Analyse d’œuvre

To Da Bone de (La)Horde

(La)Horde, esthétiques post-Internet et corps viraux

L’œuvre en bref

Collectif (La)Horde, fondé en 2013 par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel

Création 2017

Danse le jumpstyle, né sur YouTube

Interprètes onze danseurs autodidactes venus de toute l’Europe

Esthétique post-Internet

Fondé en 2013, le collectif (La)Horde s’inscrit dans une esthétique qu’ils qualifient eux-mêmes de post-Internet. Leur pièce To Da Bone (2017) propose un geste fort : faire entrer sur scène des danses nées sur Internet, filmées dans des chambres d’adolescents, comme le jumpstyle. À travers cette œuvre, (La)Horde interroge la manière dont les réseaux façonnent le mouvement, la perception du corps, et les dynamiques collectives contemporaines. Ils transforment des gestes viraux en une chorégraphie intense, physique, politique.

Analyse

I. Des danses amateurs numériques au plateau : la fabrique du jumpstyle

(La)Horde découvre le jumpstyle en ligne : une danse énergique, structurée autour de sauts, de déplacements en avant, d’impulsions violentes. Elle naît sur YouTube, se transmet entre jeunes Européens, et s’impose comme une culture gestuelle autodidacte. Le collectif repère, contacte, invite des danseurs amateurs pour créer To Da Bone, transposition scénique d’une pratique communautaire.

Le geste viral devient matière chorégraphique :

gestes répétés à l’extrême jusqu’à l’épuisement,

pulsations rythmées par une bande-son électro abrasive, alternance entre solos performatifs et ensembles synchronisés.

II. Une chorégraphie de la tension : entre solitude numérique et collectif physique

Le plateau de To Da Bone devient un champ d’énergie physique. Les danseurs alternent états d’hyperactivité, gestes violents, passages au sol, synchronisations millimétrées.

Cette structure renvoie à l’univers numérique :

les solos évoquent les vidéos auto-filmées, les ensembles rappellent la viralité, la propagation des tendances, l’uniformité des costumes et la frontalité du dispositif scénique soulignent la logique de performance.

Mais le spectacle joue sur le contraste : le corps individuel, vu en gros plan sur Internet, devient ici un corps collectif. (La)Horde transforme un espace intime en un espace politique : danser ensemble, sur scène, devient un acte de résistance à l’isolement numérique.

III. De la viralité comme esthétique à une critique sociale implicite

(La)Horde ne se contente pas de reproduire un style numérique. En codifiant, structurant et mettant en tension ces gestes, le collectif propose une lecture critique du monde digital :

les corps soumis à la visibilité permanente, l’épuisement par performance, le conformisme viral déguisé en expression individuelle.

La pièce pose alors une question : que reste-t-il du corps dans un monde saturé d’images et d’algorithmes ? En ramenant ces gestes sur scène, (La)Horde revalorise une pratique populaire, tout en révélant ses limites, ses fatigues, ses tensions invisibles.

À retenir

Avec To Da Bone, (La)Horde signe une œuvre à la fois engagée, énergique et lucide. En intégrant les codes d’une culture populaire née en ligne, ils déplacent le regard du spectateur : ce qui semble simple et spectaculaire devient matière à réflexion sur la norme, la jeunesse, la viralité et la puissance du collectif. Leur danse post-Internet est une danse de la transformation : d’un geste anonyme à un geste chorégraphique, d’un jeu numérique à une critique sensible de notre monde connecté.

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Voir et écouter

Focus sur la danse et les réseaux

(La)Horde, esthétiques post-Internet : pourquoi « danser en ligne puis sur scène » ?

La danse et les réseaux

Créé en 2013 par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, le collectif (La)Horde se définit comme une troupe de danse post‑Internet. Leur spectacle To Da Bone (2017) adapte sur scène le jumpstyle, danse virale née sur YouTube, en convoquant des danseurs amateurs de toute l’Europe. Ce dossier éclaire leur démarche : comment le collectif utilise les codes du numérique pour explorer les dynamiques du corps viral, les formes d’un engagement corporel, et les potentialités politiques du geste dansé.

I. Une esthétique née des plateformes numériques

Le jumpstyle est un produit de la culture en ligne : il s’invente dans la chambre, filmé en format vertical ou horizontal, partagé sur YouTube. (La)Horde s’est formé en observant ces pratiques virales et en souhaitant les transposer collectivement sur scène

La chorégraphie repose sur deux pas basiques : l’alternance rythmique typique du oldschool et l’intensité physique du hardjump. Une gestuelle épurée, énergique, qui devient soudainement un langage dérivé des réseaux, fabriqué pour être partagé, imité, commenté.

II. L’effet de groupe : du cercle digital au peloton scénique

Sur Internet, les jumpers se filment seuls, puis migrent vers des battle, des ligues virtuelles ou réelles

(La)Horde rassemble onze danseurs autodidactes pour former un peloton scénique : leur mouvement synchronisé évoque une unité militaire ou une pulsion collective

Chaque solo dure environ 25 secondes : un lâcher-prise physique, un exutoire contre des frustrations intimes. Les corps explosent, suent, halètent puis se recentrent, incarnant une forme de révolte apaisée, un chant de défi, physique et social

III. De la viralité comme outil politique et esthétique

(La)Horde revendique le terme de “post‑internet dance” pour désigner une danse née et pensée sur Internet. Le travail chorégraphique interroge ce que signifie danser pour être vu, commenté, approuvé – comme un post Instagram ou un challenge TikTok. Mais sur scène, la danse en groupe installe une tension : on sent la jonction entre viralité et corps collectif, l’énergie individuelle intégrée dans une armée esthétique, politique.

Cette chorégraphie devient alors espace critique : elle interroge notre rapport à la scansionalisation, à l’épuisement par performance, au collectif comme réponse à l’isolement numérique.

À retenir

Avec To Da Bone, (La)Horde fait de la chorégraphie virale un objet de réflexion. Leur démarche, qu’ils qualifient de post‑Internet, dépasse la simple citationalité. Ils récupèrent un geste du web, l’intensifient, le restituent au plateau avec une force collective, pour dévoiler comment la culture numérique modifie nos façons de danser, de créer et de résister. Le spectacle illustre l’ambiguïté entre adhésion aux formes digitales et capacité à les détourner pour en révéler le potentiel critique.

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Sources. Texte d’analyse : Sophie Martinez, Le Labo d’Art (cours « La danse et les biens culturels de consommation »). Vidéo : To Da Bone · (La)Horde · 2017.