Enseignement - Classe Terminale

Danse et politique

En quoi la danse peut-elle porter un discours politique ?

Sommaire

Séquence d’apprentissage
« En quoi la danse peut-elle porter un discours politique ? »


ACTIVITÉ 1 — Comprendre le sujet


ACTIVITÉ 2 — Construire la partie I : la danse comme instrument du pouvoir

Dossier : Ballet royal de la Nuit — Louis XIV

Dossier : Rudolf Laban — mouvement choral et Allemagne nazie

Dossier : Mary Wigman — danse expressionniste et contrôle idéologique


ACTIVITÉ 3 — Construire la partie II : la danse comme positionnement esthétique radical

Dossier : Trio A — Yvonne Rainer

Dossier : Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown

Dossier : Krump — affirmation d’une présence marginalisée


ACTIVITÉ 4 — Construire la partie III : la danse comme critique sociale et engagement explicite

Dossier : La Table verte — Kurt Jooss

Dossier : And so you see… — Robyn Orlin

Dossier : Deux mille vingt trois — Maguy Marin

Dossier : Ceremony of Us — Anna Halprin

Dossier : Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod

Dossier : Planetary Dance — Anna Halprin


ACTIVITÉ 5 — Dissertation


ACTIVITÉ 6 — Coévaluation

La Biennale de Lyon présente la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin en indiquant que la formule « dance is political » constitue l’un de ses points de départ artistiques. Son travail est décrit comme une manière d’observer la situation sociale et culturelle de l’Afrique du Sud, son histoire, ses divisions et ses blessures.

Dossier - Analyse du sujet
En quoi la danse peut-elle porter un discours politique ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur des exemples précis d’œuvres chorégraphiques, de démarches artistiques et de pratiques dansées, en montrant que le politique peut apparaître dans la danse de plusieurs manières : par le pouvoir, par la forme, par le corps, par l’engagement ou par la critique sociale.

Les thèmes du sujet :


Le sujet interroge la capacité de la danse à produire du sens politique. Il ne faut pas réduire le politique à un message militant explicite. Une danse peut être politique lorsqu’elle sert un pouvoir, lorsqu’elle organise les corps selon une idéologie, lorsqu’elle refuse les normes dominantes, lorsqu’elle donne une place à des corps marginalisés ou lorsqu’elle dénonce directement une injustice.

La danse peut donc porter un discours politique de plusieurs façons. Elle peut d’abord être utilisée par le pouvoir pour glorifier un souverain, un État ou une idéologie. Le Ballet royal de la Nuit, commandé après la Fronde, participe par exemple à l’établissement du pouvoir du jeune Louis XIV et à la construction de son image de Roi-Soleil.

Mais la danse peut aussi devenir politique par sa forme même. Refuser la virtuosité, le spectaculaire, le glamour ou l’héroïsation du danseur peut constituer une rupture avec les modèles dominants. Le No Manifesto d’Yvonne Rainer, publié en 1965, affirme notamment : « No to spectacle. No to virtuosity. »

Enfin, la danse peut porter un engagement social explicite. Elle peut dénoncer la guerre, l’oppression, le racisme, les violences sociales ou les crises contemporaines. La Table verte de Kurt Jooss, créée en 1932, est ainsi présentée par Numeridanse comme une œuvre créée pour le Concours international de chorégraphie à Paris, où elle remporte le premier prix. Elle est devenue une référence majeure de la danse politique et anti-guerre. 


Définition des mots clefs du sujet  :


Danse

La danse est un art du corps en mouvement. Elle organise des gestes, des postures, des déplacements, des rythmes, des relations entre interprètes, un rapport à l’espace et une relation au spectateur.

Dans ce sujet, la danse doit être pensée comme un langage. Elle ne transmet pas toujours un discours par des mots, mais elle peut produire une pensée par la manière dont elle montre les corps, les organise, les contraint, les libère ou les expose.

Politique

Le mot politique ne désigne pas seulement les partis politiques ou les institutions. Il renvoie plus largement aux rapports de pouvoir, aux normes sociales, aux formes de domination, aux identités collectives, aux conflits, aux injustices et aux manières de vivre ensemble.

Une danse peut donc être politique lorsqu’elle montre comment les corps sont contrôlés, hiérarchisés, libérés, marginalisés ou rassemblés.

Discours politique

Un discours politique est une prise de position sur le monde social. Il peut être explicite, lorsqu’une œuvre dénonce directement la guerre ou l’injustice. Il peut aussi être implicite, lorsque la chorégraphie transforme les codes habituels de représentation.

Dans la danse, le discours politique peut passer par le choix des corps, des gestes, du groupe, de l’espace, du costume, de la scénographie, de la musique, de la relation au public ou du contexte de création.

Pouvoir

Le pouvoir désigne la capacité à organiser, diriger, contrôler ou représenter une société. Dans la danse, il peut apparaître lorsque le corps est utilisé pour glorifier un roi, représenter un ordre social ou servir une idéologie.

Le Ballet royal de la Nuit montre par exemple comment la danse de cour peut participer à la construction symbolique d’un pouvoir monarchique.

Radicalité esthétique

La radicalité esthétique désigne un choix artistique qui rompt avec les codes dominants. Refuser la virtuosité, danser dans des espaces non conventionnels, utiliser des gestes ordinaires ou déhiérarchiser les corps peut devenir politique.

Chez Yvonne Rainer, Trisha Brown ou Merce Cunningham, le politique ne passe pas forcément par un message explicite, mais par une autre manière de penser le mouvement, la scène et le spectateur.

Engagement

L’engagement désigne une prise de position assumée. En danse, il peut prendre la forme d’une dénonciation, d’une satire, d’un rituel collectif, d’une réparation symbolique ou d’une action communautaire.

Ceremony of Us d’Anna Halprin, créée en 1969 avec le San Francisco Dancers’ Workshop et le Studio Watts School for the Arts, aborde par exemple la question raciale à travers une collaboration chorégraphique entre groupes noirs et blancs à Los Angeles. Les archives d’Anna Halprin indiquent que l’œuvre a été créée le 27 février 1969 au Mark Taper Forum.

Questionnement


La danse peut-elle être politique sans paroles ?


Le corps dansant peut-il servir une idéologie ?


Comment un pouvoir peut-il utiliser la danse pour se représenter ?


Refuser les codes dominants de la scène peut-il être un acte politique ?


Un geste ordinaire, un corps marginalisé ou un espace non théâtral peuvent-ils devenir politiques ?


La danse peut-elle dénoncer la guerre, le racisme, les violences sociales ou les crises contemporaines ?


La danse peut-elle réparer, rassembler ou transformer une communauté ?



Une œuvre chorégraphique engagée risque-t-elle de devenir trop démonstrative ou illustrative ?

Problématique


Comment la danse, art du corps et de la représentation, peut-elle devenir un outil de pouvoir, un geste de rupture esthétique ou une forme d’engagement social et politique ?


Cette problématique permet de dépasser l’idée simple selon laquelle une danse politique serait seulement une danse qui dénonce. Elle montre que le politique peut apparaître de trois manières : lorsque la danse sert le pouvoir, lorsqu’elle rompt avec les formes dominantes, ou lorsqu’elle s’engage explicitement dans la société.

Plan


I — Modèle / origine / fonction initiale - La danse comme instrument du pouvoir

Dans un premier temps, la danse peut être utilisée comme un instrument politique par les pouvoirs dominants. Elle peut glorifier un souverain, organiser une image d’ordre, mettre les corps au service d’une idéologie ou devenir un outil de propagande.


Idée directrice : la danse peut être politique lorsqu’elle sert une idéologie dominante, glorifie un pouvoir ou organise les corps selon une vision du monde.


II — Transformation / rupture / déplacement - La danse comme positionnement esthétique radical

Dans un second temps, la danse peut devenir politique par sa forme même. Elle n’a pas besoin de tenir un discours explicite : refuser certains codes suffit parfois à produire une rupture.


Idée directrice : la danse devient politique lorsqu’elle rompt avec les normes esthétiques dominantes et propose une autre manière de montrer le corps, le mouvement et l’espace.

III — Dépassement / hybridation / complexification - La danse comme critique sociale et engagement explicite

Enfin, la danse peut porter un discours politique explicite. Elle peut dénoncer, questionner, rassembler, réparer ou transformer.


Idée directrice : la danse devient politique lorsqu’elle dénonce des violences, interroge les rapports sociaux ou propose une action collective de réparation et de transformation.

Synthèse de l’analyse du sujet

Le sujet « En quoi la danse peut-elle porter un discours politique ? » invite à penser la danse comme un art du corps engagé dans le monde.

La danse peut d’abord servir le pouvoir, comme dans le ballet de cour ou dans les régimes qui cherchent à contrôler les corps. Elle peut ensuite devenir politique par sa forme, lorsqu’elle refuse les codes dominants, la virtuosité, la hiérarchie ou le spectacle. Elle peut enfin s’engager explicitement dans la société, en dénonçant la guerre, le racisme, les violences sociales ou en proposant des formes de rassemblement et de réparation.

La difficulté du sujet est donc de ne pas limiter le politique à un message militant. En danse, le politique peut passer par une posture, un groupe, une organisation de l’espace, un rapport au spectateur, un refus esthétique ou une action collective.

Idée essentielle :
La danse porte un discours politique lorsqu’elle donne à voir une certaine organisation des corps : corps glorifiés par le pouvoir, corps libérés des normes, corps marginalisés rendus visibles, corps rassemblés pour agir sur le monde.

Activité 1 - Comprendre le sujet
Analyser des images

En quoi la danse peut-elle porter un discours politique ?


Question centrale : La danse porte-t-elle un discours politique seulement lorsqu’elle dénonce explicitement une injustice, ou peut-elle aussi être politique par la manière dont elle organise les corps, l’espace et le regard du spectateur ?

Consigne de travail

À partir des trois images et des trois citations, analysez les différentes manières dont la danse peut porter un discours politique.

Il faut suivre trois étapes :

Décrire ce que l’on voit dans les images.

Analyser comment les corps, l’espace, les costumes, les postures et la relation au spectateur produisent du sens.

Interpréter ce que ces documents permettent de comprendre du sujet :
la danse peut-elle être politique par le pouvoir, par la rupture esthétique ou par l’engagement explicite ?

Axes d’observation

1. Le corps

Le corps est-il glorifié, contraint, ordinaire, vertical, spectaculaire, marginal, collectif, menaçant ou engagé ?

Le corps semble-t-il représenter un pouvoir, refuser un code dominant ou dénoncer une violence sociale ?

2. L’espace

L’espace est-il celui de la cour, du théâtre, de la ville, du mur, de la table politique ou du conflit ?

L’espace organise-t-il une hiérarchie, une rupture ou une confrontation ?

3. Le costume et l’image scénique

Le costume donne-t-il au corps une dimension symbolique ?

La scénographie rend-elle visible une domination, une expérimentation ou une critique ?

4. Le rapport au spectateur

Le spectateur est-il invité à admirer, à être surpris, à réfléchir, à juger ou à être confronté à une violence politique ?

5. Le type de discours politique

La danse sert-elle le pouvoir ?

La danse conteste-t-elle les normes par sa forme ?

La danse dénonce-t-elle explicitement une injustice ou une violence historique ?

Questions de travail

1. Décrire les documents

Que voit-on immédiatement dans chaque image ?

Quels éléments attirent d’abord le regard : costume, posture, espace, groupe, table, mur, décor, lumière ?

Le corps est-il mis en valeur comme symbole, comme expérience ou comme dénonciation ?


2. Identifier le politique

Dans le Ballet royal de la Nuit, comment le corps du roi devient-il une image du pouvoir ?

Dans Man Walking Down the Side of a Building, pourquoi marcher sur un mur peut-il être lu comme une rupture avec les codes dominants de la danse ?

Dans La Table verte, comment la scène permet-elle de dénoncer les décisions politiques et leurs conséquences humaines ?


3. Comparer les trois formes de politique

Quelle image montre une danse au service du pouvoir ?

Quelle image montre une danse politique par sa forme radicale ?

Quelle image montre une danse politique par une dénonciation explicite ?


4. Mettre en relation images et citations

En quoi la formule « Le Roi-Soleil est né ! » permet-elle de comprendre le lien entre danse et pouvoir ?

En quoi « No to spectacle. No to virtuosity. » permet-il de comprendre une politique du refus ?

En quoi « Dance is political » ouvre-t-il une réflexion plus large sur le corps, la société et les rapports de pouvoir ?



5. Problématiser

La danse politique est-elle toujours une danse qui dénonce ?

Un corps qui sert le pouvoir peut-il aussi porter un discours politique ?

Un refus esthétique peut-il être une forme d’engagement ?

Comment une chorégraphie peut-elle faire réfléchir sans utiliser de paroles ?

Ballet royal de la Nuit — Louis XIV — 1653

L’image du Soleil levant dansé par Louis XIV permet d’observer comment la danse peut servir la représentation du pouvoir. La BnF rappelle que le Ballet royal de la Nuit fut donné en février et mars 1653 au Petit-Bourbon, et l’Ensemble Correspondances souligne que Louis XIV danse ce rôle à quinze ans, couvert d’or et de pierreries, moment fondateur de l’image du Roi-Soleil. 

Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970

Cette image permet d’observer une autre forme de politique : non pas un discours militant, mais une rupture radicale avec les codes habituels de la danse. La Trisha Brown Dance Company confirme que l’œuvre est créée en 1970 ; le MoMA la décrit comme l’une des « equipment pieces », où un danseur, soutenu par cordes et harnais, marche le long d’un mur.

The Green Table / La Table verte — Kurt Jooss — 1932

Cette image permet d’observer une danse politique explicite. Numeridanse indique que The Green Table est créée en 1932 pour le Concours international de chorégraphie à Paris, où l’œuvre remporte le premier prix. Le Museo Reina Sofía la présente comme l’une des œuvres les plus politiquement engagées de l’histoire de la danse du XXe siècle. 

Citations à analyser


Citation 1

« Le Roi-Soleil est né ! »
Cette formule, utilisée par l’Ensemble Correspondances à propos du Ballet royal de la Nuit, permet de comprendre comment la danse peut participer à la fabrication d’une image politique.


Citation 2
« No to spectacle. No to virtuosity. »
Cette phrase du No Manifesto d’Yvonne Rainer montre que refuser le spectacle et la virtuosité peut devenir un geste esthétique et politique.


Citation 3
« Dance is political. »
Cette formule associée au travail de Robyn Orlin rappelle que la danse peut interroger directement l’histoire, les blessures sociales, les rapports de pouvoir et les divisions d’une société.

Ballet royal de la Nuit Man Walking Down the Side of a Building La Table verte Sous les fleurs de Thomas Lebrun (2017)
Chorégraphe / date
Ce que l’on voit immédiatement
Image du corps
Organisation de l’espace
Rapport au pouvoir
Type de discours politique
Citation qui éclaire le document
Question posée par le document
Indices d’une écriture contemporaine

Une question, une réponse :
La danse peut-elle porter un discours politique ?

Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart ouvre une série consacrée aux liens entre danse et politique. La danse ne devient pas politique uniquement lorsqu’elle dénonce une injustice : elle peut aussi servir un pouvoir, refuser des normes dominantes ou faire apparaître des violences sociales.

À travers les œuvres suivantes :
• Ballet royal de la Nuit — Louis XIV — 1653
• Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970
• La Table verte — Kurt Jooss — 1932

Cet épisode montre que le politique peut apparaître dans la manière dont la danse organise les corps, l’espace, le regard du spectateur et les rapports de pouvoir.

👉 Objectif :
Comprendre que la danse porte un discours politique lorsqu’elle glorifie, conteste ou dénonce une organisation du monde.

🔗 Ressources : www.lelabodart.com

Activité 2 - Construire mon corpus de connaissances de la partie 1
I — La danse comme instrument du pouvoir

Objectif de l’activité

Construire l’argumentation de la partie I :

I — La danse comme instrument du pouvoir

Dans cette partie, il s’agit de montrer que la danse peut être politique lorsqu’elle sert une idéologie dominante. Le corps dansant peut glorifier un souverain, représenter un ordre social, organiser une communauté ou être récupéré par un régime autoritaire.

La danse n’est donc pas toujours politique parce qu’elle conteste. Elle peut aussi être politique parce qu’elle met les corps au service du pouvoir.

1. À rendre — individuel, fin de séquence

À partir de l’analyse des œuvres et références étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :

« La danse comme instrument du pouvoir »

Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :

Comment la danse peut-elle glorifier un pouvoir politique ?

Comment le corps dansant peut-il devenir une image d’ordre, d’autorité ou de domination ?

Comment un régime peut-il chercher à contrôler, récupérer ou orienter les formes dansées ?

Pourquoi les exemples de Laban et de Wigman doivent-ils être étudiés avec prudence ?

En quoi cette partie montre-t-elle que le politique peut être présent même lorsqu’une danse ne dénonce rien ?



Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois références étudiées :

Ballet royal de la Nuit — ballet de cour associé à Louis XIV — 1653
Le Ballet royal de la Nuit est donné en février et mars 1653 au Petit-Bourbon. L’image du Soleil levant dansé par Louis XIV participe à la construction politique de la figure du Roi-Soleil.

Rudolf Laban — mouvement choral et récupération politique — années 1930
Rudolf Laban est une figure majeure de la danse moderne. Son cas permet d’interroger la récupération d’un art du mouvement par le régime nazi, notamment autour du projet chorégraphique lié aux Jeux olympiques de Berlin de 1936, finalement désavoué par Goebbels.

Mary Wigman — danse expressionniste et contrôle idéologique — années 1930
Mary Wigman est une figure essentielle de l’expressionnisme allemand. Son parcours sous le national-socialisme doit être étudié sans simplification : son œuvre, son école et la danse expressionniste se situent dans un contexte de surveillance, de récupération possible et de débats autour de la notion de « danse dégénérée ». 

2. Travail collectif en classe — World Café

Chaque table analyse une œuvre ou une référence à partir :

d’un extrait vidéo ;

d’une image ou d’un document iconographique ;

du dossier documentaire fourni ;

des axes d’analyse proposés.

Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie I.

Table 1

Ballet royal de la Nuit — Louis XIV — 1653

Axe d’analyse

Le corps du roi comme image politique : danse, centralité et glorification du pouvoir.

Questions de travail

Comment le costume du Soleil transforme-t-il le corps de Louis XIV en symbole politique ?

Pourquoi le rôle du Soleil est-il particulièrement important après la Fronde ?

Comment le ballet de cour organise-t-il une hiérarchie entre les corps ?

En quoi la danse participe-t-elle à la construction de l’image du Roi-Soleil ?

Le corps du roi est-il seulement un corps qui danse ou devient-il une image du pouvoir ?

Peut-on dire que la danse sert ici une idéologie monarchique ?



Idée à retenir

Dans le Ballet royal de la Nuit, la danse sert à glorifier le pouvoir monarchique. Le corps de Louis XIV, costumé en Soleil, devient une image d’ordre, de lumière et de centralité. La danse porte donc un discours politique parce qu’elle fabrique une représentation du souverain.

Table 2

Rudolf Laban — mouvement choral et Allemagne nazie — années 1930

Axe d’analyse

Le corps collectif comme enjeu politique : organiser la masse ou préserver l’expression individuelle ?

Questions de travail

Pourquoi le mouvement choral peut-il intéresser un régime autoritaire ?

Comment un groupe de danseurs peut-il produire une image d’unité, d’ordre ou de communauté ?

Quelle ambiguïté existe dans le cas de Laban ?

Pourquoi son travail peut-il être récupéré par un régime, puis rejeté ?

Que montre son désaveu par Goebbels en 1936 ?

Peut-on dire que le corps collectif est toujours politiquement contrôlable ?



Idée à retenir

Le cas de Rudolf Laban montre que la danse collective peut devenir un enjeu politique. Le mouvement de masse peut être récupéré pour représenter l’unité d’un peuple, mais il peut aussi résister si la danse laisse trop de place à l’expression individuelle. C’est un exemple complexe de tension entre création chorégraphique et idéologie.

Table 3

Mary Wigman — danse expressionniste et contrôle idéologique — années 1930

Axe d’analyse

Une danse moderne sous surveillance : entre expression du corps, récupération et censure.

Questions de travail

Qu’est-ce qui caractérise la danse expressionniste de Mary Wigman ?

Pourquoi un régime autoritaire peut-il vouloir contrôler une danse trop expressive ou trop ambiguë ?

Comment une esthétique moderne peut-elle être à la fois valorisée, suspectée ou réorientée ?

Pourquoi faut-il éviter de présenter Mary Wigman comme un exemple simple ?

Que révèle son cas sur le rapport entre art, pouvoir et compromis ?

Peut-on dire que la liberté du corps dansant devient un problème politique ?



Idée à retenir

Le cas de Mary Wigman montre que le pouvoir politique ne se contente pas d’utiliser la danse : il peut aussi surveiller, classer, tolérer, censurer ou réorienter les formes artistiques. La danse expressionniste devient un enjeu politique parce qu’elle engage une certaine vision du corps, de la communauté et de l’identité.

Dossier - Ballet royal de la Nuit — ballet de cour associé à Louis XIV — 1653
Le corps du roi comme image politique : danse, centralité et pouvoir monarchique

Le Ballet royal de la Nuit est un ballet de cour donné en 1653, en février et mars, dans la salle du Petit-Bourbon. Louis XIV y danse le rôle du Soleil levant. La BnF conserve une image du costume du Soleil levant dansé par Louis XIV et précise que ce ballet est donné à l’occasion du carnaval de la cour.

Ce ballet prend place après la Fronde, période de troubles politiques qui a fragilisé l’autorité royale. L’apparition du jeune roi en Soleil n’est donc pas un simple effet spectaculaire. Elle participe à la construction d’une image politique : celle d’un souverain capable de ramener l’ordre après la nuit du désordre.

I. Analyse du dispositif / scénographie — Mettre le roi au centre de l’ordre visible


Le dispositif du
Ballet royal de la Nuit repose sur une organisation symbolique très forte. Le ballet oppose la nuit, ses figures inquiétantes ou instables, puis l’arrivée du Soleil. Cette progression donne au rôle final de Louis XIV une signification politique : le roi apparaît comme celui qui dissipe l’obscurité.

Le costume du Soleil renforce cette centralité. Les rayons, l’or, les ornements et la richesse visuelle ne servent pas seulement à embellir le danseur. Ils transforment le corps royal en image cosmique. Le roi n’est plus seulement un jeune homme qui danse : il devient le centre autour duquel l’ordre peut se reconstruire.

La scénographie du ballet de cour est donc hiérarchique. Les corps ne sont pas tous égaux. Le groupe, les personnages, les entrées et les effets visuels conduisent vers l’apparition du souverain. Le spectacle organise le regard du spectateur pour faire du roi le point culminant de la représentation.

II. Analyse du corps / mouvement — Le corps royal comme corps politique


Dans ce ballet, le corps de Louis XIV n’est pas un corps ordinaire. Il est un corps politique. Son mouvement, sa posture, son costume et son rôle fabriquent une image d’autorité. La danse devient un moyen de montrer que le roi possède maîtrise, grâce, ordre et puissance.

Le corps dansant du souverain incarne une idée politique : celle d’un pouvoir stable, lumineux et central. Dans une monarchie de cour, le corps du roi est un symbole. Le fait qu’il danse lui-même renforce cette dimension. Il ne délègue pas entièrement sa représentation : il l’incarne physiquement.

La danse est donc utilisée comme un langage de légitimation. Le roi se montre capable d’organiser son propre corps comme il devra organiser le royaume. La maîtrise corporelle devient une métaphore de la maîtrise politique.

III. Analyse perceptive / symbolique — Glorifier le pouvoir par l’image du Soleil


Pour le spectateur de cour, l’apparition de Louis XIV en Soleil produit une image immédiatement lisible. Le soleil éclaire, ordonne, domine et donne la vie. En associant le roi à cette figure, le ballet construit un discours politique puissant : le pouvoir royal est présenté comme nécessaire, naturel et central.

La formule Roi-Soleil résume cette opération symbolique. Elle ne désigne pas seulement un costume ou un rôle. Elle construit une mythologie politique autour du souverain. Le ballet participe ainsi à la fabrication d’un imaginaire monarchique.

Le Ballet royal de la Nuit montre donc que la danse peut porter un discours politique sans dénoncer. Ici, elle sert le pouvoir. Elle donne au corps royal une visibilité organisée et transforme le spectacle en outil de glorification.

Dans le Ballet royal de la Nuit, la danse porte un discours politique en mettant le corps du roi au service de la monarchie. Le costume du Soleil, l’organisation du spectacle et la centralité de Louis XIV fabriquent une image d’ordre, de lumière et de puissance. La danse devient ici un instrument de représentation du pouvoir.

Dossier - Rudolf Laban — mouvement choral et Allemagne nazie — années 1930
Le corps collectif comme enjeu politique : récupération, contrôle et ambiguïté

Rudolf Laban est une figure majeure de la danse moderne et de l’analyse du mouvement. Son travail sur le mouvement choral donne une place importante aux groupes, aux relations spatiales et à l’organisation collective des corps.

Son parcours dans l’Allemagne des années 1930 pose cependant une question complexe. Laban travaille dans un contexte où le régime nazi cherche à utiliser les arts pour produire des images d’unité, de force et de communauté nationale. Il est associé à un projet chorégraphique pour les Jeux olympiques de Berlin de 1936, avant d’être désavoué par Goebbels. Le Monde présente son cas comme un paradoxe : figure moderne et innovante, mais impliquée dans une collaboration avec le régime avant son rejet. 

I. Analyse du dispositif / scénographie — La masse dansante comme image d’un corps collectif


Le mouvement choral intéresse politiquement parce qu’il met en scène des groupes nombreux. Un ensemble de corps organisés peut produire une image d’unité, d’ordre et de cohésion. Pour un régime autoritaire, cette image peut être très utile : elle donne à voir un peuple discipliné, unifié, orienté vers une même direction.

La danse de groupe peut ainsi devenir un outil de représentation idéologique. Elle ne montre pas seulement des individus qui bougent ensemble. Elle peut fabriquer l’image d’un corps collectif. Les formations, les déplacements, les directions communes et les rythmes partagés peuvent donner une impression de communauté organisée.

Mais le cas de Laban montre que cette récupération n’est pas simple. Le régime nazi attend une image claire de l’unité politique. Or le mouvement choral labanien peut aussi valoriser la participation individuelle, la diversité des dynamiques et une forme d’expérience corporelle collective qui ne se réduit pas à l’obéissance.

II. Analyse du corps / mouvement — Entre expression individuelle et discipline collective


Le corps chez Laban n’est pas seulement un corps discipliné de l’extérieur. Son travail sur le mouvement cherche à comprendre les qualités dynamiques, les directions, l’espace, le poids, le temps et l’énergie. Le danseur est engagé dans une exploration du mouvement.

Dans un contexte autoritaire, cette approche devient ambiguë. D’un côté, la danse collective peut être lue comme une image de discipline et d’unité. De l’autre, elle peut laisser trop de place à l’expérience personnelle du mouvement. C’est précisément cette ambiguïté qui rend son cas intéressant.

Leeds Library rappelle que les nazis avaient adapté des formes populaires à leurs propres objectifs politiques, mais qu’ils ont mal évalué la conception labanienne du mouvement choral : là où ils cherchaient l’unité de masse, Laban pensait aussi l’expression individuelle dans le mouvement collectif.

III. Analyse perceptive / symbolique — Une récupération politique qui échoue


Pour le spectateur ou pour le pouvoir, un grand groupe en mouvement peut symboliser l’ordre, l’unité et la force. C’est pourquoi les régimes autoritaires s’intéressent aux formes collectives. La danse peut devenir une image politique du peuple.

Mais le désaveu de Laban par Goebbels montre que le pouvoir ne se contente pas de récupérer n’importe quelle forme. Il veut une danse idéologiquement conforme, lisible, utile à la propagande. Si la forme chorégraphique ne produit pas l’image attendue, elle peut être rejetée.

Le cas de Laban permet donc de formuler une idée importante : la danse peut être utilisée par le pouvoir, mais elle n’est pas entièrement maîtrisable. Le corps collectif peut servir une idéologie, mais il peut aussi introduire de l’ambiguïté, de la complexité et une part d’expression qui échappe au contrôle.

Le cas de Rudolf Laban montre que la danse collective peut devenir un enjeu politique majeur. Le mouvement choral peut intéresser un régime autoritaire parce qu’il donne à voir une masse organisée. Mais l’exemple de Laban révèle aussi les limites de cette récupération : si la danse ne correspond pas exactement à l’image idéologique attendue, elle peut être désavouée. La danse porte donc ici un discours politique par l’organisation des corps collectifs et par les tensions qu’elle produit avec le pouvoir.

Mary Wigman — danse expressionniste et contrôle idéologique — années 1930
Une danse moderne sous surveillance : expression du corps, récupération et ambiguïté politique

Mary Wigman est l’une des grandes figures de la danse moderne allemande et de la danse expressionniste. L’Université de Leipzig la présente comme une fondatrice de la danse moderne en Allemagne, ayant fortement contribué à établir la danse comme art indépendant.

Son œuvre, souvent associée à un corps expressif, sombre, rituel et intérieur, se développe avant et pendant une période politiquement troublée. Son cas est complexe parce qu’il ne se réduit ni à une opposition simple au pouvoir, ni à une adhésion simple. Il permet d’étudier comment un régime autoritaire peut surveiller, récupérer, tolérer ou réorienter une esthétique moderne du corps.

I. Analyse du dispositif / scénographie — Un art moderne confronté aux normes du régime


La danse expressionniste de Mary Wigman se distingue des modèles académiques traditionnels. Elle ne cherche pas d’abord la grâce classique, la légèreté ou la narration lisible. Elle explore des états intérieurs, des tensions, des forces sombres, des gestes rituels et des présences parfois inquiétantes.

Cette esthétique peut devenir problématique dans un régime autoritaire. Un pouvoir politique cherche souvent des formes lisibles, contrôlables, conformes à une image idéale du corps et de la communauté. Une danse expressive, ambiguë ou trop individuelle peut être perçue comme difficile à classer.

Les recherches sur Mary Wigman et le national-socialisme montrent que son rapport au régime reste un objet de débat. Un article intitulé “Degenerate Dance”: The Case of Mary Wigman aborde précisément cette complexité, en examinant les discussions autour de son œuvre et de sa place dans le contexte nazi.

II. Analyse du corps / mouvement — Le corps expressif comme corps politiquement sensible


Chez Mary Wigman, le corps n’est pas un corps décoratif. Il est chargé de tensions, de poids, d’intensité et d’expression. Dans Hexentanz, par exemple, dont une version de 1926 est documentée par le MoMA, le corps s’éloigne de l’idéal classique : il devient bas, anguleux, masqué, inquiétant, presque rituel.

Ce type de corps pose une question politique. Un corps qui refuse l’idéal classique ou l’image harmonieuse peut devenir suspect pour un pouvoir qui veut contrôler la représentation des corps. Il ne s’agit pas forcément d’un discours militant explicite, mais d’une esthétique qui engage une vision du corps humain.

La danse expressionniste montre ainsi que le politique peut apparaître dans la qualité même du mouvement : poids, contraction, tension, masque, frontalité, étrangeté. Le corps ne correspond plus à une image stable, pure ou conforme. Il devient un lieu d’inquiétude, d’intensité et d’ambiguïté.

III. Analyse perceptive / symbolique — Une œuvre prise entre modernité, récupération et soupçon


Pour le spectateur, la danse de Mary Wigman peut produire un effet très différent du ballet de cour ou de la danse académique. Elle ne rassure pas toujours. Elle montre un corps traversé par des forces intérieures, par la solitude, par le rituel ou par l’étrangeté.

Cette puissance expressive explique pourquoi son cas est politiquement complexe. Le pouvoir peut tenter de récupérer certaines formes de danse moderne lorsqu’elles semblent servir une image de communauté ou de force nationale. Mais il peut aussi les juger ambiguës, trop sombres, trop individualisées ou non conformes.

Mary Wigman permet donc de comprendre que la danse devient politique lorsqu’elle est placée sous le regard d’un pouvoir qui veut décider quelles formes de corps sont acceptables. La question n’est pas seulement ce que l’artiste veut dire, mais aussi ce que le régime autorise, surveille ou transforme.

Le cas de Mary Wigman montre que la danse peut porter un discours politique par sa relation au contrôle idéologique. Sa danse expressionniste affirme une modernité du corps, mais cette modernité se trouve prise dans un contexte où le pouvoir cherche à orienter les formes artistiques. L’exemple est volontairement complexe : il montre que la danse peut être politique parce qu’elle est surveillée, récupérée, tolérée ou contestée par un régime.

Une question, une réponse :

La danse peut-elle servir le pouvoir ?

Dans cette Antisèche, Lelabodart montre que la danse n’est pas toujours politique parce qu’elle conteste. Elle peut aussi être politique parce qu’elle sert un pouvoir, glorifie un souverain ou organise les corps selon une vision idéologique.

À travers les références suivantes :
• Ballet royal de la Nuit — Louis XIV — 1653
• Rudolf Laban — mouvement choral et Allemagne des années 1930
• Mary Wigman — danse expressionniste et contrôle idéologique

Cet épisode montre que le corps dansant peut devenir une image d’ordre, d’autorité ou de domination. Il peut glorifier un roi, représenter une masse organisée ou devenir un objet de surveillance politique.

🔗 Ressources : www.lelabodart.com

Ballet royal de la Nuit Rudolf Laban Mary Wigman
Artiste / contexte / date
Type de pouvoir concerné
Corps mis en scène
Rapport au groupe
Rapport à l’idéologie
Ce que le pouvoir cherche à produire
Tension ou ambiguïté
Fonction politique de la danse
Argument central pour la partie I
Activité 3 - Construire le corpus de connaissance de la partie 2
II — La danse comme positionnement esthétique radical

Objectif de l’activité

Construire l’argumentation de la partie II :

II — La danse comme positionnement esthétique radical

Dans cette partie, il s’agit de montrer que la danse peut devenir politique sans porter un message militant explicite. Le politique peut passer par la forme elle-même : refuser la virtuosité, sortir du théâtre, déplacer le rapport à la gravité, utiliser le hasard, déhiérarchiser les corps ou affirmer une présence marginalisée.

La danse devient alors politique parce qu’elle transforme les codes dominants de la représentation.


1. À rendre — individuel, fin de séquence

À partir de l’analyse des œuvres et références étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :

« La danse comme positionnement esthétique radical »

Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :

Comment une danse peut-elle être politique sans discours explicite ?

Comment le refus du spectaculaire peut-il devenir une prise de position ?

Comment le déplacement de l’espace scénique transforme-t-il le regard du spectateur ?

Comment le hasard remet-il en question l’autorité du chorégraphe et les hiérarchies traditionnelles ?

Comment une danse issue d’une marginalité sociale peut-elle devenir politique par l’affirmation même du corps ?

Vous devrez obligatoirement mobiliser les références suivantes :

Yvonne Rainer — No Manifesto — 1965 / Trio A — 1966
Le No Manifesto refuse notamment le spectacle et la virtuosité. Trio A est d’abord présenté en 1966 à la Judson Memorial Church, dans The Mind is a Muscle, Part 1.

Trisha Brown — Man Walking Down the Side of a Building — 1970
La Trisha Brown Dance Company confirme que cette œuvre est créée en 1970 ; le MoMA la décrit comme une des equipment pieces, dans laquelle un danseur, soutenu par cordes et harnais, marche sur ou le long d’un mur.

Krump — danse née dans les ghettos californiens
Le CN D / Dance Reflections présente le krump comme une danse née dans les ghettos californiens, caractérisée par des mouvements explosifs et saccadés, exigeant à la fois maîtrise émotionnelle et expression de soi. 


2. Travail collectif en classe — World Café

Chaque table analyse une œuvre à partir :

d’un extrait vidéo ;

d’une image ou d’un document iconographique ;

du dossier documentaire fourni ;

des axes d’analyse proposés.

Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie II.

Table 1

Yvonne Rainer — No Manifesto / Trio A


Axe d’analyse

Refuser le spectacle : une politique du corps ordinaire.

Questions de travail

Que refuse Yvonne Rainer dans le No Manifesto ?

Pourquoi le refus de la virtuosité peut-il être considéré comme politique ?

Comment Trio A transforme-t-il l’image traditionnelle du danseur ?

Que devient le corps lorsqu’il n’est plus héroïque, spectaculaire ou expressif au sens classique ?

Comment la répétition de gestes simples peut-elle contester les codes dominants de la scène ?

Peut-on dire que la danse devient politique par la sobriété de sa forme ?


Idée à retenir

Chez Yvonne Rainer, le politique passe par le refus : refus du spectaculaire, de la virtuosité, du glamour et de l’héroïsation du danseur. Le corps ordinaire devient une réponse critique aux modèles dominants de la scène.

Table 2

Trisha Brown — Man Walking Down the Side of a Building


Axe d’analyse

Déplacer l’espace : rendre politique la définition même de la danse.

Questions de travail

Pourquoi marcher sur un mur modifie-t-il la définition habituelle de la danse ?

Que devient le sol lorsque le mur devient une surface de déplacement ?

Comment cette œuvre remet-elle en question la frontalité du théâtre ?

Le danseur est-il virtuose au sens traditionnel ou expérimental ?

Comment l’usage du harnais, du mur et de la gravité transforme-t-il le regard du spectateur ?

Peut-on dire que cette œuvre est politique parce qu’elle déplace les normes de la représentation ?


Idée à retenir

Chez Trisha Brown, la danse devient politique par le déplacement du cadre : le mur devient sol, la gravité devient matériau, et la scène traditionnelle n’est plus le seul lieu possible de la danse.

Table 3

Krump


Axe d’analyse

Affirmer une présence marginalisée : le corps comme prise de parole politique.

Questions de travail

Dans quel contexte social le krump apparaît-il ?

Quels signes corporels permettent d’identifier le krump : stomps, chest pops, bras projetés, saccades, regard frontal, intensité ?

Pourquoi cette danse ne doit-elle pas être réduite à une image de colère ?

Comment le krump transforme-t-il l’émotion en langage ?

En quoi la réappropriation de l’espace public est-elle politique ?

Peut-on dire que le corps devient politique par le simple fait d’apparaître, de s’affirmer et d’occuper l’espace ?


Idée à retenir

Le krump devient politique parce qu’il affirme la présence de corps issus de contextes marginalisés. Il transforme une énergie sociale, émotionnelle et collective en langage corporel codifié.

Trio A — Yvonne Rainer — 1966
Refuser le spectacle : le corps ordinaire comme position politique

Trio A est une œuvre d’Yvonne Rainer, d’abord présentée en 1966 à la Judson Memorial Church dans The Mind is a Muscle, Part 1. Numeridanse précise que la pièce est d’abord interprétée par Yvonne Rainer, David Gordon et Steve Paxton, chacun exécutant la même séquence de mouvements deux fois, mais sans unisson.

Cette œuvre est liée au No Manifesto de 1965, dans lequel Rainer refuse le spectacle, la virtuosité, la magie, le glamour, l’héroïsme et la séduction du spectateur. Le politique ne passe pas ici par un message militant direct, mais par une transformation radicale des valeurs de la danse. 

I. Analyse du dispositif / scénographie — Refuser la scène spectaculaire


Dans Trio A, le dispositif est volontairement sobre. Il n’y a pas de décor spectaculaire, pas de costume imposant, pas de mise en scène destinée à produire de l’émerveillement. Le corps est montré presque sans médiation, dans une action simple et continue.

Ce choix est radical, car il s’oppose aux attentes traditionnelles de la scène : briller, séduire, impressionner, raconter, émouvoir de manière directe. Rainer refuse cette logique. Elle cherche une danse qui ne repose ni sur la prouesse, ni sur l’image héroïque de l’interprète.

La scénographie minimaliste devient donc une prise de position. Elle affirme que la danse n’a pas besoin d’être spectaculaire pour exister. Elle peut être pensée comme une action, une tâche, une organisation du mouvement dans le temps.

II. Analyse du corps / mouvement — Un corps non héroïque, non virtuose, non expressif au sens classique


Le corps de Trio A n’est pas présenté comme un corps exceptionnel. Il exécute une suite de mouvements continus, sans accent dramatique, sans climax, sans démonstration spectaculaire. Les gestes semblent presque ordinaires, mais ils sont précisément composés.

Le refus de la virtuosité ne signifie pas absence de travail. Au contraire, il suppose une grande maîtrise : il faut maintenir une continuité, éviter les effets, ne pas chercher l’exploit, ne pas séduire le spectateur par des pauses ou des poses.

Ce corps ordinaire devient politique parce qu’il refuse les hiérarchies habituelles de la danse. Le danseur n’est plus une star, un corps idéalisé ou un corps héroïque. Il devient un corps présent, actif, engagé dans une tâche.

III. Analyse perceptive / symbolique — Une politique du refus


Pour le spectateur, Trio A déplace profondément l’expérience de la danse. Il ne s’agit plus d’admirer une virtuosité, mais d’observer une présence, une continuité, une manière d’être au mouvement. Le spectateur doit renoncer à ses attentes : spectaculaire, émotion forte, récit, climax, séduction.

Symboliquement, cette œuvre porte un discours politique parce qu’elle refuse les valeurs dominantes de la représentation. Elle conteste une culture du spectacle fondée sur l’exception, la performance et l’admiration.

Trio A montre donc que la danse peut être politique par la forme même de son refus. En rejetant le spectaculaire, Rainer propose une autre valeur du corps : un corps ordinaire, non héroïque, non hiérarchisé.

Dans Trio A, Yvonne Rainer montre que la danse peut porter un discours politique sans message explicite. Le refus de la virtuosité, du glamour et du spectaculaire devient une prise de position esthétique. Le corps ordinaire devient un outil critique contre les modèles dominants de la scène.

Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970
Déplacer l’espace : rendre politique la définition même de la danse

Man Walking Down the Side of a Building est une œuvre de Trisha Brown, créée en 1970. La Trisha Brown Dance Company la présente comme une pièce brève, avec un danseur évoluant en vêtements de ville, dans un dispositif conçu avec cordes et harnais.

Le MoMA décrit cette œuvre comme l’une des equipment pieces de Trisha Brown, où des danseurs, soutenus par des cordes et des harnais, marchent sur ou le long de murs.  Elle permet de comprendre comment la danse peut devenir politique en déplaçant les cadres mêmes de la représentation.

I. Analyse du dispositif / scénographie — Transformer le mur en sol


Le dispositif est simple et radical : un danseur marche le long d’un mur, attaché par un harnais. Ce qui est normalement vertical devient une surface de déplacement. Le mur remplace le sol.

Cette transformation bouleverse les codes de la danse. Le plateau traditionnel disparaît. La danse ne se déroule plus dans un espace horizontal face au spectateur, mais dans un rapport inhabituel à l’architecture, à la gravité et au corps.

Le dispositif ne cherche pas à raconter une histoire. Il pose une question : qu’est-ce qui suffit pour qu’il y ait danse ? Un corps qui marche devient chorégraphique parce que son environnement est transformé.

II. Analyse du corps / mouvement — Un geste ordinaire rendu radical par le contexte


Le mouvement principal est simple : marcher. Mais cette marche devient étrange parce qu’elle s’effectue sur un mur. Le corps n’est pas virtuose au sens classique ; il est placé dans une situation qui modifie entièrement sa relation à la gravité.

La radicalité vient donc du contexte. Trisha Brown ne cherche pas à produire une figure spectaculaire au sens acrobatique. Elle transforme un geste quotidien en expérience perceptive. Le corps ordinaire devient un corps expérimental.

Cette œuvre remet en cause les catégories traditionnelles : danse, marche, performance, action, architecture, espace public. Le mouvement n’est plus défini par une technique codifiée, mais par la relation entre corps, espace et contrainte physique.

III. Analyse perceptive / symbolique — Une politique du déplacement


Pour le spectateur, Man Walking Down the Side of a Building produit un effet de renversement. Ce qui semblait évident ne l’est plus : le sol, la verticalité, la gravité, le lieu de danse, la frontalité. Le spectateur doit modifier sa manière de regarder.

Symboliquement, cette œuvre devient politique parce qu’elle conteste les normes de la représentation. Elle refuse l’idée que la danse doit se dérouler sur une scène, dans un espace prévu pour cela, avec un vocabulaire reconnaissable.

La danse est politique ici parce qu’elle déplace les frontières : entre art et action, scène et architecture, danseur et piéton, mouvement ordinaire et geste chorégraphique.

Dans Man Walking Down the Side of a Building, Trisha Brown montre que la danse peut devenir politique par le déplacement du cadre. Le mur devient sol, la marche devient chorégraphie, et l’espace architectural devient scène. L’œuvre affirme que transformer les conditions mêmes de la danse peut être une forme de rupture esthétique et politique.

Krump — danse née dans les ghettos californiens — années 1990-2000
Affirmer une présence marginalisée : le corps comme prise de parole politique

Le krump est une danse née dans les ghettos californiens il y a plus de vingt ans. Le CN D / Dance Reflections le présente comme une danse aux mouvements explosifs et saccadés, demandant à la fois une maîtrise des émotions et une forte expression de soi.

Dans ce cours, le krump permet de comprendre que la danse peut être politique non seulement par un manifeste ou une œuvre scénique, mais par l’affirmation corporelle d’une communauté marginalisée. Le corps devient un lieu de parole, de résistance et de réappropriation.

I. Analyse du dispositif / scénographie — Le cercle, la rue et la communauté comme espaces politiques


Le krump se développe dans des espaces collectifs : cercles, battles, rues, sessions, communautés. L’espace n’est pas neutre. Il est le lieu où un corps peut être vu, reconnu, soutenu ou défié par les autres.

Cette organisation est politique parce qu’elle donne une place à des corps souvent marginalisés dans l’espace social. La danse devient une manière d’occuper l’espace public, de créer une communauté et de transformer une énergie sociale en pratique partagée.

Le passage sur scène peut donner une visibilité supplémentaire au krump, mais il ne doit pas faire oublier son ancrage communautaire. Sans le cercle, la réponse des pairs et les codes partagés, le krump risque d’être réduit à une image spectaculaire.

II. Analyse du corps / mouvement — Une émotion codifiée, non une violence désordonnée


Le corps krump est intense : frappes de pieds, contractions du torse, bras projetés, saccades, arrêts brusques, regard frontal. Cette danse donne parfois l’impression d’une explosion.

Mais cette énergie n’est pas désordonnée. Elle est codifiée. Elle transforme des émotions fortes en langage corporel. Le krump permet de maîtriser, canaliser et exprimer une énergie qui pourrait autrement rester invisible ou être interprétée uniquement comme colère.

Le corps devient alors politique parce qu’il rend visible une expérience sociale. Il ne se contente pas de bouger : il affirme une présence, une mémoire, une tension et une capacité de transformation.

III. Analyse perceptive / symbolique — Une politique de l’existence et de l’affirmation


Pour le spectateur, le krump produit une impression de puissance et de frontalité. Mais cette intensité doit être comprise comme une prise de parole. Le danseur ne représente pas seulement une énergie brute ; il rend visible une existence sociale et culturelle.

Symboliquement, le krump montre que le corps marginalisé peut devenir un corps central. Il ne demande pas seulement à être regardé : il impose une présence. Cette affirmation est politique parce qu’elle transforme le silence, la colère ou l’exclusion en langage.

Le krump pose cependant une tension : s’il est coupé de son histoire, il peut être stéréotypé comme danse de rage ou de violence. Il doit donc être étudié comme une pratique codifiée, communautaire et identitaire.

Le krump montre que la danse peut porter un discours politique par l’affirmation d’un corps marginalisé. Sa puissance expressive, son ancrage, sa frontalité et sa codification transforment l’émotion en langage. Le politique passe ici par l’existence même du corps dansant : occuper l’espace, être vu, répondre, résister et se réapproprier une parole corporelle.

Une question, une réponse :

La danse peut-elle être politique sans dénoncer directement ?

Dans cette Antisèche, Lelabodart montre que la danse peut devenir politique par sa forme. Refuser la virtuosité, déplacer l’espace de la danse ou affirmer un corps marginalisé peut devenir une prise de position artistique et politique.

À travers les références suivantes :
• No Manifesto — Yvonne Rainer — 1965
• Trio A — Yvonne Rainer — 1966
• Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970
• Le krump — danse née dans les ghettos californiens

Cet épisode montre que la danse politique n’est pas seulement une danse qui dénonce. Elle peut aussi transformer les normes du regard : quel corps mérite d’être vu, quel espace peut devenir scène, quelle énergie peut devenir langage ?

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Yvonne Rainer / Trio A Trisha Brown Krump
Chorégraphe / date
Geste radical principal
Codes dominants refusés ou déplacés
Image du corps
Rapport à l’espace
Rapport au spectateur
Pourquoi c’est politique
Limite ou tension
Argument central pour la partie II
Activité 4 - Construire le corpus de connaissance de la partie 3
III — La danse comme critique sociale et engagement explicite

Objectif de l’activité

Construire l’argumentation de la partie III :

III — La danse comme critique sociale et engagement explicite

Dans cette partie, il s’agit de montrer que la danse peut porter un discours politique de manière directe : elle peut dénoncer la guerre, critiquer les violences sociales, interroger le racisme, mettre en crise le capitalisme, réactiver une mémoire collective ou proposer une action communautaire de réparation.

La danse devient alors un acte politique parce qu’elle ne se contente pas de représenter le monde : elle le questionne, le met en tension, le dénonce ou tente d’agir sur lui.


Vous devrez obligatoirement mobiliser les œuvres suivantes :

La Table verte — Kurt Jooss — 1932
And so you see… — Robyn Orlin — 2016

Deux mille vingt trois — Maguy Marin — 2023

Ceremony of Us — Anna Halprin — 1969

Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod — œuvre originale 1965 ; relecture 2008

Planetary Dance — Anna Halprin — partition 1981

1. À rendre — individuel, fin de séquence

À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :

« La danse comme critique sociale et engagement explicite »

Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :

Comment une œuvre chorégraphique peut-elle dénoncer la guerre, la violence sociale ou l’oppression ?

Comment la satire, l’ironie ou l’accumulation peuvent-elles devenir des outils politiques ?

Comment la danse peut-elle rendre visibles des blessures collectives : racisme, apartheid, ségrégation, domination économique ?

Comment une danse peut-elle réparer, rassembler ou transformer une communauté ?

Quelles limites peut rencontrer une danse explicitement politique : didactisme, lourdeur, risque d’illustration, disparition du mouvement ?

Vous devrez obligatoirement mobiliser les œuvres suivantes :

2. Travail collectif en classe — World Café

Chaque table analyse une œuvre ou une référence à partir :

d’un extrait vidéo ;

d’une image ou d’un document iconographique ;

du dossier documentaire fourni ;

des axes d’analyse proposés.

Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation critique de la partie III.

Table 1

La Table verte — Kurt Jooss — 1932


Axe d’analyse

Dénoncer la guerre par la satire des puissants.

Questions de travail

Comment la table devient-elle le symbole du pouvoir politique et diplomatique ?

Comment les personnages autour de la table sont-ils rendus ridicules, mécaniques ou inquiétants ?

Comment la figure de la Mort organise-t-elle la pièce ?

Comment la danse permet-elle de montrer les conséquences humaines des décisions politiques ?

En quoi l’œuvre est-elle une critique explicite de la guerre ?


Idée à retenir

Dans La Table verte, Kurt Jooss dénonce la guerre en montrant le contraste entre les discours des puissants et les corps sacrifiés. La danse devient un théâtre politique : elle montre comment les décisions prises autour d’une table produisent la mort.

Table 2

And so you see… — Robyn Orlin — 2016


Axe d’analyse

Satire, ironie et corps post-apartheid.

Questions de travail

Comment Robyn Orlin utilise-t-elle l’humour, l’excès et la théâtralité pour parler du politique ?

Comment le corps du performeur devient-il un corps critique ?

Comment l’œuvre interroge-t-elle l’Afrique du Sud post-apartheid ?

Pourquoi la danse de Robyn Orlin ne sépare-t-elle jamais esthétique et engagement ?

Comment le rire peut-il devenir un outil de dénonciation ?


Idée à retenir

Chez Robyn Orlin, la danse est politique parce qu’elle révèle les blessures sociales, raciales et culturelles de l’Afrique du Sud. L’humour, la satire et l’excès ne diminuent pas l’engagement : ils le rendent plus incisif.

Table 3

Deux mille vingt trois — Maguy Marin — 2023


Axe d’analyse

Dénoncer le présent : capitalisme, médias et violence sociale.

Questions de travail

Que critique Maguy Marin dans cette œuvre ?

Pourquoi le mur, les noms, les textes et les objets deviennent-ils des signes politiques ?

Comment l’accumulation d’informations transforme-t-elle la perception du spectateur ?

Pourquoi certains critiques parlent-ils d’une disparition de la danse ?

Cette disparition peut-elle elle-même devenir un choix politique ?


Idée à retenir

Dans Deux mille vingt trois, Maguy Marin met en crise notre époque : flux d’images, capitalisme, médias, violence sociale. La danse se déplace vers un théâtre de corps, de mots et d’objets. Ce choix radical pose une question : quand le politique devient urgent, la danse peut-elle encore rester danse ?

Table 4

Ceremony of Us — Anna Halprin — 1969


Axe d’analyse

Faire danser ensemble des corps séparés par le racisme.

Questions de travail

Dans quel contexte racial et social l’œuvre est-elle créée ?

Pourquoi la rencontre entre danseurs noirs et blancs est-elle politique ?

Comment le processus de création devient-il aussi important que la représentation ?

L’œuvre répare-t-elle réellement les tensions ou les révèle-t-elle aussi dans leurs ambiguïtés ?

Comment la danse devient-elle un espace d’expérience collective ?


Idée à retenir

Dans Ceremony of Us, Anna Halprin utilise la danse comme outil de rencontre. L’œuvre cherche à créer un espace interracial, mais elle révèle aussi les difficultés et les ambiguïtés d’un tel projet. La danse devient politique parce qu’elle tente de transformer les relations entre les corps.

Table 5

Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod — 1965 / 2008


Axe d’analyse

Reprendre une œuvre comme acte politique et mémoriel.

Questions de travail

Pourquoi reprendre une œuvre ancienne peut-il être un acte politique ?

Que signifie réactiver une pièce liée à la nudité, à l’improvisation et aux actions quotidiennes ?

Comment Anne Collod transforme-t-elle la reprise en dialogue avec l’histoire ?

Pourquoi la mémoire des œuvres peut-elle être un enjeu politique ?

Comment la relecture permet-elle de faire circuler une radicalité passée dans le présent ?


Idée à retenir

Dans Parades & Changes, replays, Anne Collod ne reproduit pas seulement une œuvre d’Anna Halprin : elle réactive une mémoire chorégraphique. La reprise devient politique parce qu’elle fait revenir dans le présent une œuvre radicale, longtemps problématique pour ses choix de nudité, d’improvisation et de liberté corporelle.

Table 6

Planetary Dance — Anna Halprin — 1981


Axe d’analyse

Danser pour transformer : rituel collectif, paix et communauté.

Questions de travail

Pourquoi Planetary Dance n’est-elle pas seulement un spectacle ?

Comment la danse devient-elle un rituel collectif ?

Quelle différence peut-on faire entre représenter un problème et agir symboliquement sur lui ?

Comment la participation transforme-t-elle le rôle du danseur et du spectateur ?

Peut-on dire que la danse devient ici une action politique ?


Idée à retenir

Dans Planetary Dance, Anna Halprin propose une danse participative, rituelle et collective. La danse ne vise pas seulement à être regardée : elle cherche à rassembler, transformer, réparer et créer une expérience commune.

La Table verte — Kurt Jooss — 1932
Dénoncer la guerre en rendant visibles les responsabilités politiques

La Table verte, ou The Green Table, est une œuvre de Kurt Jooss, créée en 1932 pour le Concours international de chorégraphie à Paris, où elle remporte le premier prix. Elle est considérée comme une œuvre majeure de la danse politique du XXe siècle, notamment parce qu’elle met en scène les mécanismes qui conduisent à la guerre.

L’œuvre ne dénonce pas seulement la guerre comme catastrophe générale. Elle montre que la guerre est produite par des décisions humaines, prises par des figures de pouvoir. La danse devient alors un outil d’accusation : elle rend visibles les responsables et les victimes.

I. La table comme dispositif d’accusation des puissants


La table est l’élément central de l’œuvre. Elle représente le lieu des négociations diplomatiques, des décisions politiques et des rapports de force. Autour d’elle, les personnages semblent discuter, mais leurs gestes stylisés et répétitifs donnent une impression de jeu absurde et mécanique.

Ce dispositif permet de comprendre que la guerre n’apparaît pas spontanément. Elle est préparée par des décisions prises à distance des corps qui vont souffrir. La table devient donc un symbole politique : elle montre la séparation entre ceux qui décident et ceux qui subissent.

L’argument à retenir est que Jooss transforme un objet scénique simple en outil critique. La table ne sert pas seulement de décor ; elle accuse les mécanismes diplomatiques qui rendent la guerre possible.

II. Des corps caricaturaux aux corps sacrifiés : montrer les conséquences physiques du pouvoir


Les personnages politiques sont représentés comme des figures grotesques, masquées, raides et presque automatiques. Leur corps ne semble pas traversé par l’émotion ou la responsabilité. À l’inverse, les autres scènes font apparaître les corps touchés par la guerre : soldats, civils, femmes, jeunes gens, victimes.

La figure de la Mort traverse l’œuvre comme une force implacable. Elle relie les décisions des puissants à leurs conséquences concrètes. La danse permet ainsi de passer de l’abstraction politique à la réalité physique : ce qui se décide autour d’une table finit dans les corps.

L’argument essentiel est que la danse rend visible ce que le discours politique cache souvent. Elle montre les effets corporels de la guerre : peur, chute, disparition, épuisement, mort.

III. Une satire anti-guerre qui transforme le spectateur en témoin critique


Pour le spectateur, l’œuvre produit une lecture très claire : la guerre est liée à des jeux de pouvoir absurdes et destructeurs. La satire rend les puissants ridicules, mais aussi inquiétants. Leur ridicule n’est pas léger : il conduit à la catastrophe.

L’œuvre porte donc un discours politique explicite. Elle dénonce les élites politiques et les logiques diplomatiques qui produisent la guerre. Elle ne se contente pas de représenter la souffrance ; elle interroge les responsabilités.

La danse devient ici un théâtre politique. Elle oblige le spectateur à comprendre que les corps détruits par la guerre sont les conséquences d’un système de pouvoir.

Dans La Table verte, Kurt Jooss montre que la danse peut porter un discours politique explicite en dénonçant les mécanismes de la guerre. La table accuse les puissants, les corps sacrifiés montrent les conséquences de leurs décisions, et la figure de la Mort donne à l’œuvre une portée universelle. La danse devient un outil de critique sociale et politique.

And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… — Robyn Orlin — 2016
Faire du corps post-apartheid un corps critique, excessif et impossible à neutraliser

And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… est une œuvre de Robyn Orlin, créée en 2016, avec le performeur sud-africain Albert Ibokwe Khoza. Numeridanse confirme l’année de création 2016. Le Festival d’Automne présente l’œuvre comme un solo traversé par les tensions d’une société marquée par le racisme, l’homophobie, le chômage et les paradoxes de l’Afrique du Sud contemporaine.

Robyn Orlin part d’une idée forte : la danse est politique. La Biennale de Lyon rappelle que son travail observe l’histoire, les divisions et les blessures sociales et culturelles de l’Afrique du Sud. 

I. Une scène saturée pour rendre visibles les contradictions sociales


Le dispositif de Robyn Orlin ne cherche pas la sobriété. La scène est traversée par des images, des costumes, de la parole, des adresses directes, des excès visuels et une forte théâtralité. Cette saturation est importante : elle donne forme à une société elle-même traversée par trop de contradictions.

L’œuvre ne présente pas un corps abstrait ou universel. Elle expose un corps situé, pris dans l’histoire de l’Afrique du Sud post-apartheid. Le plateau devient un espace où se croisent race, genre, spiritualité, tradition, modernité, violence sociale et liberté.

L’argument à retenir est que Robyn Orlin utilise l’excès comme outil politique. Elle refuse une scène lisse ou neutre, parce que le réel qu’elle interroge est lui-même conflictuel, blessé et instable.

II. Un corps transformé, parlant et dansant pour refuser les catégories imposées


Le corps d’Albert Ibokwe Khoza est central. Il ne se contente pas de danser : il parle, chante, regarde, provoque, se transforme, se costume et occupe la scène avec une présence très forte. Le corps devient un lieu de collision entre plusieurs identités.

Ce corps est politique parce qu’il résiste aux classifications simples. Il peut être à la fois traditionnel et contemporain, masculin et traversé par d’autres formes d’expression, sérieux et burlesque, spirituel et satirique. La Biennale de Venise formule précisément ces tensions à travers des questions identitaires : peut-on être à la fois homosexuel et traditionnel, citoyen du monde et authentiquement sud-africain ?

L’argument essentiel est que le corps devient politique lorsqu’il refuse d’être réduit à une seule identité. La danse permet ici de rendre visible une subjectivité complexe, instable et puissante.

III. L’humour, l’ironie et l’inconfort comme armes critiques

Robyn Orlin utilise l’humour et l’ironie non pas pour alléger le politique, mais pour le rendre plus incisif. Le spectateur peut rire, être dérangé, être surpris ou se sentir mal à l’aise. Ce trouble fait partie du discours politique de l’œuvre.

L’Onassis Foundation présente le travail de Robyn Orlin comme toujours politique, mais jamais sans humour, ironie, inventivité et puissance transformative. Cette articulation est essentielle : le rire n’annule pas la critique, il la déplace.

L’argument à retenir est que la danse politique n’a pas besoin d’être grave ou démonstrative. Elle peut être satirique, excessive et inconfortable. Chez Orlin, le corps fait apparaître les blessures sociales en empêchant le spectateur de rester dans une réception confortable.

Dans And so you see…, Robyn Orlin fait du corps un outil de critique sociale. Le corps d’Albert Ibokwe Khoza porte les tensions de l’Afrique du Sud post-apartheid : racisme, genre, tradition, spiritualité, liberté, marginalité. La danse devient politique par l’excès, l’humour, l’ironie et l’impossibilité de neutraliser ce corps.

Deux mille vingt trois — Maguy Marin — 2023
Faire de la scène un état d’urgence politique : quand le discours déborde la danse

Deux mille vingt trois est une œuvre de Maguy Marin, créée en 2023. Numeridanse confirme l’année de création et de réalisation 2023. La pièce interroge l’implication politique de l’art contemporain et prend la forme d’un état des lieux critique du présent.

Cette œuvre est importante parce qu’elle pose une limite essentielle : lorsque le politique devient très urgent, la danse peut-elle encore rester danse ? Plusieurs critiques ont souligné que, dans cette pièce, le corps, les mots, les images et les objets prennent une place telle que la danse semble parfois disparaître.

I. Un mur de noms, de mots et de signes pour accuser les pouvoirs contemporains


Le dispositif scénique de Deux mille vingt trois repose sur une frontalité critique. La scène devient un espace d’accumulation : noms, textes, objets, images, signes politiques et économiques. Sceneweb évoque notamment un mur portant des noms comme Arnault, Musk ou Trump, avant son effondrement.

Ce dispositif ne cherche pas à créer une fiction. Il expose directement les signes du monde contemporain : pouvoir économique, domination médiatique, violence sociale, libéralisme destructeur. Le plateau devient un mur d’accusation.

L’argument à retenir est que Maguy Marin transforme la scène en surface politique. Les mots et les noms ne sont pas décoratifs : ils désignent les structures de pouvoir qui organisent le présent.

II. Un corps débordé par les textes et les objets : faire sentir la saturation du présent


Dans cette œuvre, le mouvement dansé n’est pas toujours au premier plan. La danse semble parfois absorbée par les textes, les images, les objets et la parole. Ce choix peut être critiqué comme une disparition de la danse, mais il peut aussi être lu comme un geste politique.

Sceneweb écrit que la danse disparaît, comme si elle n’avait plus rien à apporter dans le contexte politique actuel. Cette critique est précieuse pour l’analyse, car elle permet d’interroger la limite d’une danse explicitement politique.

L’argument essentiel est que cette disparition relative peut devenir signifiante. Le corps est débordé comme nous le sommes par les flux d’informations, les discours médiatiques, les injonctions économiques et les violences sociales. Le corps n’est pas absent : il est empêché, saturé, envahi.

III. Une œuvre politique puissante mais risquée : entre cri critique et excès discursif


Pour le spectateur, Deux mille vingt trois produit une confrontation directe. L’œuvre ne cherche pas la séduction. Elle martèle, accuse, accumule et met en crise. La Terrasse présente la pièce comme une interrogation sur l’impact de la profusion d’informations et du capitalisme sur les corps et les esprits.

Cette puissance politique est aussi une limite possible. Lorsque le discours devient très explicite, la danse peut être menacée par le didactisme ou par l’accumulation verbale. Mais cette tension est précisément intéressante : elle montre que la danse politique peut aller jusqu’à questionner sa propre forme.

L’argument à retenir est que Maguy Marin fait de cette crise une matière scénique. L’œuvre ne donne pas seulement un message politique : elle fait sentir la difficulté même de créer, de danser et de penser dans un présent saturé.

Dans Deux mille vingt trois, Maguy Marin porte un discours politique frontal sur le capitalisme, les médias et les violences sociales contemporaines. Le mur, les noms, les textes et l’accumulation transforment la scène en espace d’accusation. L’œuvre montre à la fois la puissance et la limite d’une danse explicitement politique : le discours devient si urgent qu’il menace de déborder le mouvement.

Ceremony of Us — Anna Halprin — 1969
Faire danser ensemble des corps séparés par le racisme : la danse comme laboratoire social

Ceremony of Us est une œuvre d’Anna Halprin, créée le 27 février 1969 au Mark Taper Forum de Los Angeles. Elle est chorégraphiée et interprétée par Anna Halprin, le San Francisco Dancers’ Workshop et le Studio Watts School for the Arts. L’œuvre est issue d’un projet interracial réunissant des danseurs blancs de San Francisco et des danseurs noirs de Watts, dans un contexte américain marqué par les tensions raciales.

Cette œuvre permet de comprendre que la danse politique n’est pas seulement une œuvre à regarder. Elle peut aussi être un processus de rencontre, d’expérimentation et de transformation sociale.

I. Le processus de création comme acte politique avant même la représentation


Dans Ceremony of Us, le politique ne se situe pas seulement dans le résultat scénique. Il se trouve d’abord dans le processus : faire travailler ensemble deux groupes séparés par la ségrégation, les inégalités et les représentations raciales.

La danse devient un dispositif de rencontre. Les répétitions, les ateliers, les exercices et les temps de recherche sont aussi importants que la représentation finale. Ce qui est politique, c’est de créer les conditions d’un contact entre des corps socialement séparés.

L’argument à retenir est que l’engagement peut se situer dans la méthode de création. Danser ensemble devient un acte politique lorsque les corps portent des histoires collectives séparées.

II. Des corps sociaux plutôt que des corps neutres : éprouver les tensions raciales par le mouvement


Les corps de Ceremony of Us ne sont pas seulement des corps techniques. Ce sont des corps socialement situés : corps noirs, corps blancs, corps issus de quartiers et d’expériences différentes. La danse ne gomme pas ces différences ; elle les met en jeu.

Le mouvement devient un moyen d’éprouver la relation. Danser ensemble signifie écouter, répondre, toucher, partager l’espace, mais aussi rencontrer des résistances, des incompréhensions et des stéréotypes.

L’argument essentiel est que la danse politique ne résout pas magiquement les tensions sociales. Elle les rend sensibles. Elle permet de les traverser physiquement, dans l’espace du groupe.

III. Réparer ou révéler ? Les ambiguïtés d’une cérémonie du “nous”


Ceremony of Us cherche à construire un commun, mais l’œuvre ne doit pas être idéalisée. Les archives d’Anna Halprin indiquent que le projet fut à la fois audacieux et timide : il défiait certains stéréotypes raciaux tout en pouvant en renforcer d’autres de manière involontaire.

Cette ambiguïté est très importante pour le cours. Elle montre que la danse engagée n’est pas automatiquement juste ou réparatrice. Une œuvre peut vouloir transformer les relations sociales tout en restant prise dans les représentations de son époque.

L’argument à retenir est que la danse peut devenir un laboratoire social : elle tente de réparer, mais elle révèle aussi la difficulté de produire un véritable “nous”.

Dans Ceremony of Us, Anna Halprin fait de la danse un outil de rencontre face aux tensions raciales. L’œuvre porte un discours politique par son processus autant que par sa représentation. Elle montre que danser ensemble peut créer une expérience commune, mais aussi révéler les ambiguïtés et les limites de toute tentative de réparation sociale.

Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod — œuvre originale 1965 ; relecture 2008
Réactiver une œuvre radicale : la reprise comme acte politique et mémoriel

Parades & Changes est une œuvre d’Anna Halprin créée en 1965. Parades & Changes, replays est une relecture conçue par Anne Collod en dialogue avec Anna Halprin, présentée en 2008. Numeridanse associe l’œuvre à Anna Halprin et Anne Collod, avec une création originale en 1965 et une production en 2008.

Le Centre Pompidou rappelle que l’œuvre originale a longtemps été interdite aux États-Unis en raison de la nudité. Cette donnée est essentielle : reprendre cette œuvre, ce n’est pas seulement transmettre un patrimoine chorégraphique, c’est réactiver une radicalité corporelle et politique. 

I. Reprendre une œuvre interdite pour réactiver sa puissance critique


La reprise n’est pas ici une simple reproduction. Anne Collod ne cherche pas seulement à conserver une œuvre du passé. Elle remet en circulation une pièce qui avait bousculé les normes du corps, du regard et de la scène.

La dimension politique vient du geste de réactivation. Faire revenir une œuvre liée à la nudité, à l’improvisation et aux actions quotidiennes, c’est refuser que sa radicalité soit neutralisée par l’oubli ou par la muséification.

L’argument à retenir est que la mémoire peut être politique. Reprendre une œuvre, ce n’est pas seulement regarder en arrière ; c’est redonner au présent une force critique venue du passé.

II. Des actions quotidiennes et des corps exposés pour contester les conventions de la danse


Le Centre Pompidou décrit Parades & Changes comme une œuvre composée de “parades” mettant en jeu des actions quotidiennes altérées, des corps sonores, des parcours d’objets, des temporalités affaiblies et des sensorialités multiples.

Le corps n’est pas présenté comme un corps virtuose ou idéalisé. Il peut s’habiller, se déshabiller, manipuler, produire du son, traverser une durée inhabituelle. La danse se rapproche de l’action, de la performance et de l’expérience.

L’argument essentiel est que le corps devient politique lorsqu’il sort des conventions attendues. La nudité, le geste quotidien et l’improvisation structurée remettent en question la séparation entre art et vie, entre danse et action, entre scène et expérience.

III. Transmettre sans figer : faire de l’archive une pratique vivante


La relecture par Anne Collod pose une question importante : comment transmettre une œuvre radicale sans la figer ? Si l’on reproduit simplement des gestes, on risque de transformer une œuvre vivante en objet patrimonial. Si l’on réactive ses principes, on peut au contraire prolonger son pouvoir critique.

Le CN D rappelle que le travail d’Anne Collod autour de Parades & Changes s’inscrit dans un long dialogue avec Halprin et Morton Subotnick. Cette notion de dialogue est essentielle : la reprise n’est pas une copie, mais une réactivation.

L’argument à retenir est que la danse peut porter un discours politique par sa transmission. Réactiver une œuvre, c’est rendre à nouveau disponibles des gestes, des libertés corporelles et des questions qui restent actives dans le présent.

Dans Parades & Changes, replays, Anne Collod fait de la reprise un acte politique. En réactivant l’œuvre d’Anna Halprin, elle transmet une radicalité liée à la nudité, à l’improvisation, aux actions quotidiennes et à la liberté corporelle. La danse porte ici un discours politique par la mémoire, la transmission et la réactivation d’une œuvre longtemps dérangeante.

Planetary Dance — Anna Halprin — partition 1981
Danser pour agir symboliquement : rituel collectif, paix et communauté

Planetary Dance est une danse rituelle collective associée à Anna Halprin. Les archives numériques d’Anna Halprin conservent une partition de Planetary Dance datée de 1981, créée par Anna Halprin avec James Hurd Nixon et Russell Bass.

Cette œuvre permet de penser une autre forme de danse politique : non plus dénoncer, mais agir symboliquement. Planetary Dance n’est pas seulement un spectacle ; c’est une pratique participative qui cherche à rassembler une communauté autour d’une intention de paix, de réparation et de relation à la Terre. 

I. Sortir du spectacle pour faire de la danse un rituel collectif


Planetary Dance ne repose pas sur la séparation habituelle entre interprètes et spectateurs. Le dispositif invite à participer. Le cercle, la course, la marche, le rythme et l’intention collective construisent l’œuvre.

Ce choix transforme la fonction de la danse. Elle n’est plus seulement destinée à être regardée. Elle devient une action partagée, un rituel collectif, une manière de produire du lien.

L’argument à retenir est que la danse devient politique lorsqu’elle sort de la représentation pour devenir expérience commune. Le politique se situe dans la participation et dans la création d’un collectif.

II. Des mouvements simples pour rendre l’action accessible à tous


Le mouvement de Planetary Dance repose sur des actions accessibles : courir, marcher, suivre un rythme, entrer dans un cercle, partager une énergie. Le Museum Folkwang rappelle que le cœur du rituel est l’Earth Run, une danse simple que tout le monde peut rejoindre.

Cette simplicité est essentielle. Elle permet d’ouvrir la danse à des corps non professionnels, à des âges et à des capacités diverses. Le corps n’est pas valorisé pour sa virtuosité, mais pour sa capacité à prendre part.

L’argument essentiel est que la danse politique peut refuser la sélection des corps. Elle devient démocratique lorsqu’elle permet à chacun d’entrer dans l’action.

III. Une action symbolique : réparer, rassembler, transformer


L’origine de Planetary Dance est liée à une situation de violence et de peur autour du mont Tamalpais, après une série de meurtres entre 1979 et 1981. Le projet naît comme tentative de transformer la douleur collective en rituel dansé.

L’œuvre ne prétend pas résoudre directement les problèmes politiques. Sa puissance est symbolique et communautaire. Elle crée un espace où les participants peuvent mettre leur corps au service d’une intention commune : paix, guérison, réappropriation d’un lieu, relation à la Terre.

L’argument à retenir est que la danse peut agir politiquement en produisant du commun. Elle ne dénonce pas seulement le monde ; elle propose une expérience de transformation collective.

Dans Planetary Dance, Anna Halprin fait de la danse un rituel participatif. Les mouvements simples, le cercle, la marche ou la course permettent à une communauté de se rassembler autour d’une intention de paix et de réparation. La danse porte ici un discours politique parce qu’elle cherche à agir symboliquement sur le monde en créant du lien entre les corps.

Une question, une réponse :

La danse peut-elle agir sur le monde ?

Dans cette Antisèche, Lelabodart explore la danse comme critique sociale et engagement explicite. La danse peut dénoncer la guerre, critiquer les violences sociales, interroger le racisme, réactiver une mémoire ou créer une expérience collective.

À travers les œuvres suivantes :
• La Table verte — Kurt Jooss — 1932
• And so you see… — Robyn Orlin — 2016
• Deux mille vingt trois — Maguy Marin — 2023
• Ceremony of Us — Anna Halprin — 1969
• Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod — 1965 / 2008
• Planetary Dance — Anna Halprin — partition 1981

Cet épisode montre que la danse politique ne se limite pas à dénoncer. Elle peut aussi créer des expériences, déplacer les regards, réunir des corps, transmettre des mémoires et tenter de transformer symboliquement le monde.

🔗 Ressources : www.lelabodart.com

La Table verte And so you see… Deux mille vingt trois Ceremony of Us Parades & Changes, replays Planetary Dance
Chorégraphe / date ou contexte
Problème politique traité
Dispositif scénique
Corps et mouvement
Rapport au public
Type d’engagement
Limite ou tension
Argument central pour la partie III
Activité 5 - Dissertation
 «Répondre au sujet»

Sujet : La danse hip-hop enrichit-elle la création chorégraphique ?


A rendre (Individuel - fin de séquence): Dissertation

Introduction Mon contenu
Accroche
Définition mot clef 1 + Question
Définition mot clef 2 + Question
Définition mot clef 3 + Question
Questionnement
Problématique
Plan
Partie 1 Ce que je vais démontrer dans cette partie :
Argument 1 (oeuvre au programme)
Argument 2 (oeuvre hors programme)
Argument pratique
Conclusion de partie
Transition
Partie 2 Ce que je vais démontrer dans cette partie :
Argument 1 (oeuvre au programme)
Argument 2 (oeuvre hors programme)
Argument pratique
Conclusion de partie
Transition
Partie 3 Ce que je vais démontrer dans cette partie :
Argument 1 (oeuvre au programme)
Argument 2 (oeuvre hors programme)
Argument pratique
Conclusion de partie
Transition
Conclusion Mon contenu
Retour sur la problématique
Synthése
Ouverture
Activité 6 - Evaluation formative
Co évaluation

Sujet : La danse hip-hop enrichit-elle la création chorégraphique ?


A partir de la grille d’évaluation des épreuves écrites du baccalauréat, corriger, noter et commenter les copies de vos camarades.