Dossier
Plagiat, appropriation et création
Plagiat ou hommage : qui peut revendiquer un geste chorégraphique ?
Le dossier en bref
Sujet qui peut revendiquer un geste chorégraphique ?
Premier cas L’affaire Yoann Bourgeois, polémique de 2021
Second cas Countdown de Beyoncé (2011), Rosas danst Rosas et Achterland d’Anne Teresa De Keersmaeker
Réponse de Rosas le projet Re:Rosas! (2013)
Droit la chorégraphie est une œuvre de l’esprit, mais difficile à protéger
Le plagiat en danse et en arts du spectacle n’est pas rare, mais toujours délicat. Il met en tension la frontière entre travail collectif, appropriation créative, et usage abusif non déclaré. Deux exemples récents illustrent cette problématique : le cas de Yoann Bourgeois, accusé de reprendre des dispositifs d’autres artistes de cirque sans citer leurs auteurs, et la controverse entre Rosas (Anne Teresa De Keersmaeker) et Beyoncé, qui a repris des images quasi identiques à celles de Rosas danst Rosas dans son clip « Countdown ». Ces cas questionnent la notion d’originalité, la protection du geste, l’éthique artistique et la neutralisation potentielle des formes dans le marché culturel.
Le dossier
I. Yoann Bourgeois : plagiat contre inspiration
En février 2021, une vidéo anonyme intitulée « L’usage des œuvres » a mis en regard des extraits de pièces de Yoann Bourgeois, dont Celui qui tombe et Minuit, et des dispositifs créés auparavant par d’autres artistes de cirque, comme En suspens de Chloé Moglia et Mélissa Von Vépy. Bourgeois a réfuté catégoriquement tout plagiat, en rappelant que tout artiste s’inscrit dans une histoire dans laquelle il puise ; la polémique a néanmoins été largement relayée par la presse. En 2022, aucun des artistes cités n’avait porté plainte. Cette affaire expose les limites du droit d’auteur et l’impasse qui se crée quand plusieurs artistes revendiquent la même forme structurelle. Il reste que dans la logique marchande — innovation, image, reconnaissance institutionnelle — la controverse affaiblit autant la légitimité de la forme que l’idée que la chorégraphie est un art strictement personnel.
II. Rosas vs Beyoncé : reproduction et pouvoir culturel
En 2011, Beyoncé dévoile Countdown, un clip dont plusieurs séquences sont remarquablement similaires à Rosas danst Rosas (1983) et à Achterland (1990) d’Anne Teresa De Keersmaeker : plans, rythmes, géométrie, gestes, sans qu’aucune mention ne soit faite. Anne Teresa De Keersmaeker parle publiquement de plagiat, sans engager d’action en justice ; Beyoncé reconnaît ensuite que Rosas danst Rosas fait partie des nombreuses références de son clip. La chorégraphe répond par la création : avec le projet Re:Rosas! (2013), elle met en ligne la chorégraphie et invite chacun à filmer sa propre version de la pièce. Cette démarche marque un mouvement stratégique : transformer l’appropriation en visibilité internationale et en reconnaissance publique de l’œuvre. Le geste plagiaire est ainsi retourné en affirmation du droit d’auteur et en partage assumé.
III. Enjeux et dynamiques : entre protection, reconnaissance et récupération
Les deux cas illustrent une tension fondamentale : comment protéger la singularité du geste chorégraphique, surtout dans un environnement qui valorise le partage immédiat, les productions médiatiques et la viralité ?
La loi française reconnaît la chorégraphie comme œuvre de l’esprit, mais impose des conditions restrictives pour la protéger. Les éditeurs et les artistes sont souvent démunis, sans outils compréhensibles. Les exemples Bourgeois et Beyoncé montrent que le système, institutionnellement prêt à valoriser l’esthétique spectaculairement populaire, peut encourager une norme de valorisation visuelle au détriment de l’attribution ou de la reconnaissance de l’auteur. Le risque est que la forme chorégraphique elle-même devienne un bien culturel consommable, vidé de sa dimension créative, remplacée par un format assignable, répétable, vendable.
L’essentiel
À retenir
Ces affaires mettent en lumière la fragilité artistique et juridique des chorégraphies, fragmentées entre inspirations, héritages et copies abusives. Elles invitent les élèves à s’interroger : qu’est-ce qui fait le geste de l’artiste ? Quelle place pour l’héritage collectif, accrédité ou non ? Et comment la création peut-elle être protégée, valorisée, sans tomber dans l’appropriation marchande ? En cours, ces pistes nourriront sans doute un argument solide dans une dissertation sur la danse et la consommation : face aux circuits culturels dominants, tout geste critique peut devenir un bien — mais reste qu’il faut distinguer œuvre engagée et forme simplement reproductible.
Mots-clés
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Sources. Texte d’analyse : Sophie Martinez, Le Labo d’Art (cours « La danse et les biens culturels de consommation »). Vidéo : Beyoncé et Anne Teresa De Keersmaeker · Countdown et Rosas danst Rosas.








