Dossier

Le No Manifesto d’Yvonne Rainer

Yvonne Rainer : comment refuser sans s’effacer ?

Le dossier en bref

Autrice Yvonne Rainer, chorégraphe américaine

Date 1965

Forme un texte composé de douze refus

Exemple « No to spectacle. No to virtuosity. No to transformations and magic and make-believe… »

Prolongement Trio A (1966)

Courant la postmodern dance, proche du Judson Dance Theater

En 1965, la chorégraphe américaine Yvonne Rainer publie le No Manifesto, texte radical composé de douze refus adressés aux conventions du spectacle et à la danse académique. Héritière du mouvement minimaliste, proche du Judson Dance Theater, Rainer propose une posture inédite : celle d’une danse désenchantée, dénuée d’effets, où le refus devient moteur de création. Ce manifeste, qui reste aujourd’hui un texte fondamental de la postmodern dance, interroge la possibilité d’une critique sans grandiloquence, d’une création qui s’émancipe de la consommation culturelle.

Le dossier

I. Une réponse à la saturation spectaculaire de la danse moderne

Le No Manifesto s’inscrit dans un contexte artistique où la virtuosité, le lyrisme et la théâtralité dominent encore la scène chorégraphique.

Yvonne Rainer rejette frontalement ces conventions : « No to spectacle. No to virtuosity. No to transformations and magic and make-believe… »

À travers ces refus, elle défend une danse du réel, désacralisée, qui s’affranchit de toute volonté de séduire ou d’émouvoir.

→ Ce rejet est une critique du « produit culturel » formaté, du corps comme marchandise spectaculaire. Rainer cherche une voie d’émancipation par le dépouillement.

II. Une danse conceptuelle, non narrative, non émotionnelle

Le manifeste se prolonge dans ses créations, notamment Trio A (1966), où le corps évolue sans mise en scène, sans regard au public, sans accentuation.

L’interprète n’incarne pas un personnage, ne raconte rien, ne cherche pas la prouesse.

La chorégraphie est composée de mouvements quotidiens, de transitions fluides, sans hiérarchie ni climax.

→ Rainer invente une danse du banal, de la neutralité. Ce geste radical déconstruit la logique de performance et affirme que l’absence de spectaculaire est en soi un acte de résistance.

III. Une posture critique toujours actuelle : du refus au pouvoir d’agir

Le No Manifesto n’est pas une fin en soi, mais une matrice de création. Chaque “non” ouvre une possibilité d’invention.

Par ce refus des normes établies, Rainer légitime une danse accessible, libre, ouverte à toutes les formes et à tous les corps.

Aujourd’hui, ce texte résonne avec les pratiques de nombreux artistes contemporains qui interrogent le marché de l’art, la marchandisation des corps et la spectacularisation du geste.

→ Rainer propose une alternative puissante à la logique consumériste : faire de la simplicité un espace de résistance, et du retrait un geste politique.

L’essentiel

À retenir

Le No Manifesto d’Yvonne Rainer reste l’un des textes fondateurs de la postmodern dance. En refusant le spectaculaire, elle ne se contente pas de déconstruire la forme : elle redéfinit ce que peut être une danse critique, sobre, conceptuelle. Par ce geste, Rainer inscrit le corps dans un autre régime de visibilité : non plus objet de consommation, mais sujet en mouvement, porteur d’un possible.

Mots-clés

No Manifesto Yvonne Rainer postmodern dance Judson Dance Theater refus spectaculaire virtuosité Trio A produit culturel dépouillement

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Pour aller plus loin

Trio A · Yvonne Rainer · 1966 : vers la fiche

Analyse Œuvre chorégraphique

Trio A est une œuvre d’Yvonne Rainer, chorégraphiée en 1966. Le MoMA précise que l’œuvre est d’abord présentée comme trio par Yvonne Rainer, David Gordon et Steve Paxton, à la Judson Memorial Church, dans The Mind Is a Muscle, Part 1.

Carnation · Lucinda Childs · 1964 : vers la fiche

Analyse Œuvre chorégraphique

Créé en 1964, Carnation est l’une des premières performances solo de Lucinda Childs, figure centrale du Judson Dance Theater. Armée d’objets domestiques banals (bigoudis, essoreuse à salade, cintres), elle construit une œuvre à la fois ironique, minimale et radicale. Cette pièce emblématique s’inscrit dans une volonté commune à la postmodern dance new-yorkaise : s’éloigner de la virtuosité, du récit et de l’émotion pour redonner au mouvement sa nudité originelle.

Planche de silhouettes dessinées en mouvement, partition de gestes : vers le dossier Judson Dance Theater

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Judson Dance Theater · The Work Is Never Done (MoMA) : vers la fiche

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Depuis le début du XXe siècle, des artistes issus des avant-gardes ont mis en question les règles du spectacle, les hiérarchies artistiques et les logiques de consommation. Ce mouvement critique traverse Dada, le Bauhaus, la danse expérimentale californienne et aboutit dans les années 1960 à la postmodern dance, notamment avec Yvonne Rainer.

Sources. Texte d’analyse : Sophie Martinez, Le Labo d’Art (cours « La danse et les biens culturels de consommation »). Vidéo : No Manifesto · Yvonne Rainer · 1965.