Analyse d’œuvre

SLĀV de Robert Lepage et Betty Bonifassi

Entre hommage musical et accusations d’appropriation culturelle

L’œuvre en bref

Conception Robert Lepage, metteur en scène québécois, et Betty Bonifassi, chanteuse

Création 2018, Festival International de Jazz de Montréal

Forme un spectacle musical construit autour de chants d’esclaves afro-américains

Controverse absence de performers afro-descendants, contextualisation insuffisante

Suite des représentations annulées après des manifestations et des pétitions

SLĀV, conçu en 2018 par le metteur en scène québécois Robert Lepage et la chanteuse Betty Bonifassi, est un spectacle musical construit autour de chants d’esclaves afro-américains. Présenté lors du Festival International de Jazz de Montréal, le spectacle a suscité de vives controverses, déclenchant des débats majeurs sur l’appropriation culturelle, la représentation des diversités, et la responsabilité artistique face à l’histoire et à la mémoire.

Analyse

Partie 1 : Le projet artistique – entre hommage et malentendus

Intention initiale : SLĀV voulait rendre hommage aux chants d’esclaves et à la résilience de la communauté afro-américaine, en revisitant ces musiques avec une mise en scène épurée et contemporaine. Bonifassi, connue pour sa voix puissante, interprétait ces chants, accompagnée d’un ensemble d’artistes majoritairement blancs.

Controverse : Si l’intention était de souligner la force des traditions musicales afro-américaines, la forme choisie (absence de performers afro-descendants et contextualisation insuffisante) a été perçue comme une récupération problématique.

Partie 2 : Les critiques d’appropriation culturelle – absence de représentativité et stéréotypes

Absence de diversité dans la distribution : La troupe était composée majoritairement de chanteurs blancs interprétant des chants issus d’une tradition historiquement liée à l’oppression des Noirs. Cette absence de représentativité a été vivement critiquée par des militants et des artistes afro-descendants.

Stéréotypisation et décontextualisation : Certains critiques ont souligné que le spectacle ne proposait pas une lecture critique ou historique des chants d’esclaves, mais une réinterprétation musicale qui réduisait leur portée politique et mémorielle. Le choix de costumes et de mouvements simples (voiles, robes blanches) accentuait cette impression d’esthétisation dépolitisée, transformant une mémoire douloureuse en performance esthétique.

Réactions : Des manifestations et des pétitions ont conduit Lepage et Bonifassi à annuler certaines représentations et à repenser leur approche.

Le débat éthique et la remise en question – quelles leçons pour l’écriture chorégraphique et scénique contemporaine ?

Enseignements : SLĀV illustre combien l’absence de collaboration directe avec les communautés concernées et le manque de contextualisation historique peuvent générer des accusations d’appropriation culturelle. L’utilisation de matériaux culturels sensibles sans légitimité ni implication des porteurs de mémoire soulève des questions éthiques majeures :

Qui a le droit de raconter une histoire collective marquée par l’oppression ?

Jusqu’où l’esthétisation peut-elle transformer un témoignage historique sans le trahir ?

Parallèle avec la danse : Si SLĀV est une œuvre musicale et scénique, ses problématiques se retrouvent dans la danse contemporaine lorsqu’elle intègre des gestuelles ou des esthétiques issues de traditions culturelles sans reconnaître ni respecter leur origine.

À retenir

SLĀV a ouvert un débat essentiel sur la responsabilité artistique face aux mémoires collectives et sur la nécessité d’une représentation authentique et contextualisée des cultures marginalisées. Cette œuvre montre que l’hommage, s’il est mal compris ou mal préparé, peut se transformer en appropriation perçue comme injuste ou irrespectueuse. Ce débat invite à repenser les pratiques de création chorégraphique et scénique pour construire un dialogue interculturel réellement collaboratif et conscient des enjeux mémoriels.

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Sources. Texte d’analyse : Sophie Martinez, Le Labo d’Art (cours « Danse et échanges interculturels »). Articles cités dans le dossier : blogs.parisnanterre.fr, « Appropriation culturelle et dérive québécoise : le cas SLĀV » ; manifesto-21.com, « SLĀV et Kanata : les médias français sourds au scandale canadien sur l’appropriation culturelle ». Vidéo : Antisèche EP31, Danse, controverses et appropriation (Le Labo d’Art).