Enseignement - Classe Terminale

La place du spectateur en danse


Sujet : Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont instauré différentes relations avec le spectateur

Sommaire

DOSSIER 1 — Analyse du sujet


ACTIVITÉ 1 — Comprendre le sujet

Analyse des trois documents du sujet initial :

Document 1 : Gala d’ouverture du Ballet de l’Opéra national de Paris — Opéra Garnier — 2016

Document 2 : Planetary Dance — Anna Halprin — Paris — 2012

Document 3 : Citation de Maguy Marin sur Umwelt — 2018


ACTIVITÉ 2 — Construire la partie I : le spectateur observateur, une relation frontale et codifiée

Dossier : Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov

Dossier : Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot

Dossier : Le Parc — Angelin Preljocaj


ACTIVITÉ 3 — Construire la partie II : le spectateur déplacé, actif ou participant

Dossier : Events — Merce Cunningham

Dossier : Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown

Dossier : Planetary Dance / Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod


ACTIVITÉ 4 — Construire la partie III : le spectateur confronté, dérangé ou responsabilisé

Dossier : Le Sacre du printemps — Vaslav Nijinski / Igor Stravinsky

Dossier : Umwelt — Maguy Marin

Dossier : 3S — Sidi Larbi Cherkaoui


ACTIVITÉ 5 — Dissertation


ACTIVITÉ 6 — Coévaluation

Jacques Rancière écrit dans Le Spectateur émancipé :

« Le spectateur aussi agit, comme l’élève ou le savant. »

Cette citation permet d’entrer directement dans le sujet. Elle remet en question l’idée selon laquelle le spectateur serait seulement passif. Même lorsqu’il est assis face à la scène, il observe, compare, interprète et construit du sens. Le cours va donc montrer que les chorégraphes instaurent des relations très différentes avec le spectateur : ils peuvent le placer à distance, l’inviter à participer, ou le confronter à une œuvre qui dérange ses attentes.

Dossier - Analyse du sujet
Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont instauré différentes relations avec le spectateur.
Vous commenterez cette affirmation en vous appuyant sur les trois documents présentés, ainsi que sur vos connaissances et vos expériences.

Ce sujet est un sujet d’analyse de documents. Il demande donc de partir des trois documents proposés : le Gala d’ouverture du Ballet de l’Opéra national de Paris à l’Opéra Garnier en 2016, Planetary Dance d’Anna Halprin à Paris en 2012, et une citation de Maguy Marin au sujet de la réception d’Umwelt.

Les thèmes du sujet :


Le sujet interroge la place donnée au spectateur dans l’art chorégraphique depuis le début du XXème siècle.

Il ne s’agit pas seulement de demander si le public aime ou n’aime pas un spectacle. Il faut comprendre comment les chorégraphes organisent la relation entre l’œuvre et celui qui la regarde. Le spectateur peut être placé face à la scène, séparé des danseurs par le quatrième mur. Il peut aussi être déplacé hors du théâtre, dans un espace partagé, ou devenir participant. Il peut enfin être volontairement dérangé, frustré, provoqué ou responsabilisé.

Le corrigé du baccalauréat insiste sur trois notions importantes. « Depuis le début du XXème siècle » renvoie aux transformations modernes de la danse. « Instaurer » signifie établir, créer ou instituer. « Relations avec le spectateur » désigne l’ensemble des liens entre l’œuvre et la personne qui la rencontre : sa place, son rôle, son mode de réception, son degré d’activité ou de confrontation.


Définition des mots clefs du sujet  :


Depuis le début du XXème siècle

Cette expression situe le sujet dans l’histoire de la modernité chorégraphique. Depuis le XXème siècle, la danse ne se limite plus au modèle classique du spectacle frontal. Les chorégraphes expérimentent de nouvelles formes : danse hors scène, performance, participation, dispositifs ouverts, œuvres critiques, confrontation avec le public.

Cette période permet donc de comparer un modèle hérité du ballet classique avec des formes modernes et contemporaines qui déplacent la place du spectateur.

Les chorégraphes

Les chorégraphes sont les artistes qui composent une œuvre en organisant des corps, des mouvements, des espaces, des temporalités, des dispositifs et des relations avec le public.

Dans ce sujet, le chorégraphe ne crée pas seulement des pas. Il crée aussi une situation de réception. Il décide où se place le spectateur, ce qu’il voit, comment il regarde, s’il peut participer, s’il est guidé, surpris, confronté ou mis en responsabilité.

Instaurer

Instaurer signifie établir ou créer une relation. Ce verbe est important car il indique que la place du spectateur n’est pas neutre. Elle est construite par l’œuvre.

Un chorégraphe peut instaurer une relation de distance, d’admiration, d’immersion, de participation, de trouble ou de conflit. Le spectateur n’est donc pas seulement celui qui reçoit l’œuvre ; il est une composante du dispositif chorégraphique.

Différentes relations

Les relations entre danse et spectateur peuvent prendre plusieurs formes.

La relation peut être frontale, lorsque le spectateur est assis face à la scène. Elle peut être immersive ou déplacée, lorsque le spectateur partage l’espace, choisit son point de vue ou se trouve dans un lieu non théâtral. Elle peut être participative, lorsque le spectateur devient acteur de l’événement. Elle peut enfin être conflictuelle, lorsque l’œuvre provoque une réaction violente ou un rejet.

Spectateur

Le spectateur est la personne qui rencontre l’œuvre. Mais il ne doit pas être pensé uniquement comme un regard passif. Il peut admirer, comprendre, interpréter, être ému, être dérangé, refuser, réagir, participer ou construire son propre parcours de sens.

Dans le sujet, le spectateur devient un enjeu central de l’écriture chorégraphique. La danse ne se définit plus seulement par ce qui est dansé, mais aussi par la manière dont elle organise le regard.

Synthèse de l’analyse du sujet

Le sujet « Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont instauré différentes relations avec le spectateur » invite à penser le spectateur comme un élément central de l’écriture chorégraphique.

Dans une première partie, le spectateur est observateur. La relation est frontale, codifiée et fondée sur la distance entre la salle et la scène. Dans une deuxième partie, le spectateur est déplacé : il peut choisir son point de vue, partager l’espace ou participer. Dans une troisième partie, le spectateur est confronté : l’œuvre peut déranger ses attentes, provoquer un conflit ou l’amener à réfléchir à sa place dans le monde.



Idée essentielle :
Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ne modifient pas seulement les corps et les mouvements. Ils transforment aussi la place du spectateur : celui-ci peut être observateur, acteur, témoin critique ou citoyen responsabilisé.

Questionnement


Quelle place le chorégraphe attribue-t-il au spectateur ?


Le spectateur est-il seulement un observateur ?


La frontalité rend-elle le spectateur passif ou lui donne-t-elle déjà un rôle d’interprète ?


Comment les chorégraphes peuvent-ils déplacer le spectateur hors de la salle traditionnelle ?


La participation du public est-elle toujours une forme d’émancipation ?


Une œuvre qui dérange ou provoque le spectateur peut-elle créer une relation plus forte qu’une œuvre qui cherche à plaire ?


Comment les attentes du public influencent-elles la réception d’une œuvre chorégraphique ?



Le chorégraphe doit-il répondre aux attentes du spectateur ou peut-il volontairement les mettre en crise ?

Problématique


Comment les chorégraphes, depuis le début du XXème siècle, ont-ils déplacé le spectateur d’une position d’observateur frontal vers des formes de participation, d’autonomie ou de confrontation critique ?



Cette problématique permet d’éviter une réponse trop simple. Le spectateur n’est pas seulement passif ou actif. Il peut être guidé, émerveillé, déplacé, invité, impliqué, dérangé ou responsabilisé.

Plan


I — Modèle / origine / fonction initiale - Le spectateur observateur : une relation frontale et codifiée

Dans un premier temps, il faut montrer que la relation au spectateur s’est construite à partir d’un modèle frontal. Le spectateur est placé face à la scène. Il regarde une œuvre séparée de lui par l’espace théâtral, la fosse, le cadre de scène, la lumière, la technique et les codes du ballet.

Le document 1 est essentiel pour cette partie. Il montre le modèle de l’Opéra Garnier : les danseurs sur scène, le public dans la salle, la distance symbolique entre le corps idéalisé du danseur et le corps commun du spectateur. Le corrigé indique que le spectateur est avant tout observateur, réceptif à la narration, au spectaculaire, au féérique et à l’intention de plaire.


II — Transformation / rupture / déplacement - Le spectateur déplacé : actif, autonome ou participant

Dans un second temps, il faut montrer que les chorégraphes du XXème siècle remettent en cause la séparation traditionnelle entre scène et salle. Le spectateur peut être déplacé dans l’espace, invité à choisir son point de vue, placé dans un lieu non théâtral ou transformé en participant.

Le document 2 est le point d’appui principal. Il montre une danse ouverte, participative, hors de l’espace théâtral. Le corrigé indique que l’espace du public et celui de la danse deviennent communs, que la séparation spectateur / danseur est déconstruite et que le spectateur peut devenir acteur.


Idée directrice : le spectateur n’est plus seulement placé face à l’œuvre. Il peut être déplacé, rendu autonome ou invité à participer à une expérience commune.



III — Dépassement / hybridation / complexification - Le spectateur confronté : dérangé, provoqué ou responsabilisé

Enfin, il faut montrer que la relation au spectateur peut devenir conflictuelle. Certains chorégraphes ne cherchent plus à satisfaire les attentes du public. Ils assument le risque de déranger, de provoquer un rejet ou de confronter le spectateur à sa responsabilité.

Le document 3 est central. La citation de Maguy Marin montre que la réception d’une œuvre peut devenir violente lorsque l’œuvre ne correspond pas à l’attente d’un « produit artistique ». Le corrigé indique que Maguy Marin ne cherche plus à plaire, mais à interpeller les spectateurs et à les amener à construire de nouveaux repères.


Idée directrice : le spectateur peut être mis en crise. La relation instaurée par le chorégraphe ne vise plus seulement l’admiration ou la participation, mais la réflexion, la confrontation et la responsabilité.

Activité 1 - Comprendre le sujet
Analyser des images

Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont instauré différentes relations avec le spectateur.

Vous commenterez cette affirmation en vous appuyant sur les trois documents présentés, ainsi que sur vos connaissances et vos expériences.



Consignes:

À partir des deux images et du texte, analysez les différentes relations que les chorégraphes peuvent instaurer avec le spectateur.

Il faut suivre trois étapes :

Décrire ce que l’on voit ou ce que le texte rapporte.

Analyser la place donnée au spectateur : est-il séparé de l’œuvre, intégré à l’action ou confronté à une proposition dérangeante ?

Interpréter ce que ces documents permettent de comprendre du sujet : depuis le début du XXème siècle, la relation au spectateur n’est plus unique, elle peut être frontale, participative ou conflictuelle.

Axes d’observation

1. La place du spectateur

Le spectateur est-il assis, debout, libre de se déplacer, intégré à la danse ou tenu à distance ?

Est-il dans une salle de spectacle, dans un espace ouvert ou face à une œuvre qui provoque une réaction ?

2. La séparation ou le partage de l’espace

Y a-t-il une séparation nette entre scène et salle ?

Le public et les danseurs partagent-ils le même espace ?

Le spectateur franchit-il une limite symbolique ou réelle ?

3. Le rôle du spectateur

Le spectateur est-il observateur, participant, acteur, témoin, consommateur, critique ou opposant ?

Peut-il choisir son point de vue ?

Peut-il agir dans l’œuvre ?

Peut-il refuser l’œuvre ?

4. La relation créée par le chorégraphe

Le chorégraphe cherche-t-il à plaire, émerveiller, faire participer, faire groupe, déranger ou responsabiliser ?

La relation instaurée est-elle confortable ou conflictuelle ?

5. Le type de réception

Le spectateur admire-t-il une forme idéale ?

Vit-il une expérience collective ?

Est-il mis en crise dans ses attentes ?

Questions de travail

1. Décrire les documents

Que voit-on dans le document 1 ?

Comment l’architecture de l’Opéra Garnier organise-t-elle la relation entre public et danseurs ?

Que voit-on dans le document 2 ?

Pourquoi peut-on dire que l’espace de danse et l’espace du public sont partagés ?

Que rapporte le document 3 ?

Quels mots montrent que la relation entre l’œuvre et le public devient conflictuelle ?


2. Identifier les types de spectateurs

Dans le document 1, le spectateur est-il plutôt observateur, admirateur ou participant ?

Dans le document 2, le spectateur peut-il devenir acteur de la danse ?

Dans le document 3, le spectateur est-il seulement récepteur ou devient-il opposant à l’œuvre ?



3. Comparer les relations instaurées

Quelle relation repose sur la frontalité ?

Quelle relation repose sur la participation ?

Quelle relation repose sur le conflit ou la provocation ?

Quelle différence peut-on faire entre un spectateur qui observe, un spectateur qui participe et un spectateur qui réagit violemment ?


4. Interpréter

Le document 1 montre-t-il une relation traditionnelle ou moderne au spectateur ?

Le document 2 remet-il en cause la séparation entre danseurs et spectateurs ?

Le document 3 montre-t-il que le chorégraphe doit forcément plaire au public ?

Que signifie l’expression « produit artistique » dans la citation de Maguy Marin ?



5. Problématiser

Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont-ils seulement modifié la danse, ou ont-ils aussi transformé la place du spectateur ?

Le spectateur est-il toujours libre face à une œuvre ?

Une œuvre qui dérange le public peut-elle être une œuvre qui instaure une relation plus forte avec lui ?

La participation rend-elle toujours le spectateur plus actif ?

Gala d’ouverture de la saison 2016/2017 du ballet de l’Opéra national de Paris,

Opéra Garnier, 24 septembre 2016

Cette image montre une relation traditionnelle entre scène et salle. Les spectateurs sont assis face aux danseurs, dans l’architecture de l’Opéra Garnier. La scène, la fosse d’orchestre, les gradins et les balcons organisent une séparation nette entre ceux qui dansent et ceux qui regardent. Le document montre aussi un salut chorégraphié, dans la continuité des codes classiques du ballet.

Planetary dance, Paris, 2012

La Planetary Dance est une danse-marche circulaire participative ouverte à toutes et tous et pour tous les âges, imaginée par la chorégraphe américaine Anna Halprin pour la paix et la planète.

Cette image montre une danse-marche circulaire participative, ouverte à toutes et tous, imaginée par Anna Halprin pour la paix et la planète. Le lieu est ouvert, naturel, non théâtral. Les danseurs et les participants partagent le même espace. La ronde transforme la place du spectateur : il peut regarder, mais il peut aussi participer.

« Quand j’ai présenté Umwelt, les réactions étaient très violentes. Les gens hurlaient, voulaient être remboursés, montaient sur scène, car le « produit artistique » ne leur convenait pas. »

Maguy Marin, 2018

Extrait d’un entretien avec Maguy Marin au sujet

de la pièce Umwelt qu’elle a créée en 2004

Cette citation montre une relation conflictuelle entre l’œuvre et le public. Le spectateur ne reçoit pas simplement une œuvre : il réagit, refuse, conteste, parfois violemment. La notion de « produit artistique » permet aussi d’interroger les attentes du public face au spectacle vivant.

Document 1 — Opéra Garnier Document 2 — Planetary Dance Document 3 — Umwelt Sous les fleurs de Thomas Lebrun (2017)
Nature du document
Ce que l’on voit / lit immédiatement
Place du spectateur
Relation scène / public
Rôle donné au spectateur
Rapport au corps dansant
Type de relation instaurée
Question posée par le document
Idée clé à retenir

Une question, une réponse :

Comment les chorégraphes transforment-ils la place du spectateur ?

Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart ouvre une série consacrée au rôle du spectateur en danse. Depuis le début du XXe siècle, les chorégraphes ne transforment pas seulement les mouvements : ils déplacent aussi la place du public.

À travers les références suivantes :
• Gala du Ballet de l’Opéra national de Paris — Opéra Garnier — 2016
• Planetary Dance — Anna Halprin — Paris, 2012
• Umwelt — Maguy Marin — 2004

Cet épisode montre que le spectateur peut être observateur, participant ou confronté. Il peut admirer une œuvre à distance, entrer dans une expérience collective ou être mis en crise dans ses attentes.

👉 Objectif :
Comprendre que la relation au spectateur fait partie de l’écriture chorégraphique.

Activité 2 - Construire mon corpus de connaissances de la partie 1
I — Le spectateur observateur : une relation frontale et codifiée

Objectif de l’activité

Construire l’argumentation de la partie I :

I — Le spectateur observateur : une relation frontale et codifiée

Dans cette partie, il s’agit de montrer que la relation au spectateur s’est d’abord construite dans un modèle frontal : le spectateur est placé face à la scène, séparé des danseurs, et invité à admirer une œuvre organisée pour être vue à distance.

Le spectateur n’est pas pour autant inutile ou absent : il est nécessaire au spectacle. Mais son rôle est principalement celui d’un observateur. Il reçoit une narration, une illusion, une émotion ou une image idéalisée du corps dansant.

1. À rendre — individuel, fin de séquence

À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :

« Le spectateur observateur : frontalité, distance et illusion »

Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :

Comment le ballet classique organise-t-il la séparation entre scène et salle ?

Comment le spectateur est-il placé dans une relation d’admiration ?

Comment le corps dansant devient-il un corps idéalisé, séparé du corps ordinaire du spectateur ?

Comment la narration, le décor, la musique, les costumes et la technique guident-ils la réception ?

Comment une œuvre contemporaine comme Le Parc peut-elle conserver une relation frontale tout en renouvelant le regard du spectateur ?


Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois œuvres étudiées :

Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov — version de référence, 1895
La version Petipa / Ivanov de 1895 au Théâtre Mariinsky constitue la version de référence du ballet classique, même si l’œuvre originale de Tchaïkovski date de 1877. Le Mariinsky rappelle le rôle de Petipa, Ivanov, Drigo et Legnani dans la construction du « mythe » du Lac des cygnes.

Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot — 1841
Giselle est créée en 1841 à l’Académie royale de Musique. L’Opéra de Paris la présente comme un ballet associé à Jules Perrot et Jean Coralli, devenu un modèle du ballet romantique.

Le Parc — Angelin Preljocaj — 1994
Le Parc est créé en avril 1994 à l’Opéra Garnier pour le Ballet de l’Opéra de Paris. Le Ballet Preljocaj présente l’œuvre comme une réflexion sur les passions, les codes amoureux et la « guerre des sexes ».


2. Travail collectif en classe — World Café

Chaque table analyse une œuvre à partir :

d’un extrait vidéo ;

d’une image ou d’un document iconographique ;

du dossier documentaire fourni ;

des axes d’analyse proposés.



Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie I.

Table 1

Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov — 1895


Axe d’analyse

Le spectateur face à l’illusion féérique : admirer un corps classique idéalisé.

Questions de travail

Comment la scène crée-t-elle un monde séparé du réel ?

Comment le décor, la musique et les costumes construisent-ils une illusion féérique ?

Comment les tutus blancs, les pointes et l’organisation du corps de ballet guident-ils le regard du spectateur ?

Pourquoi le spectateur est-il placé dans une position d’admiration ?

Comment la virtuosité technique produit-elle une distance entre le corps du danseur et le corps du spectateur ?

La relation au spectateur repose-t-elle davantage sur l’émotion, la narration ou l’émerveillement ?


Idée à retenir

Dans Le Lac des cygnes, le spectateur observe un monde féérique, organisé par la frontalité, la narration, la virtuosité et l’idéalisation du corps classique. Il est invité à admirer une danse hors norme, séparée de son propre corps par la technique et l’illusion scénique.

Table 2

Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot — 1841


Axe d’analyse

Le spectateur romantique : être guidé par le récit, l’émotion et le surnaturel.

Questions de travail

Comment le ballet romantique organise-t-il la réception du spectateur ?

Comment le passage du monde villageois au monde des Wilis transforme-t-il le regard ?

Comment les costumes, les pointes et le ballet blanc construisent-ils une image du corps féminin idéalisé ?

Comment le spectateur est-il amené à ressentir la compassion, la peur ou l’émotion ?

En quoi la narration rend-elle la relation au spectateur très guidée ?

Le spectateur est-il libre d’interpréter ou conduit par une dramaturgie très lisible ?


Idée à retenir

Dans Giselle, le spectateur est guidé par une narration romantique claire : amour, trahison, folie, mort, monde surnaturel. La relation est frontale et émotionnelle. Le spectateur observe, comprend, ressent et se laisse conduire par l’illusion romantique.

Table 3

Le Parc — Angelin Preljocaj — 1994


Axe d’analyse

Un spectateur contemporain encore frontal : observer les codes du désir et de la séduction.

Questions de travail

Comment Le Parc conserve-t-il une relation théâtrale frontale avec le spectateur ?

Comment la scène devient-elle un espace d’observation des comportements amoureux ?

Quels éléments montrent que le spectateur regarde une chorégraphie construite comme un jeu de codes sociaux ?

Comment Preljocaj mêle-t-il références classiques et écriture contemporaine ?

Le spectateur est-il seulement ému ou devient-il aussi analyste des stratégies de séduction ?

Comment l’œuvre renouvelle-t-elle la relation frontale sans supprimer la distance scène / salle ?


Idée à retenir

Dans Le Parc, le spectateur reste placé face à la scène, mais il observe une relation plus moderne : la danse met en jeu les codes du désir, de la distance, de la séduction et du couple. La frontalité demeure, mais le regard devient plus analytique.

Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov — version de référence, 1895
Le spectateur face à l’illusion féérique : admirer un corps classique idéalisé

Le Lac des cygnes est un ballet sur une musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski. La version devenue référence est celle de Marius Petipa et Lev Ivanov, présentée en 1895 au Théâtre Mariinsky. Le Mariinsky rappelle que Petipa, Ivanov, Drigo et Pierina Legnani ont contribué à construire le « mythe » du Lac des cygnes, tandis que la Petipa Society situe la première de cette recréation le 27 janvier 1895.

Cette œuvre permet d’étudier une relation traditionnelle au spectateur. Celui-ci est placé face à la scène, séparé du monde des danseurs. Il regarde un univers féérique qui lui est offert comme une illusion à admirer.

I. Une scène frontale qui construit un monde séparé du réel


Dans
Le Lac des cygnes, la scène est pensée comme un espace d’illusion. Le spectateur n’entre pas dans la danse : il la regarde depuis la salle. Le cadre théâtral organise une séparation nette entre le monde réel du public et le monde fictionnel du ballet.

Cette séparation est essentielle. Le lac, le palais, la nuit, les cygnes et le monde enchanté construisent une fiction chorégraphique. Le spectateur accepte de croire à cet univers parce que tout est organisé pour guider son regard : la musique, le décor, les costumes, la lumière, les placements du corps de ballet.

Le corps de ballet, notamment dans les actes blancs, renforce l’image d’un monde réglé, harmonieux et inaccessible. Les danseuses forment des lignes, des ensembles, des symétries. Le spectateur observe une organisation parfaite qui donne l’impression d’un ordre supérieur au réel.

II. Un corps classique idéalisé qui installe une distance avec le spectateur


Le corps donné à voir dans Le Lac des cygnes est un corps technique, allongé, maîtrisé, discipliné par les pointes, les ports de bras et la verticalité. Il ne ressemble pas au corps ordinaire du spectateur. Il est construit comme un corps idéal.

La virtuosité participe à cette distance. Les équilibres, les tours, les sauts, les ports de bras et le travail du corps de ballet produisent une admiration. Le spectateur regarde ce qu’il ne peut pas faire. La danse classique renforce donc une relation de séparation : d’un côté le corps exceptionnel du danseur, de l’autre le corps commun du spectateur.

Cette distance n’est pas seulement physique. Elle est aussi symbolique. Le danseur classique apparaît comme un être presque irréel, capable de légèreté, de précision et d’élévation. Le spectateur est placé dans une relation d’admiration devant une image idéalisée du corps.

III. Une réception guidée par la narration, la musique et l’émerveillement


Le spectateur du Lac des cygnes est guidé par une narration claire : amour impossible, enchantement, double figure d’Odette et d’Odile, opposition entre pureté et tromperie. Le récit organise la réception. Le spectateur comprend les enjeux et suit l’évolution dramatique.

La musique de Tchaïkovski soutient cette réception émotionnelle. Elle accompagne les atmosphères, les contrastes et les moments de tension. Elle aide le spectateur à ressentir la mélancolie, le danger, la séduction ou le tragique.

L’œuvre montre donc un modèle de relation au spectateur fondé sur l’illusion, l’émotion et l’admiration. Le spectateur est actif dans son interprétation, mais il reste placé à distance. Il reçoit une œuvre construite pour produire de l’émerveillement.

Dans Le Lac des cygnes, la relation au spectateur est frontale, codifiée et fondée sur l’admiration. Le spectateur observe un monde féérique séparé du réel, porté par un corps classique idéalisé et une narration lisible. Cette œuvre permet de comprendre le modèle initial du spectateur observateur : celui qui regarde, admire et se laisse conduire par l’illusion scénique.

Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot — 1841
Le spectateur romantique : être guidé par le récit, l’émotion et le surnaturel

Giselle est un ballet créé en 1841 à l’Académie royale de Musique, ancêtre de l’Opéra de Paris. L’œuvre est associée à Jean Coralli et Jules Perrot, sur une musique d’Adolphe Adam. L’Opéra de Paris présente Giselle comme un ballet romantique majeur, lié à une esthétique fantastique et diaphane.

Cette œuvre permet de comprendre une autre forme de relation frontale au spectateur. Le spectateur est placé face à une histoire fortement construite, qui guide son émotion : amour, trahison, folie, mort, apparition des Wilis, pardon.

I. Une dramaturgie romantique qui guide le regard du spectateur


Dans
Giselle, le spectateur est conduit par une narration très lisible. Le premier acte présente un monde villageois, humain, amoureux et social. Le second acte bascule dans un monde surnaturel, nocturne, peuplé de Wilis. Cette organisation en deux univers guide fortement la réception.

Le spectateur comprend le passage du réel au fantastique. Il ne choisit pas librement son parcours : la dramaturgie l’oriente. Il suit Giselle, son amour, sa trahison, sa folie, puis sa transformation après la mort.

La relation au spectateur est donc frontale mais aussi émotionnelle. Le spectateur est placé à distance de la scène, mais il est invité à entrer affectivement dans le drame. Il observe, tout en étant guidé vers la compassion.

II. Un corps romantique idéalisé qui produit l’émotion et le merveilleux


Le corps dans Giselle est marqué par l’esthétique romantique. Les pointes, les tutus longs, la blancheur, les déplacements légers et les ensembles de Wilis construisent une image de corps immatériels. Le corps féminin semble flotter, se dématérialiser, appartenir à un autre monde.

Cette esthétique crée une distance forte avec le spectateur. Le corps dansant n’est pas montré comme un corps ordinaire. Il devient fragile, spectral, poétique, presque irréel. Le spectateur est donc placé dans une relation d’admiration et de croyance.

Dans le second acte, le ballet blanc organise le regard autour d’une communauté de corps féminins surnaturels. La scène propose une image collective du fantastique. Le spectateur regarde un monde qu’il ne peut pas rejoindre, mais qu’il peut ressentir.


III. Une réception fondée sur l’identification, la compassion et l’illusion


Le spectateur de Giselle est invité à éprouver de la compassion. Le personnage principal est construit comme une figure de victime romantique : jeune fille trahie, morte d’amour, puis capable de pardon. Cette structure dramatique guide fortement l’émotion.

Le spectateur est donc moins autonome qu’émotionnellement conduit. Il observe une histoire qui cherche à produire de la pitié, de la tristesse, de la peur et de l’émerveillement. La relation est codifiée : le spectacle propose une trajectoire affective que le public suit.

Cette œuvre montre que la frontalité n’empêche pas l’intensité de la relation. Le spectateur reste à distance, mais cette distance permet l’illusion. Il peut croire au monde romantique parce qu’il le regarde comme une fiction organisée.

Dans Giselle, Jean Coralli et Jules Perrot instaurent une relation frontale, narrative et émotionnelle avec le spectateur. Le public observe un monde romantique séparé de lui, mais il est guidé par le récit, la musique, les costumes et l’esthétique du ballet blanc. Le spectateur est donc observateur, mais aussi récepteur d’une émotion construite par la dramaturgie.

Le Parc — Angelin Preljocaj — 1994
Un spectateur contemporain encore frontal : observer les codes du désir et de la séduction

Le Parc est une œuvre d’Angelin Preljocaj, créée en 1994 pour les danseuses et danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris. La première a lieu en avril 1994 à l’Opéra Garnier. Le Ballet Preljocaj indique que l’œuvre s’interroge sur le cheminement des passions et la guerre des sexes, en s’appuyant sur les codes amoureux des XVIIe et XVIIIe siècles.

Cette œuvre est intéressante pour la partie I car elle montre que la relation frontale au spectateur ne disparaît pas avec la danse contemporaine. Elle se transforme. Le spectateur reste assis face à la scène, mais il ne regarde plus seulement une féérie ou une narration romantique : il observe les stratégies du désir.

I. Une scène frontale qui transforme le spectateur en observateur des comportements amoureux


Dans Le Parc, la scène reste un espace théâtral. Le spectateur est placé face à la danse. Il ne participe pas à l’action et ne partage pas l’espace des interprètes. La relation scène / salle demeure donc frontale.

Mais cette frontalité change de fonction. Le spectateur n’est pas seulement invité à admirer des corps virtuoses. Il observe des comportements : attente, approche, recul, séduction, résistance, abandon. Le plateau devient un espace d’analyse des relations amoureuses.

La frontalité permet alors de regarder les codes sociaux du désir. Comme dans un jardin ou un espace réglé, les corps se rapprochent, s’éloignent, se cherchent et se répondent. Le spectateur observe une chorégraphie des relations.

II. Un corps entre héritage classique et sensualité contemporaine


Le corps dans Le Parc garde des traces du ballet : précision des lignes, élégance, portés, duos, musicalité, présence du Ballet de l’Opéra de Paris. Mais Preljocaj transforme cet héritage par une écriture plus contemporaine, plus charnelle et plus relationnelle.

Le mouvement ne cherche pas seulement la perfection formelle. Il montre le trouble, la tension, le contact, le désir et la distance entre les corps. Le pas de deux devient un lieu d’ambiguïté : il ne s’agit plus seulement de montrer un couple idéal, mais de faire sentir les forces qui traversent la relation.

Le spectateur regarde donc un corps moins féérique que dans Le Lac des cygnes, moins spectral que dans Giselle, mais toujours offert à distance. La relation frontale demeure, mais elle donne accès à une intimité chorégraphiée.

III. Une réception plus analytique : du spectateur émerveillé au spectateur interprète


Dans Le Parc, le spectateur est invité à interpréter les signes du désir. Il observe les codes amoureux comme un langage : regards, distances, gestes retenus, contacts, portés, abandons. La danse devient une manière de rendre visibles les comportements sociaux de l’amour.

La réception n’est donc pas seulement émotionnelle. Elle est aussi analytique. Le spectateur peut reconnaître des stratégies, des jeux, des rapports de pouvoir ou des tensions entre les sexes. Preljocaj conserve la distance théâtrale, mais il donne au spectateur un rôle plus actif dans la lecture des relations.

Cette œuvre montre que la frontalité n’est pas forcément un modèle dépassé. Elle peut être renouvelée. Le spectateur reste observateur, mais son regard devient plus critique, plus attentif, plus interprétatif.

Dans Le Parc, Angelin Preljocaj conserve une relation frontale au spectateur, mais il la transforme. Le public observe une scène de séduction où les corps révèlent les codes du désir et les tensions du couple. L’œuvre permet donc de comprendre que le spectateur observateur n’est pas toujours passif : il peut devenir un lecteur des signes chorégraphiques, même lorsqu’il reste à distance.

Une question, une réponse :

Pourquoi le cadre traditionnel du ballet fait-il du spectateur un observateur émerveillé ?

Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore le modèle traditionnel de la relation au spectateur : une relation frontale, codifiée, fondée sur la distance, l’illusion, la narration et l’admiration du corps dansant.

À travers les œuvres suivantes :
• Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov — 1895
• Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot — 1841
• Le Parc — Angelin Preljocaj — 1994

Cet épisode montre que le spectateur traditionnel n’est pas absent ou inutile. Il observe, ressent, comprend, admire et se laisse guider par l’œuvre. Dans le ballet classique et romantique, le cadre scénique organise l’émerveillement ; dans Le Parc, la frontalité demeure, mais le regard devient plus analytique.

👉 Objectif :
Comprendre comment la scène traditionnelle construit une place d’observation, d’émotion et d’interprétation pour le spectateur.

Le Lac des cygnes Giselle Le Parc
Chorégraphe / date
Type de relation au spectateur
Organisation de l’espace scénique
Place du spectateur
Corps donné à voir
Rôle de la narration ou du thème
Effet recherché sur le spectateur
Distance entre danseur et spectateur
Ce que l’œuvre démontre pour la partie I
Activité 3 - Construire le corpus de connaissance de la partie 2
II — Le spectateur déplacé : actif, autonome ou participant

Objectif de l’activité

Construire l’argumentation de la partie II :

II — Le spectateur déplacé : actif, autonome ou participant

Dans cette partie, il s’agit de montrer que certains chorégraphes remettent en cause la relation frontale héritée du théâtre. Le spectateur n’est plus seulement assis face à une scène séparée de lui. Il peut être déplacé dans l’espace, invité à choisir son point de vue, placé dans un lieu non théâtral ou même intégré à l’événement chorégraphique.

La relation au spectateur devient donc plus ouverte : le spectateur ne reçoit plus seulement une œuvre, il construit son regard, circule mentalement ou physiquement, et peut parfois participer.


Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois dossiers étudiés :

Merce Cunningham — Events — à partir de 1964
Le premier Event de Cunningham est créé le 24 juin 1964 au Museum des 20. Jahrhunderts à Vienne. La Merce Cunningham Trust définit les Events comme des assemblages de danses complètes, d’extraits de répertoire et parfois de nouvelles séquences, arrangés pour un lieu et une performance spécifiques.

Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970
Le MoMA référence l’œuvre sous le titre
Man Walking Down the Side of a Building, datée de 1970, et précise qu’un interprète marche à un angle de 90 degrés le long d’un bâtiment de SoHo.

Planetary Dance — Anna Halprin — partition 1981 / Parades & Changes, replays — Anna Halprin et Anne Collod — 1965 / 2008
Les archives d’Anna Halprin conservent une partition de
Planetary Dance datée de 1981, créée par Anna Halprin avec James Hurd Nixon et Russell Bass.  Numeridanse indique que Parades & Changes, replays associe Anna Halprin et Anne Collod, avec une création originale en 1965 et une production en 2008.

1. À rendre — individuel, fin de séquence

À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :

« Le spectateur déplacé : autonomie du regard, espace partagé et participation »

Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :

Comment les chorégraphes remettent-ils en cause la frontalité scène / salle ?


Comment le spectateur peut-il devenir plus autonome dans sa manière de regarder ?


Comment un lieu non théâtral transforme-t-il la réception d’une œuvre ?


Comment la participation modifie-t-elle le statut du spectateur ?



La participation rend-elle toujours le spectateur plus libre ?

2. Travail collectif en classe — World Café

Chaque table analyse une œuvre ou un dossier à partir :

d’un extrait vidéo ;

d’une image ou d’un document iconographique ;

du dossier documentaire fourni ;

des axes d’analyse proposés.

Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie II.

Table 1

Merce Cunningham — Events



Axe d’analyse

Un spectateur autonome : construire son propre regard dans un espace chorégraphique ouvert.

Questions de travail

Comment les Events remettent-ils en cause la forme classique du spectacle chorégraphique ?

Pourquoi le spectateur n’est-il plus guidé par une narration unique ?

Comment l’assemblage de fragments modifie-t-il la réception ?

Comment le lieu influence-t-il la manière de regarder ?

Le spectateur peut-il tout voir en même temps ?

En quoi cette impossibilité de tout saisir rend-elle le spectateur plus actif ?

Idée à retenir

Dans les Events, Merce Cunningham ne place pas le spectateur face à un récit à suivre. Il lui propose une composition ouverte, souvent adaptée au lieu. Le spectateur doit choisir ce qu’il regarde et construire lui-même des liens entre les événements chorégraphiques.


Table 2

Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970



Axe d’analyse

Un spectateur déplacé : redéfinir la danse hors du plateau traditionnel.

Questions de travail

Pourquoi le choix du mur transforme-t-il la relation au spectateur ?

Que devient le sol lorsque le mur devient surface de déplacement ?

Comment le spectateur doit-il adapter son regard face à cette situation inhabituelle ?

Le danseur est-il regardé comme un interprète, un marcheur, un performeur ou un corps soumis à la gravité ?

Comment l’œuvre remet-elle en question l’espace habituel de la scène ?

Pourquoi peut-on dire que le spectateur est déplacé même s’il ne participe pas physiquement ?

Idée à retenir

Dans Man Walking Down the Side of a Building, Trisha Brown déplace la danse hors du théâtre. Le spectateur ne regarde plus une scène frontale, mais un corps en relation directe avec l’architecture et la gravité. Il doit redéfinir ce qu’il appelle danse.


Table 3

Planetary Dance / Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod



Axe d’analyse

Un spectateur participant ou témoin actif : partager l’espace, entrer dans le rituel, rencontrer une œuvre ouverte.

Questions de travail

Comment Planetary Dance transforme-t-elle le spectateur en participant possible ?

Pourquoi la ronde, la marche ou la course créent-elles un espace commun ?

En quoi le spectateur n’est-il plus seulement consommateur d’un spectacle ?

Comment Parades & Changes, replays modifie-t-il aussi les attentes du spectateur ?

Pourquoi les actions quotidiennes, la nudité, l’improvisation et les partitions déplacent-elles le regard ?

La participation ou l’ouverture rendent-elles toujours la relation plus simple pour le public ?

Idée à retenir

Avec Planetary Dance, Anna Halprin transforme le spectateur en participant possible d’un rituel collectif. Avec Parades & Changes, replays, Anne Collod réactive une œuvre ouverte qui déplace les attentes du spectateur face au corps, à l’action quotidienne, à la nudité et à la performance.

Events — Merce Cunningham — à partir de 1964
Le spectateur autonome : construire son propre regard dans une composition ouverte

Les Events de Merce Cunningham commencent en 1964, avec un premier Museum Event présenté au Museum des 20. Jahrhunderts à Vienne. La Merce Cunningham Trust indique que ce premier Event a lieu le 24 juin 1964 et définit cette forme comme un assemblage de danses complètes, d’extraits du répertoire et parfois de nouvelles séquences, arrangés pour un lieu et une performance spécifiques.

Ce dossier permet de comprendre que le spectateur peut être déplacé sans forcément être physiquement intégré à la danse. Chez Cunningham, le déplacement est d’abord perceptif : le spectateur doit organiser lui-même son regard dans une composition ouverte.

I. Une œuvre-assemblage qui rompt avec le spectacle narratif


Les Events ne fonctionnent pas comme un ballet narratif traditionnel. Ils assemblent des fragments : extraits d’œuvres, séquences recomposées, parfois nouveaux passages. Il n’y a pas nécessairement un début, un milieu et une fin à suivre comme dans une histoire.

Ce dispositif transforme la relation au spectateur. Celui-ci n’est plus guidé par un récit clair ou par un personnage principal. Il doit accepter une autre logique : celle de la juxtaposition, de la coexistence et de la recomposition.

L’argument à retenir est que Cunningham rend le spectateur actif parce qu’il ne lui impose pas une lecture unique. Le spectateur doit construire des liens, choisir des repères et accepter de ne pas tout comprendre de manière linéaire.

II. Un espace chorégraphique ouvert qui oblige le spectateur à choisir


Les Events sont souvent pensés en fonction du lieu. L’œuvre n’est pas seulement déplacée dans un espace : elle est arrangée pour ce lieu. Cela modifie profondément la réception.

Si plusieurs danseurs ou fragments attirent l’attention, le spectateur ne peut pas tout voir avec la même intensité. Son regard doit circuler. Il choisit un corps, un déplacement, une relation, puis en manque un autre. Ce manque fait partie de l’expérience.

Le spectateur devient donc autonome. Il n’est plus simplement placé face à une scène qui organise tout pour lui. Il participe mentalement à la construction de l’œuvre en composant son propre parcours de regard.



III. Une relation au spectateur fondée sur l’autonomie plutôt que sur la participation


Les Events ne transforment pas forcément le spectateur en participant physique. Il ne danse pas, il ne rejoint pas les interprètes. Pourtant, sa place change fortement.

Le spectateur est actif parce que l’œuvre lui demande de regarder autrement. Il doit accepter une composition ouverte, sans hiérarchie narrative forte. Il devient responsable de son attention.

Cette relation est importante pour le sujet : elle montre qu’il existe une activité du spectateur qui n’est pas la participation directe. Être actif, ce n’est pas seulement entrer dans la danse ; c’est aussi construire son propre regard.



Avec les Events, Merce Cunningham instaure une relation nouvelle avec le spectateur. La forme fragmentaire, l’adaptation au lieu et l’absence de narration unique rendent le spectateur autonome. Il ne reçoit pas une œuvre entièrement guidée : il choisit, relie, interprète et accepte de ne pas tout saisir. Le spectateur devient actif par son regard.

Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970
Le spectateur déplacé : redéfinir la danse hors du plateau traditionnel

Man Walking Down the Side of a Building est une œuvre de Trisha Brown, créée en 1970. Le MoMA conserve la trace filmée de cette œuvre et précise qu’un interprète marche à un angle de 90 degrés le long d’un bâtiment de SoHo, à New York.  La Trisha Brown Dance Company indique que l’œuvre est brève, interprétée en vêtements de ville, avec un dispositif de cordes et de harnais.

Cette œuvre permet d’analyser une relation au spectateur fondée sur le déplacement perceptif. Le spectateur ne participe pas physiquement, mais son regard est profondément transformé.

I. Un lieu non théâtral qui transforme la réception


Dans Man Walking Down the Side of a Building, la danse quitte le théâtre. Elle ne se déroule pas sur un plateau, mais sur la façade d’un bâtiment. Le mur devient l’espace chorégraphique.

Ce choix modifie immédiatement la relation au spectateur. Celui-ci ne regarde plus une scène construite pour la représentation, mais un espace architectural ordinaire transformé en lieu de danse. Le cadre habituel disparaît.

L’argument à retenir est que le lieu transforme le spectateur. En sortant du théâtre, Trisha Brown oblige le public à abandonner ses repères : la danse peut apparaître dans l’architecture, dans la ville, dans un espace non prévu pour elle.

II. Un geste quotidien rendu étrange par le déplacement de la gravité


Le mouvement principal de l’œuvre est très simple : marcher. Mais cette marche devient radicale parce qu’elle s’effectue sur un mur. Ce n’est pas le vocabulaire du mouvement qui est spectaculaire, c’est la situation.

Le danseur porte des vêtements de ville. Il n’est pas présenté comme un corps héroïque ou classique. Pourtant, son corps devient étonnant parce qu’il est placé dans une relation inhabituelle à la gravité.

Le spectateur doit donc requalifier ce qu’il voit. Est-ce une marche ? une performance ? une danse ? une expérience physique ? L’œuvre déplace la définition même de la danse.


III. Un spectateur actif parce qu’il doit reconstruire ses repères


Le spectateur de Man Walking Down the Side of a Building ne participe pas directement. Il reste regardeur. Mais il n’est plus un spectateur classique face à une scène stable.

Son activité consiste à reconstruire ses repères : le mur devient sol, la verticalité devient surface de déplacement, la ville devient scène, la marche devient chorégraphie. Le spectateur doit comprendre que la danse ne dépend pas seulement d’une technique, mais d’une relation entre corps, espace et perception.

L’œuvre montre donc que déplacer le spectateur ne signifie pas toujours le faire bouger. On peut aussi le déplacer mentalement, en transformant les conditions de son regard.

Dans Man Walking Down the Side of a Building, Trisha Brown instaure une relation nouvelle avec le spectateur en sortant la danse du plateau traditionnel. Le spectateur regarde un corps ordinaire marcher sur un mur, dans un espace architectural. Il doit redéfinir ce qu’il voit et accepter que la danse puisse naître du déplacement du cadre, du lieu et de la gravité.

Planetary Dance — Anna Halprin — partition 1981 / Parades & Changes, replays — Anna Halprin et Anne Collod — 1965 / 2008
Le spectateur participant ou témoin actif : partager l’espace, entrer dans le rituel, rencontrer une œuvre ouverte

Planetary Dance est une danse rituelle collective associée à Anna Halprin. Les archives numériques d’Anna Halprin conservent une partition de Planetary Dance datée de 1981, créée par Anna Halprin avec James Hurd Nixon et Russell Bass.

Parades & Changes, replays est une réactivation d’une œuvre d’Anna Halprin de 1965, conçue par Anne Collod en dialogue avec Anna Halprin. Numeridanse indique une production en 2008, et rappelle que l’œuvre originale s’appuie sur l’improvisation, la performance, des gestes quotidiens et une structure flexible.

Ces deux références permettent de comprendre deux manières de déplacer le spectateur : par la participation collective dans Planetary Dance, et par la confrontation à une œuvre ouverte dans Parades & Changes, replays.

I. Planetary Dance : faire passer le spectateur de l’observation à la participation


Dans Planetary Dance, la danse n’est pas pensée comme un spectacle frontal. Elle prend la forme d’un rituel collectif : marche, course, cercle, rythme, intention commune.

Le spectateur peut devenir participant. Il n’est plus seulement celui qui regarde de l’extérieur. Il peut entrer dans l’action, rejoindre le groupe, partager l’espace et contribuer à l’événement. Cette relation transforme profondément le statut du public.

L’argument à retenir est que la participation déplace la frontière entre danseur et spectateur. La danse devient une expérience commune plutôt qu’un objet artistique séparé.

II. Parades & Changes, replays : rendre le spectateur témoin d’une œuvre ouverte


Dans Parades & Changes, replays, le spectateur est déplacé autrement. Il ne participe pas nécessairement, mais il rencontre une œuvre qui bouscule ses attentes. Le Centre Pompidou présente Parades & Changes comme une œuvre fondée sur des actions quotidiennes altérées, des corps sonores, des parcours d’objets, des temporalités affaiblies et des sensorialités multiples.

Le spectateur ne regarde pas une chorégraphie traditionnelle. Il observe des actions, des partitions, des durées, des corps exposés, parfois la nudité. Ces éléments l’obligent à interroger ce qui fait danse.

L’argument essentiel est que l’œuvre ouverte active le regard du spectateur. Elle ne lui donne pas une narration à suivre ; elle l’oblige à accepter l’expérience, la durée, l’action et l’incertitude.

III. Une relation plus libre, mais pas forcément plus simple


Ces deux références montrent que déplacer le spectateur peut l’émanciper, mais aussi le mettre en difficulté.

Dans Planetary Dance, la participation peut créer du lien, mais elle suppose que chacun accepte d’entrer dans l’action. Celui qui n’ose pas ou ne souhaite pas participer peut se sentir à la marge. La participation n’est donc pas automatiquement une liberté totale.

Dans Parades & Changes, replays, l’ouverture de l’œuvre donne de l’autonomie au spectateur, mais elle peut aussi le déstabiliser. L’absence de narration traditionnelle, les gestes quotidiens, la nudité ou les partitions peuvent déranger les attentes.

L’argument à retenir est que la relation participative ou ouverte transforme le spectateur en acteur ou témoin actif, mais elle exige aussi de lui une disponibilité nouvelle.

Avec Planetary Dance et Parades & Changes, replays, Anna Halprin et Anne Collod déplacent profondément la relation au spectateur. Dans Planetary Dance, le spectateur peut devenir participant d’un rituel collectif. Dans Parades & Changes, replays, il devient témoin actif d’une œuvre ouverte, fondée sur l’action, la nudité, l’improvisation et la réactivation d’une mémoire chorégraphique. Ces œuvres montrent que le spectateur n’est plus seulement observateur : il peut partager l’espace, participer, interpréter et accepter de regarder autrement.

Une question, une réponse :

Comment les chorégraphes rendent-ils le spectateur acteur de ce qu’il regarde ?

Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart montre comment certains chorégraphes déplacent le spectateur hors de sa place habituelle. Il ne reçoit plus seulement une œuvre : il construit son regard, redéfinit ses repères, partage l’espace ou participe à l’événement.

À travers les œuvres suivantes :
• Events — Merce Cunningham — à partir de 1964
• Man Walking Down the Side of a Building — Trisha Brown — 1970
• Planetary Dance — Anna Halprin — partition 1981
• Parades & Changes, replays — Anna Halprin / Anne Collod — 1965 / 2008

Cet épisode montre que le spectateur peut devenir acteur de son regard, de sa perception ou même de l’expérience chorégraphique. La participation n’est pas la seule forme d’activité : choisir, relier, interpréter et accepter de ne pas tout voir rendent aussi le spectateur actif.

👉 Objectif :
Comprendre comment les chorégraphes déplacent le spectateur vers des formes d’autonomie, de participation ou d’interprétation active.

Cunningham — Events Trisha Brown — Man Walking Down the Side of a Building Halprin / Collod — Planetary Dance et Parades & Changes, replays
Chorégraphe / date
Type de déplacement du spectateur
Organisation de l’espace
Place du spectateur
Rôle du spectateur
Rapport à la frontalité
Corps donné à voir
Ce que l’œuvre change dans la réception
Argument central pour la partie II
Activité 4 - Construire le corpus de connaissance de la partie 3
III — Le spectateur confronté : dérangé, provoqué ou responsabilisé

Objectif de l’activité

Construire l’argumentation de la partie III :

III — Le spectateur confronté : dérangé, provoqué ou responsabilisé

Dans cette partie, il s’agit de montrer que la relation au spectateur peut devenir volontairement inconfortable. Certains chorégraphes ne cherchent plus à plaire, à émerveiller ou à faire participer. Ils peuvent provoquer un choc esthétique, une incompréhension, un rejet, une colère ou une prise de conscience.

Le spectateur n’est alors plus seulement un observateur ou un participant : il devient un spectateur confronté, c’est-à-dire un spectateur obligé de réagir, de reconstruire ses repères et parfois de se situer comme citoyen.

Le document 3 du sujet, consacré à la réception d’Umwelt de Maguy Marin, insiste justement sur cette relation conflictuelle : les spectateurs « hurlaient », voulaient être « remboursés » ou montaient sur scène parce que le « produit artistique » ne leur convenait pas. Le corrigé précise que cette réaction traduit le conflit entre les attentes du public et la proposition artistique, et que Maguy Marin ne cherche plus à plaire, mais à interpeller le spectateur.


Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois œuvres étudiées :

Le Sacre du printemps — Vaslav Nijinski / Igor Stravinsky — 1913
La première représentation du
Sacre du printemps a lieu à Paris le 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées par les Ballets russes. L’extrait du film Coco Chanel & Igor Stravinsky, réalisé par Jan Kounen en 2009, sera utilisé comme support sensible pour comprendre la réception scandaleuse et conflictuelle de l’œuvre. Numeridanse confirme la date et le lieu de la première représentation ; Allociné présente le film comme une reconstitution où l’œuvre, jugée anticonformiste, est conspuée par une salle au bord de l’émeute.

Umwelt — Maguy Marin — 2004
Umwelt est créée en 2004 au Toboggan de Décines. La Compagnie Maguy Marin présente la pièce comme une composition polyrythmique figurant une vingtaine d’activités humaines, sans début ni fin clairement identifiables.

3S — Sidi Larbi Cherkaoui — 2020
3S est une création de Sidi Larbi Cherkaoui, dont la première a lieu le 26 septembre 2020 au Teatro Carignano de Turin. Eastman présente l’œuvre comme une suite de trois solos interprétés par Nicola Leahey, Kazutomi “Tsuki” Kozuki et Jean Michel Sinisterra Munoz, traversée par des thèmes liés à la déforestation, aux traumatismes nucléaires et aux conflits armés.

1. À rendre — individuel, fin de séquence

À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :

« Le spectateur confronté : choc, conflit et responsabilité »

Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :

Comment une œuvre peut-elle entrer en conflit avec les attentes du spectateur ?


Comment le choc esthétique peut-il transformer la réception d’une œuvre ?


Pourquoi certains chorégraphes refusent-ils de séduire ou de satisfaire le public ?


Comment une œuvre peut-elle responsabiliser le spectateur face au monde contemporain ?


Comment distinguer une œuvre qui provoque gratuitement d’une œuvre qui confronte pour faire penser ?

2. Travail collectif en classe — World Café

Chaque table analyse une œuvre à partir :

d’un extrait vidéo ;

d’une image ou d’un document iconographique ;

du dossier documentaire fourni ;

des axes d’analyse proposés.

Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie III.

Table 1

Le Sacre du printemps — Vaslav Nijinski / Igor Stravinsky — 1913


Axe d’analyse

Le choc du spectateur moderne : quand la danse rompt brutalement avec les attentes esthétiques du public.

Questions de travail

Comment l’extrait du film Coco Chanel & Igor Stravinsky met-il en scène le scandale du public ?

Quels éléments semblent choquer les spectateurs : musique, costumes, gestes, rythme, groupe, thème du sacrifice ?

Pourquoi le public de 1913 peut-il être déstabilisé par cette œuvre ?

Comment Le Sacre du printemps rompt-il avec les attentes du ballet classique ou romantique ?

Le spectateur est-il confronté à une œuvre qu’il ne comprend pas encore ?

Le scandale signifie-t-il que l’œuvre échoue, ou au contraire qu’elle transforme l’histoire de la réception chorégraphique ?


Idée à retenir

Dans Le Sacre du printemps, le spectateur est confronté à une modernité brutale. L’œuvre rompt avec les attentes de grâce, d’harmonie, de narration lisible et de plaisir esthétique. Le choc de réception devient un signe de rupture : le spectateur doit reconstruire ses repères.


Table 2

Umwelt — Maguy Marin — 2004


Axe d’analyse

Le spectateur mis en crise : refuser le “produit artistique” attendu pour imposer une expérience critique.

Questions de travail

Que signifie la violence des réactions rapportées par Maguy Marin ?

Pourquoi certains spectateurs peuvent-ils demander à être remboursés ?

Que révèle l’expression « produit artistique » sur les attentes du public ?

Comment la répétition, la frontalité et le dispositif d’apparitions / disparitions peuvent-ils provoquer de la frustration ?

Pourquoi Maguy Marin ne cherche-t-elle pas à séduire le spectateur ?

Comment Umwelt oblige-t-il le spectateur à construire de nouveaux repères ?


Idée à retenir

Dans Umwelt, Maguy Marin instaure une relation conflictuelle avec le spectateur. Elle ne cherche pas à satisfaire une attente de divertissement, mais à confronter le public à un dispositif répétitif, mécanique et critique. Le spectateur devient un être dérangé, frustré, mais aussi invité à penser sa relation au monde.

Table 3

3S — Sidi Larbi Cherkaoui — 2020


Axe d’analyse

Le spectateur responsabilisé : faire de la scène un lieu de conscience face aux crises contemporaines.

Questions de travail

Comment l’œuvre relie-t-elle trois corps à trois territoires : Australie, Japon, Colombie ?

Quels problèmes contemporains sont évoqués : déforestation, catastrophe nucléaire, guerre civile ?

Comment la danse, la voix et l’image construisent-elles une relation sensible avec le spectateur ?

Le spectateur est-il seulement ému, ou aussi responsabilisé ?

Comment une œuvre peut-elle faire sentir que des crises lointaines nous concernent directement ?

Pourquoi la phrase « When the planet is in pain, we are in pain » permet-elle de comprendre la relation au spectateur ?



Idée à retenir

Dans 3S, Sidi Larbi Cherkaoui confronte le spectateur à des blessures du monde contemporain. La relation n’est pas seulement esthétique : elle devient éthique. Le spectateur est invité à relier les corps dansants à des réalités politiques, écologiques et humaines.

Le Sacre du printemps — Vaslav Nijinski / Igor Stravinsky — 1913
Le choc du spectateur moderne : quand la danse rompt brutalement avec les attentes esthétiques du public

Le Sacre du printemps est créé le 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées par les Ballets russes, sur une musique d’Igor Stravinsky et une chorégraphie de Vaslav Nijinski. Numeridanse confirme cette première représentation à Paris en 1913.

Dans le cours, l’extrait du film Coco Chanel & Igor Stravinsky, réalisé par Jan Kounen en 2009, sert de support sensible pour comprendre la violence de la réception. Le film montre une salle bouleversée par une œuvre jugée anticonformiste et conspuée par un public au bord de l’émeute. Il s’agit d’une reconstitution cinématographique, utile pour analyser la relation conflictuelle entre œuvre moderne et attentes du public, mais à distinguer du document historique réel. 

I. Un scandale de réception qui révèle le choc entre modernité et attentes du public


Le Sacre du printemps est un exemple essentiel pour comprendre que la relation au spectateur peut devenir conflictuelle. Le public de 1913 attend encore, en grande partie, des codes associés au ballet : beauté, grâce, virtuosité, harmonie, lisibilité narrative, plaisir esthétique.

Or l’œuvre de Nijinski et Stravinsky bouleverse ces attentes. Le thème du rituel sacrificiel, la violence rythmique, la puissance du groupe, la musique heurtée et l’image d’un corps collectif archaïque provoquent un trouble. Le spectateur n’est plus installé dans une position confortable d’admiration : il est confronté à une œuvre qu’il ne sait pas encore recevoir.

Le scandale ne signifie pas seulement un refus du public. Il révèle aussi un moment de bascule : une œuvre peut transformer l’histoire de la danse en mettant le spectateur face à une forme qu’il ne comprend pas encore.

II. Un corps anti-classique qui déstabilise le regard


Dans Le Sacre du printemps, le corps ne correspond pas à l’idéal classique. Il n’est pas d’abord aérien, allongé, harmonieux ou décoratif. Il devient lourd, terrien, collectif, pulsionnel, parfois anguleux. La danse renvoie à l’ancrage, au rituel, à la répétition, au sacrifice.

Cette transformation du corps modifie la relation au spectateur. Le public ne contemple plus seulement un corps admirable ou idéalisé. Il reçoit un corps qui frappe, insiste, se regroupe, se soumet à une force collective. Le corps dansant peut paraître primitif, brutal ou dérangeant pour un regard habitué à d’autres codes.

Le spectateur est confronté à une autre définition du beau. La danse ne cherche plus seulement à plaire. Elle impose une expérience physique et rythmique qui peut choquer

III. Un spectateur obligé de reconstruire ses critères de jugement


La force du Sacre du printemps tient à sa capacité à forcer le spectateur à revoir ses critères. Ce qui semblait laid, brutal ou incompréhensible en 1913 devient ensuite un jalon majeur de la modernité chorégraphique.

La relation instaurée avec le spectateur est donc fondée sur la crise. Le chorégraphe ne cherche pas à accompagner doucement le public vers une nouvelle esthétique. Il l’expose brutalement à une rupture. Le spectateur peut rejeter, mais ce rejet fait partie de l’histoire de la réception.

Cette œuvre montre que le spectateur n’est pas seulement celui qui regarde : il est aussi celui qui juge à partir de normes. Lorsque l’œuvre rompt avec ces normes, elle met le spectateur face à sa propre conception de la danse.


Dans Le Sacre du printemps, Vaslav Nijinski et Igor Stravinsky instaurent une relation conflictuelle avec le spectateur. L’œuvre choque parce qu’elle rompt avec les attentes esthétiques du ballet : grâce, harmonie, narration lisible, corps idéalisé. Le spectateur est confronté à une modernité brutale qui l’oblige à reconstruire son regard. Cette œuvre permet donc de comprendre que la relation au public peut passer par le scandale et le conflit.

Umwelt — Maguy Marin — 2004
Le spectateur mis en crise : refuser le “produit artistique” attendu pour imposer une expérience critique

Umwelt est une œuvre de Maguy Marin, créée en 2004 au Toboggan de Décines. La Compagnie Maguy Marin présente la pièce comme une composition polyrythmique montrant une vingtaine d’activités humaines sans commencement ni fin clairement identifiables.

Cette œuvre est directement liée au document 3 du sujet. Maguy Marin y évoque des réactions très violentes : cris, demandes de remboursement, spectateurs montant sur scène. Le corrigé précise que la notion de « produit artistique » renvoie à l’économie du spectacle vivant et à l’attente de consommation culturelle ; la chorégraphe ne cherche plus à plaire, mais à interpeller le spectateur.

I. Un dispositif frontal et répétitif qui refuse le confort du spectacle


Dans Umwelt, le spectateur reste face à la scène, mais cette frontalité n’est plus celle du ballet classique. Elle n’organise pas l’admiration, la narration ou l’émerveillement. Elle impose au contraire une expérience répétitive, mécanique et fragmentée.

Le dispositif repose sur des apparitions et disparitions de corps, des gestes quotidiens, des actions brèves, des fragments de vie. Le spectateur ne reçoit pas une histoire continue. Il est confronté à un flux d’actions dont il ne possède ni le début ni la fin.

L’argument à retenir est que Maguy Marin utilise la frontalité pour mettre le spectateur en crise. Il voit tout, mais il ne peut pas tout organiser en récit. Le spectacle refuse de devenir un produit immédiatement consommable ou satisfaisant.

II. Des corps anonymes et mécaniques qui troublent l’identification


Dans Umwelt, les corps ne sont pas mis en valeur comme des individualités héroïques. Ils apparaissent, accomplissent une action, disparaissent. La répétition produit une impression d’automatisme. Les corps semblent pris dans un système plus vaste qu’eux.

Cette logique transforme la relation au spectateur. Il n’est pas invité à s’identifier à un personnage ou à admirer une prouesse. Il observe des fragments d’existence, des gestes ordinaires, parfois absurdes, parfois inquiétants. La danse peut sembler disparaître derrière le dispositif, mais c’est précisément ce qui oblige le spectateur à réfléchir.

L’argument essentiel est que Umwelt confronte le spectateur à un monde mécanique et aliénant. Le corps dansant ne rassure pas : il rend visible une condition humaine répétitive, fragmentée et fragile.

III. Une réception conflictuelle qui révèle les attentes du public



La citation de Maguy Marin est centrale : les spectateurs qui hurlent, veulent être remboursés ou montent sur scène révèlent une attente précise. Ils attendent un spectacle conforme à une idée du plaisir, de la lisibilité ou de la valeur marchande. Ils considèrent l’œuvre comme un « produit artistique » qui devrait répondre à leur demande.

Maguy Marin inverse cette logique. Elle n’organise pas la relation pour satisfaire le public. Elle prend le risque de le frustrer afin de l’obliger à se situer. Le spectateur devient responsable de sa réception : que refuse-t-il exactement ? L’ennui ? La répétition ? L’absence de récit ? La critique du monde contemporain ?

L’argument à retenir est que la relation conflictuelle peut être un outil chorégraphique. Le rejet du public n’est pas seulement un accident : il révèle la puissance critique de l’œuvre et les attentes sociales qui entourent le spectacle vivant.

Dans Umwelt, Maguy Marin instaure une relation radicale avec le spectateur. Elle ne cherche pas à le séduire, mais à le confronter à un dispositif répétitif et critique. Les réactions violentes montrent que l’œuvre met en crise l’idée du spectacle comme produit culturel. Le spectateur devient un être dérangé, frustré, mais aussi invité à réfléchir à ses propres attentes et à sa relation au monde.

3S — Sidi Larbi Cherkaoui — 2020
Le spectateur responsabilisé : faire de la scène un lieu de conscience face aux crises contemporaines

3S est une œuvre de Sidi Larbi Cherkaoui, créée le 26 septembre 2020 au Teatro Carignano de Turin. Eastman présente l’œuvre comme une création composée de trois solos pour Nicola Leahey, Kazutomi “Tsuki” Kozuki et Jean Michel Sinisterra Munoz. Les trois interprètes sont reliés à trois territoires : l’Australie, le Japon et la Colombie.

L’œuvre aborde trois blessures contemporaines : l’exploitation des forêts ancestrales, les traumatismes liés aux catastrophes nucléaires, et les échos entre guerre civile syrienne et guérilla colombienne. Eastman associe également la pièce à la phrase : « When the planet is in pain, we are in pain », qui peut se traduire par : lorsque la planète souffre, nous souffrons aussi. 

I. Trois solos pour relier l’intime au politique


Dans 3S, le spectateur est placé face à trois corps solitaires. Le choix du solo est important : il donne d’abord l’impression d’une expérience intime. Chaque interprète porte un rapport singulier à son histoire, à son territoire et à sa mémoire.

Mais cette solitude n’est pas coupée du monde. Les trois corps sont reliés à des crises collectives : déforestation, catastrophe nucléaire, guerre. Le spectateur comprend alors que le corps individuel peut devenir le point d’entrée vers des blessures politiques et écologiques plus vastes.

L’argument à retenir est que Cherkaoui responsabilise le spectateur en reliant le sensible et le mondial. On regarde un corps, mais ce corps ouvre sur des réalités qui dépassent la scène.

II. Images, voix et mouvement : construire une réception sensible des crises contemporaines


3S ne repose pas uniquement sur la danse. Eastman indique que les images de la cinéaste Sabine Groenewegen agissent comme des portails entre le monde extérieur et la scène, tandis que les voix de Ghalia Benali, Patrizia Bovi et Tsubasa Hori accompagnent les danseurs.

Ce dispositif modifie la relation au spectateur. Le public ne reçoit pas seulement une chorégraphie abstraite. Il est traversé par des images, des voix, des corps, des récits et des territoires. La scène devient un espace de mise en relation.

L’argument essentiel est que l’œuvre construit une réception sensible plutôt qu’un discours frontal. Le spectateur n’est pas simplement informé des crises : il les reçoit à travers le corps, le son, l’image et l’émotion.

III. Un spectateur citoyen : être touché pour se sentir concerné


La phrase « When the planet is in pain, we are in pain » permet de comprendre l’enjeu de l’œuvre. Les crises évoquées ne sont pas présentées comme lointaines ou extérieures. Elles concernent le spectateur parce qu’elles touchent le monde commun.

La relation instaurée par Cherkaoui n’est donc pas exactement conflictuelle comme chez Maguy Marin, ni scandaleuse comme dans Le Sacre du printemps. Elle est responsabilisante. Le spectateur est invité à reconnaître les liens invisibles entre les corps, les territoires et les violences contemporaines.

L’argument à retenir est que la danse peut confronter sans agresser. Elle peut responsabiliser le spectateur en lui faisant sentir que ce qui arrive ailleurs engage aussi sa propre humanité.

Dans 3S, Sidi Larbi Cherkaoui instaure une relation au spectateur fondée sur la conscience et la responsabilité. Trois solos donnent accès à trois blessures du monde : déforestation, traumatisme nucléaire, guerre. Le spectateur est touché par des corps singuliers, mais il est aussi amené à penser sa place dans un monde interdépendant. L’œuvre montre que la confrontation peut prendre la forme d’une responsabilisation sensible.

Une question, une réponse :

Pourquoi certains chorégraphes choisissent-ils de confronter le spectateur plutôt que de le satisfaire ?

Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore la relation critique entre chorégraphe et spectateur. Certains artistes ne cherchent plus à plaire, mais à provoquer un choc, une frustration, une prise de conscience ou une responsabilité.

À travers les œuvres suivantes :
• Le Sacre du printemps — Vaslav Nijinski / Igor Stravinsky — 1913
• Umwelt — Maguy Marin — 2004
• 3S — Sidi Larbi Cherkaoui — 2020

Cet épisode montre que le spectateur peut être dérangé, frustré ou responsabilisé. Dans Le Sacre du printemps, il est confronté à une modernité brutale ; dans Umwelt, à une œuvre qui refuse le “produit artistique” attendu ; dans 3S, aux blessures politiques, écologiques et humaines du monde contemporain.

👉 Objectif :
Comprendre que certains chorégraphes confrontent le spectateur pour l’obliger à reconstruire son regard, ses attentes et sa responsabilité.

Le Sacre du printemps Umwelt 3S
Chorégraphe / date
Type de confrontation avec le spectateur
Attentes du spectateur mises en crise
Organisation de l’espace / dispositif
Corps donné à voir
Effet produit sur le spectateur
Rapport à la compréhension
Dimension critique ou politique
Limite ou tension
Argument central pour la partie III
Activité 5 - Dissertation
 «Répondre au sujet»

Sujet : Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont instauré différentes relations avec le spectateur.


A rendre (Individuel - fin de séquence): Dissertation

Introduction Mon contenu
Accroche
Définition mot clef 1 + Question
Définition mot clef 2 + Question
Définition mot clef 3 + Question
Questionnement
Problématique
Plan
Partie 1 Ce que je vais démontrer dans cette partie :
Argument 1 (oeuvre au programme)
Argument 2 (oeuvre hors programme)
Argument pratique
Conclusion de partie
Transition
Partie 2 Ce que je vais démontrer dans cette partie :
Argument 1 (oeuvre au programme)
Argument 2 (oeuvre hors programme)
Argument pratique
Conclusion de partie
Transition
Partie 3 Ce que je vais démontrer dans cette partie :
Argument 1 (oeuvre au programme)
Argument 2 (oeuvre hors programme)
Argument pratique
Conclusion de partie
Transition
Conclusion Mon contenu
Retour sur la problématique
Synthése
Ouverture
Activité 6 - Evaluation formative
Co évaluation

Sujet : Depuis le début du XXème siècle, les chorégraphes ont instauré différentes relations avec le spectateur.


A partir de la grille d’évaluation des épreuves écrites du baccalauréat, corriger, noter et commenter les copies de vos camarades.