuelle dans l’air.
Avec Biped, Merce Cunningham ne cherche pas à intégrer le numérique comme simple décor technologique. Il l’utilise pour questionner la présence du corps et son inscription dans l’espace.
La scénographie crée un dédoublement perceptif : le danseur existe simultanément comme présence physique et comme image projetée.
Le numérique ne contraint pas physiquement le mouvement, mais il en transforme radicalement la lecture. La scénographie devient ainsi un outil de déconstruction du regard, prolongeant la réflexion de Cunningham sur l’autonomie et la coexistence des éléments scéniques.
Crucible de Alwin Nikolais — 1985
Le corps dissous : la lumière comme contrainte perceptive du mouvement
Créée en 1985, Crucible s’inscrit pleinement dans l’esthétique du chorégraphe américain Alwin Nikolais. Héritier des avant-gardes et pionnier d’un théâtre chorégraphique technologique, Nikolais développe dès les années 1950 une conception qu’il nomme le « Total Dance Theatre ». Dans cette approche, le danseur n’est plus le centre hiérarchique du spectacle : il devient un élément parmi d’autres, au même titre que la lumière, le son, le costume ou la projection.
Dans Crucible, les membres des interprètes apparaissent et disparaissent derrière un miroir ou un dispositif réfléchissant. Éclairés par des jeux de lumière colorée et des projections de diapositives, les fragments de corps produisent des illusions optiques. La bande-son, composée de bruitages et de textures électroniques, renforce cette sensation d’étrangeté. Le spectateur ne perçoit jamais le corps dans sa totalité. L’anatomie est fragmentée, reconfigurée, presque dissoute.
I. Un dispositif scénique fondé sur la fragmentation
Le plateau fonctionne comme un laboratoire visuel. Les danseurs sont partiellement cachés derrière un miroir ou un écran réfléchissant. Seuls certains membres émergent dans le champ lumineux.
D’abord les doigts, puis les mains, les avant-bras baignés de lumière rouge. Ensuite les jambes, éclairées par des projections zébrées ou des motifs géométriques. Le corps entier n’est jamais visible. L’identité du danseur disparaît au profit d’apparitions partielles.
Dans certaines séquences, les interprètes sont enfermés dans des tubes de tissu extensible posés sur des socles. Chaque mouvement déforme la matière et produit des volumes changeants. La lumière accentue ces métamorphoses, créant des formes sculpturales mouvantes qui font parfois oublier la présence humaine à l’intérieur.
La scénographie ne sert pas de cadre. Elle constitue le principe même de la composition chorégraphique. Le mouvement naît de ce dispositif optique.
II. Lumière, projections et illusion : la transformation de l’anatomie
Chez Nikolais, la lumière est un matériau chorégraphique à part entière. Dans Crucible, les changements de couleur, de rythme lumineux et de projections modifient en permanence la perception du spectateur.
La projection de motifs sur les membres transforme la peau en surface graphique. Les bras deviennent lignes abstraites. Les jambes deviennent supports de dessins lumineux. Le corps est reconfiguré par l’image.
La bande sonore, composée de bruitages et de textures électroacoustiques, participe à cette désorientation sensorielle. Elle ne soutient pas un récit, mais crée un environnement. L’ensemble lumière-son-projection construit une illusion.
Nikolais, ancien marionnettiste, conçoit le danseur comme un élément manipulable. Présent et absent à la fois, il devient paramètre d’un système visuel global. Impossible parfois de distinguer homme ou femme. L’humanité s’efface derrière la métamorphose plastique.
III. Le danseur comme partie d’un « grand tout »
La pensée artistique de Nikolais repose sur une idée fondamentale : le danseur n’est pas un individu à exhiber mais une composante d’un ensemble. Il parlait de l’homme comme « partie d’un grand tout ».
Dans Crucible, le mouvement est volontairement simple et fonctionnel. Il ne cherche pas l’expressivité psychologique. Il sert à activer les costumes, à déformer le tissu, à perturber les projections. La danse rend vivante la matière.
Le chorégraphe transforme le plateau en tableau optique. Comme dans Prism (1959), il crée un univers plastique autonome où la perception est constamment réorganisée. Le spectateur ne regarde plus un corps qui danse : il observe un phénomène visuel en mutation.
La scénographie devient ainsi contrainte perceptive. Elle empêche toute lecture anatomique stable. Le corps n’est plus centre d’émotion mais surface de transformation.
Avec Crucible, Alwin Nikolais radicalise la disparition du danseur comme figure centrale. La lumière, les projections et le dispositif réfléchissant fragmentent l’anatomie et recomposent le mouvement en illusion visuelle.
La scénographie ne se contente pas de transformer le geste : elle transforme le regard. Le corps devient abstraction mobile, élément plastique intégré à un système global.
Dans cette œuvre, la contrainte n’est plus seulement physique comme chez Graham ou Schlemmer ; elle est perceptive. Le mouvement existe à travers ce que la lumière autorise à voir ou à masquer. La scénographie devient condition d’existence du visible lui-même.
Kiss & Cry — Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael — 2011
La scénographie comme miniaturisation du corps et fabrication du regard
Créé en 2011 par la chorégraphe Michèle Anne De Mey et le cinéaste Jaco Van Dormael, Kiss & Cry est un objet scénique hybride qui mêle danse, cinéma, théâtre d’objets et performance en direct. Le spectacle repose sur un dispositif singulier : sur scène, des mains évoluent dans des décors miniatures filmés en direct par des micro-caméras ; simultanément, le film tourné sous nos yeux est projeté sur grand écran. Le spectateur assiste à la fois à la fabrication du film et au film lui-même.
Cette œuvre interroge profondément le statut du corps dans la danse. Ici, le corps disparaît presque entièrement au profit de ses extrémités. La scénographie ne constitue pas un cadre mais un système de transformation perceptive. Elle reconfigure l’échelle, la narration et la présence corporelle.
I. La miniaturisation du monde scénique
Le dispositif repose sur un plateau envahi de maquettes, de rails, de caméras, de projecteurs et de décors miniatures. Mais ce que le spectateur voit sur l’écran n’est pas ce qu’il perçoit directement à l’œil nu. La caméra agrandit l’infiniment petit et transforme les mains en personnages évoluant dans des paysages miniaturisés.
Comme le souligne le dossier de presse, il s’agit de « faire du spectaculaire avec du tout petit » . Le monde scénique devient un « nano monde », un univers réduit à l’échelle de quelques centimètres. Les doigts traversent des tempêtes de coton, des océans de plastique, des quais de gare en carton.
La scénographie agit ici comme une loupe. Elle modifie l’échelle du réel. Ce qui est minuscule devient monumental. La transformation ne porte pas sur le décor seulement, mais sur notre perception du mouvement.
II. Le corps fragmenté et métonymique
Dans Kiss & Cry, les protagonistes sont les mains. Le reste du corps demeure invisible, hors champ. Les mains deviennent personnages, amants, figures du souvenir. Le spectacle repose sur une narration évoquant la mémoire et les disparitions.
Le dossier précise que les mains sont les « personnages principaux » et que le décor miniature témoigne d’une « précision absolue » . Les doigts deviennent jambes, les paumes deviennent visages, les articulations deviennent torsions expressives.
La contrainte est forte. Les possibilités anatomiques sont limitées au poignet et aux doigts. Mais cette restriction génère une nouvelle écriture chorégraphique. Les chorégraphes exploitent la plasticité des doigts, leur capacité à suggérer la marche, la chute, l’étreinte.
Le corps est réduit, fragmenté, métonymique. Une partie représente le tout. Cette fragmentation oblige à repenser le mouvement. La danse devient micro-chorégraphie.
III. La scénographie comme fabrication du regard
Le spectateur voit simultanément deux réalités : le plateau technique et l’image projetée. Le spectacle révèle les mécanismes de fabrication tout en produisant l’illusion.
Dans la note d’intention, les créateurs expliquent que plus le dispositif montre le trucage, plus l’émotion grandit. Le spectateur assiste au « making of » en direct tout en étant immergé dans la fiction .
La scénographie ne se contente donc pas de transformer le corps. Elle transforme le regard. Elle introduit une distance critique tout en générant une forte charge émotionnelle.
Le corps réel des interprètes reste présent, manipulant décors et caméras, mais l’écran impose une autre réalité. La scène devient un studio de cinéma miniature. La danse se situe dans l’entre-deux : entre manipulation technique et poésie sensible.
Avec Kiss & Cry, la scénographie ne contraint pas le corps par une résistance matérielle comme dans la terre ou la verticalité. Elle le transforme par la miniaturisation, la fragmentation et le dispositif optique.
Le corps disparaît presque pour devenir image. La danse ne se déploie plus dans l’espace scénique traditionnel, mais dans l’espace médiatisé de la projection.
La scénographie agit ici comme une machine à fabriquer du regard. Elle redéfinit l’échelle du mouvement, déplace la perception et fait du fragment corporel un territoire chorégraphique à part entière.
On peut donc affirmer que dans Kiss & Cry, la scénographie n’illustre pas le mouvement : elle en conditionne l’existence même en transformant la taille, la visibilité et la signification du corps.
Une question, une réponse :
Comment la scénographie peut-elle transformer notre regard plutôt que le mouvement lui-même
Dans cet épisode 27 des Antisèches, Lelabodart explore la troisième dimension de la scénographie en danse : le dispositif perceptif et dramaturgique.
À travers des œuvres majeures :
• Umwelt — Maguy Marin (2004)
• Cendrillon — Maguy Marin (1985)
• Pixel — Mourad Merzouki (2014)
• Biped — Merce Cunningham (1999)
• Crucible — Alwin Nikolais (1985)
• Kiss & Cry — Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael (2011)
Découvrez comment la répétition, le masque, le numérique, la projection et la lumière transforment la perception du spectateur et font de la scène un dispositif critique.
Quand la scénographie devient visible, elle devient dramaturgie.
ACTIVITES 5 - Dissertation
CONSIGNE GÉNÉRALE
À partir du corpus étudié dans les parties 1, 2 et 3, vous rédigerez une dissertation argumentée en mobilisant les œuvres analysées en classe.
En quoi la scénographie peut-elle transformer le mouvement et renouveler l’écriture chorégraphique ?
Vous veillerez à :
• Formuler clairement une problématique.
• Organiser votre réflexion en parties structurées et équilibrées.
• Appuyer chaque argument sur des exemples précis issus des œuvres étudiées.
• Analyser les dispositifs scénographiques et leur incidence sur le mouvement et la perception.
• Conclure en ouvrant la réflexion.
Le devoir devra montrer votre capacité à :
– Construire une pensée organisée.
– Mobiliser un vocabulaire spécifique (scénographie, dispositif, contrainte, perception, illusion, verticalité, abstraction, etc.).
– Comparer les œuvres et mettre en évidence des évolutions.
– Dépasser la simple description pour proposer une analyse.
Objectif
Montrer que vous êtes capables de transformer le corpus de connaissances construit collectivement en une argumentation personnelle structurée, conforme aux attentes de l’épreuve écrite du baccalauréat.
| Introduction | Mon contenu |
|---|---|
| Accroche | |
| Définition mot clef 1 + Question | |
| Définition mot clef 2 + Question | |
| Définition mot clef 3 + Question | |
| Questionnement | |
| Problématique | |
| Plan |
| Partie 1 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Partie 2 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Partie 3 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Conclusion | Mon contenu |
|---|---|
| Retour sur la problématique | |
| Synthése | |
| Ouverture |
ACTIVITÉ 6 - Coévaluation de la dissertation
Objectif
Apprendre à évaluer une copie à partir des critères officiels du baccalauréat afin de mieux comprendre les attendus et d’améliorer sa propre rédaction.
Organisation
Les élèves travaillent par ilots.
Chaque élève lit anonymement la copie de ses camarades et complète la grille d’évaluation suivante.
















