Analyse d’œuvre
3S de Sidi Larbi Cherkaoui
Le spectateur responsabilisé : faire de la scène un lieu de conscience face aux crises contemporaines
L’œuvre en bref
Chorégraphie Sidi Larbi Cherkaoui
Création 26 septembre 2020, Teatro Carignano de Turin
Forme trois solos, pour Nicola Leahey, Kazutomi “Tsuki” Kozuki et Jean Michel Sinisterra Munoz
Territoires l’Australie, le Japon et la Colombie
Images et voix Sabine Groenewegen ; Ghalia Benali, Patrizia Bovi et Tsubasa Hori
Phrase clé « When the planet is in pain, we are in pain »
3S est une œuvre de Sidi Larbi Cherkaoui, créée le 26 septembre 2020 au Teatro Carignano de Turin. Eastman présente l’œuvre comme une création composée de trois solos pour Nicola Leahey, Kazutomi “Tsuki” Kozuki et Jean Michel Sinisterra Munoz. Les trois interprètes sont reliés à trois territoires : l’Australie, le Japon et la Colombie.
L’œuvre aborde trois blessures contemporaines : l’exploitation des forêts ancestrales, les traumatismes liés aux catastrophes nucléaires, et les échos entre guerre civile syrienne et guérilla colombienne. Eastman associe également la pièce à la phrase : « When the planet is in pain, we are in pain », qui peut se traduire par : lorsque la planète souffre, nous souffrons aussi.
Analyse
I. Trois solos pour relier l’intime au politique
Dans 3S, le spectateur est placé face à trois corps solitaires. Le choix du solo est important : il donne d’abord l’impression d’une expérience intime. Chaque interprète porte un rapport singulier à son histoire, à son territoire et à sa mémoire.
Mais cette solitude n’est pas coupée du monde. Les trois corps sont reliés à des crises collectives : déforestation, catastrophe nucléaire, guerre. Le spectateur comprend alors que le corps individuel peut devenir le point d’entrée vers des blessures politiques et écologiques plus vastes.
L’argument à retenir est que Cherkaoui responsabilise le spectateur en reliant le sensible et le mondial. On regarde un corps, mais ce corps ouvre sur des réalités qui dépassent la scène.
II. Images, voix et mouvement : construire une réception sensible des crises contemporaines
3S ne repose pas uniquement sur la danse. Eastman indique que les images de la cinéaste Sabine Groenewegen agissent comme des portails entre le monde extérieur et la scène, tandis que les voix de Ghalia Benali, Patrizia Bovi et Tsubasa Hori accompagnent les danseurs.
Ce dispositif modifie la relation au spectateur. Le public ne reçoit pas seulement une chorégraphie abstraite. Il est traversé par des images, des voix, des corps, des récits et des territoires. La scène devient un espace de mise en relation.
L’argument essentiel est que l’œuvre construit une réception sensible plutôt qu’un discours frontal. Le spectateur n’est pas simplement informé des crises : il les reçoit à travers le corps, le son, l’image et l’émotion.
III. Un spectateur citoyen : être touché pour se sentir concerné
La phrase « When the planet is in pain, we are in pain » permet de comprendre l’enjeu de l’œuvre. Les crises évoquées ne sont pas présentées comme lointaines ou extérieures. Elles concernent le spectateur parce qu’elles touchent le monde commun.
La relation instaurée par Cherkaoui n’est donc pas exactement conflictuelle comme chez Maguy Marin, ni scandaleuse comme dans Le Sacre du printemps. Elle est responsabilisante. Le spectateur est invité à reconnaître les liens invisibles entre les corps, les territoires et les violences contemporaines.
L’argument à retenir est que la danse peut confronter sans agresser. Elle peut responsabiliser le spectateur en lui faisant sentir que ce qui arrive ailleurs engage aussi sa propre humanité.
À retenir
Dans 3S, Sidi Larbi Cherkaoui instaure une relation au spectateur fondée sur la conscience et la responsabilité. Trois solos donnent accès à trois blessures du monde : déforestation, traumatisme nucléaire, guerre. Le spectateur est touché par des corps singuliers, mais il est aussi amené à penser sa place dans un monde interdépendant. L’œuvre montre que la confrontation peut prendre la forme d’une responsabilisation sensible.
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Sources. Texte d’analyse : Sophie Martinez, Le Labo d’Art (cours « Danse et place du spectateur »). Références citées dans le texte : Eastman. Vidéo : 3S · Sidi Larbi Cherkaoui · 2020.







