Enseignement - Classe Terminale
Danse et nouvelles technologies
Sujet : Comment les nouvelles technologies transforment-elles la danse ?
Sommaire
Séquence d’apprentissage
« Comment la danse dialogue-t-elle avec les autres arts ? »
ACTIVITÉ 1 — Comprendre le sujet
Analyse de trois images pour distinguer les types de dialogue entre danse et autres arts :
Document 1 : La Belle au bois dormant — Marius Petipa / Piotr Ilitch Tchaïkovski
Document 2 : Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage
Document 3 : It’s a Draw — Trisha Brown
ACTIVITÉ 2 — Construire la partie I : les autres arts assujettis à la danse
Dossier : La Belle au bois dormant — Marius Petipa / Piotr Ilitch Tchaïkovski
Dossier : Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot
Dossier : Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov
ACTIVITÉ 3 — Construire la partie II : les arts juxtaposés
Dossier : Root of an Unfocus — Merce Cunningham / John Cage
Dossier : Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage
Dossier : Trio A — Yvonne Rainer
ACTIVITÉ 4 — Construire la partie III : les arts en interaction
Dossier : May B — Maguy Marin / Samuel Beckett
Dossier : It’s a Draw — Trisha Brown
Dossier : Pixel — Mourad Merzouki / Adrien M & Claire B
Merce Cunningham écrit à propos de l’ordinateur :
« It seems clear that electronic technology has given us a new way to look. » - « Il semble évident que la technologie électronique nous a donné une nouvelle manière de regarder. »
Cette phrase signifie que la technologie électronique donne une nouvelle manière de regarder. Elle permet d’entrer directement dans le sujet : les nouvelles technologies ne sont pas seulement des outils décoratifs. Elles modifient notre perception du mouvement, mais aussi les manières de composer et de penser la danse.
Dossier - Analyse du sujet
Comment les nouvelles technologies transforment-elles la danse ?
Les thèmes du sujet :
Le sujet porte sur les relations entre la danse et les nouvelles technologies. Il ne s’agit pas seulement de parler de machines ou d’effets visuels. Il faut comprendre comment une technologie peut modifier le corps dansant, l’espace scénique, le regard du spectateur, le processus de création ou la notion même de présence.
Dans un premier temps, la technologie peut transformer la perception. Avec Loïe Fuller, les voiles, l’électricité et la lumière colorée métamorphosent le corps en forme lumineuse et abstraite. Numeridanse présente la Danse serpentine comme une forme spectaculaire composite, fondatrice d’un pan de la danse moderne et contemporaine.
Cette transformation perceptive se poursuit avec BIPED de Merce Cunningham, créé en 1999, où des projections numériques issues de la motion capture se superposent aux danseurs réels. La Merce Cunningham Trust précise que les artistes numériques Paul Kaiser et Shelley Eshkar collaborent avec Cunningham pour transposer des phrases chorégraphiques en silhouettes animées.
La technologie peut également transformer le regard par la caméra. Le film Pina de Wim Wenders, sorti en 2011, est un film en 3D consacré à l’univers de Pina Bausch, tandis que Rosas danst Rosas, pièce chorégraphique créée en 1983 par Anne Teresa De Keersmaeker, donne lieu à une version filmée par Thierry De Mey en 1997, devenue presque aussi iconique que la pièce scénique.
Dans un second temps, la technologie agit plus directement sur l’écriture chorégraphique et la présence du corps. Trackers, créé en 1991, est la première danse de Cunningham dont la chorégraphie est développée en partie avec le logiciel LifeForms. Dans Pixel, Mourad Merzouki collabore avec Adrien Mondot et Claire Bardainne pour faire de la projection numérique un partenaire du mouvement. Dans Kiss & Cry, Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael confrontent cinéma, danse, texte, théâtre et bricolages scéniques, ce qui transforme la présence du corps par la fragmentation, le filmage en direct et la projection.
Définition des mots clefs du sujet :
Danse
La danse est un art du corps en mouvement. Elle organise des gestes, des appuis, des déplacements, des rythmes, des relations entre interprètes, un espace scénique et une relation au spectateur.
Dans ce sujet, la danse doit être pensée comme un art capable d’intégrer ou de dialoguer avec des technologies : lumière électrique, cinéma, vidéo, 3D, logiciels, motion capture, projections numériques ou dispositifs de filmage en direct.
Nouvelles technologies
Les nouvelles technologies désignent ici les outils techniques qui modifient la production, la perception ou la diffusion de la danse. Selon les périodes, il peut s’agir de l’électricité, de la lumière colorée, du cinéma, de la caméra, du montage, de la 3D, du logiciel de composition, de la motion capture, de l’image numérique ou de la projection en direct.
Il ne faut donc pas réduire la notion de technologie au numérique contemporain. La lumière électrique utilisée par Loïe Fuller constitue déjà une révolution technique pour la scène.
Transformer
Transformer signifie modifier profondément. Une technologie peut transformer la danse de plusieurs façons.
Elle peut transformer le regard du spectateur, en créant un univers lumineux, en amplifiant les trajectoires ou en proposant un cadrage filmique. Elle peut transformer l’écriture chorégraphique, en permettant de composer virtuellement des mouvements. Elle peut transformer la présence du corps, en le doublant, en le fragmentant, en le projetant ou en le mettant en relation avec une image.
Perception
La perception désigne la manière dont le spectateur voit, comprend et ressent la danse. Une technologie perceptive ne change pas forcément la structure profonde du mouvement, mais elle modifie ce que l’œil reçoit.
Dans BIPED, par exemple, les silhouettes numériques amplifient les trajectoires et rendent l’espace plus complexe à percevoir. Dans Pina ou Rosas danst Rosas, la caméra choisit le point de vue, la distance et le rythme de réception.
Écriture chorégraphique
L’écriture chorégraphique désigne la manière dont un chorégraphe compose le mouvement : choix des gestes, des appuis, des trajectoires, des rythmes, des relations entre danseurs et de l’organisation de l’espace.
Avec Trackers, le logiciel LifeForms permet à Cunningham de développer une partie de la chorégraphie à partir d’un corps virtuel. La technologie devient alors un outil de composition, et non plus seulement un effet scénique.
Présence du corps
La présence du corps désigne la manière dont le corps existe sur scène : corps vivant, corps réel, corps filmé, corps projeté, corps fragmenté ou corps virtuel.
Dans Kiss & Cry, les mains deviennent des personnages filmés en direct, agrandis et projetés. Le spectateur voit à la fois le corps réel, le dispositif de fabrication et l’image finale. La présence devient donc multiple.
Questionnement
Les nouvelles technologies servent-elles seulement à produire des effets visuels ?
Une technologie peut-elle transformer la perception du corps sans modifier la danse elle-même ?
La caméra conserve-t-elle la danse ou crée-t-elle une œuvre nouvelle ?
Le film de danse est-il une trace documentaire ou une nouvelle écriture chorégraphique ?
Un logiciel peut-il aider à inventer des mouvements que le corps n’aurait pas imaginés seul ?
L’image numérique est-elle un décor ou un partenaire du danseur ?
La technologie peut-elle enrichir la présence du corps ou risque-t-elle de l’effacer ?
À partir de quand peut-on dire que la technologie transforme vraiment l’écriture chorégraphique ?
Problématique
Comment les nouvelles technologies modifient-elles d’abord la perception de la danse, avant de transformer plus profondément l’écriture chorégraphique, le geste et la présence du corps ?
Cette problématique permet de construire le cours en deux parties : d’abord la technologie comme médiation perceptive, puis la technologie comme outil de création et de transformation du corps.
Plan
I — Les nouvelles technologies transforment la perception de la danse
Dans une première partie, il faut montrer que la technologie transforme d’abord le regard du spectateur. Elle permet de créer un univers scénique nouveau, d’amplifier le mouvement ou de transformer la réception par l’image filmée.
Idée directrice : dans cette première partie, la technologie transforme surtout le regard. Elle crée des univers visuels, amplifie les mouvements et modifie la réception par la caméra, le montage ou la 3D.
II — Les nouvelles technologies transforment l’écriture chorégraphique et la présence du corps
Dans une seconde partie, il faut montrer que la technologie ne se limite plus à modifier la perception. Elle intervient dans le processus de création, dans la composition du mouvement, dans l’interaction avec l’espace et dans la présence du corps.
Idée directrice : dans cette deuxième partie, la technologie devient un outil de création. Elle transforme la manière de composer, modifie le geste, construit des interactions avec l’image et questionne la présence réelle du corps.
Synthèse de l’analyse du sujet
Le sujet « Comment les nouvelles technologies transforment-elles la danse ? » invite à dépasser l’idée selon laquelle la technologie serait seulement un effet spectaculaire ou décoratif.
Dans un premier temps, les technologies transforment le regard : la lumière électrique de Loïe Fuller, les silhouettes numériques de BIPED, le théâtre d’images de Système Castafiore, la 3D de Pina ou le montage de Rosas danst Rosas modifient la perception du corps et de l’espace.
Dans un second temps, les technologies transforment la création elle-même : le logiciel LifeForms utilisé dans Trackers intervient dans l’écriture du mouvement ; Pixel fait de l’image numérique un partenaire du danseur ; Kiss & Cry fragmente, filme et projette le corps pour interroger la présence scénique.
Idée essentielle :
Les nouvelles technologies transforment la danse lorsqu’elles changent notre manière de voir le corps, mais aussi lorsqu’elles modifient la manière de composer le mouvement et de penser la présence du danseur sur scène.
Activité 1 - Comprendre le sujet
Analyser des images
Les nouvelles technologies transforment-elles seulement la manière de voir la danse, ou modifient-elles aussi l’écriture chorégraphique et la présence du corps ?
Le cours repose sur deux grandes parties : d’abord, la technologie transforme la perception de la danse ; ensuite, elle transforme l’écriture chorégraphique et la présence du corps.
Consignes:
À partir des trois images, vous devez montrer comment les nouvelles technologies transforment la danse.
Il faut suivre trois étapes :
Décrire ce que l’on voit : corps, lumière, image, projection, écran, caméra, dispositif technique, rapport à l’espace.
Analyser le rôle de la technologie : transforme-t-elle la perception du corps, amplifie-t-elle le mouvement, ou modifie-t-elle la présence du danseur ?
Interpréter ce que chaque image permet de comprendre du sujet : la technologie agit-elle sur le regard du spectateur ou sur l’écriture chorégraphique elle-même ?
Axes d’observation
1. Le corps
Le corps est-il visible comme corps humain, ou transformé en image, silhouette, fragment, trace ou projection ?
La technologie rend-elle le corps plus lisible, plus abstrait, plus multiple ou plus incertain ?
2. L’espace
L’espace est-il lumineux, projeté, numérique, scénique, cinématographique ou miniature ?
La technologie transforme-t-elle seulement le décor, ou modifie-t-elle la manière dont le corps habite l’espace ?
3. Le dispositif technique
Peut-on repérer la lumière, la projection, la caméra, l’écran, le filmage en direct, la motion capture ou l’image numérique ?
Le dispositif est-il caché ou visible par le spectateur ?
4. Le regard du spectateur
Le spectateur voit-il une métamorphose lumineuse, une amplification du mouvement ou la fabrication d’une image en direct ?
La technologie rend-elle le spectateur plus immergé, plus attentif, ou plus conscient de la fabrication scénique ?
5. Le type de transformation
La technologie transforme-t-elle d’abord la perception ?
Ou transforme-t-elle déjà l’écriture chorégraphique et la présence du corps ?
Questions de travail
1. Décrire les images
Que voit-on dans l’image de Danse serpentine ?
Comment les voiles et la lumière transforment-ils le corps de Loïe Fuller ?
Que voit-on dans l’image de BIPED ?
Comment les silhouettes numériques modifient-elles la perception du mouvement ?
Que voit-on dans l’image de Kiss & Cry ?
Pourquoi peut-on dire que le corps y est fragmenté, filmé et reconstruit par l’image ?
2. Identifier la relation entre les arts
Dans Danse serpentine, la technologie sert-elle surtout à créer un univers visuel ?
Dans BIPED, la technologie remplace-t-elle le danseur ou amplifie-t-elle sa présence ?
Dans
Kiss & Cry, la technologie transforme-t-elle seulement le regard, ou modifie-t-elle aussi la présence du corps ?
3. Comparer les trois images
Quelle image montre une technologie lumineuse ?
Quelle image montre une technologie numérique de projection ?
Quelle image montre une technologie de filmage en direct ?
Quelle œuvre transforme surtout la perception du spectateur ?
Quelle œuvre interroge plus directement la présence du corps ?
4. Problématiser
Une technologie est-elle seulement un effet spectaculaire ?
La technologie rend-elle la danse plus lisible ou plus complexe ?
Le corps dansant reste-t-il central lorsqu’il est transformé par la lumière, l’image ou la caméra ?
À partir de quand peut-on dire que la technologie transforme vraiment l’écriture chorégraphique ?

Danse serpentine — Loïe Fuller — à partir des années 1890
Cette image permet d’observer la naissance d’un imaginaire technologique scénique. Avec les voiles, les lumières colorées et l’électricité, le corps de la danseuse se transforme en forme mouvante, abstraite et lumineuse. Numeridanse présente la Danse serpentine comme une forme spectaculaire composite, fondatrice d’un pan de la danse moderne et contemporaine.
Dans cette image, la technologie agit d’abord sur le regard du spectateur. Elle ne transforme pas encore l’écriture chorégraphique en profondeur, mais elle métamorphose la perception du corps.

BIPED — Merce Cunningham — 1999
Cette image permet d’observer la superposition entre danseurs réels et silhouettes numériques. Dans BIPED, la technologie issue de la motion capture permet de projeter des figures animées qui démultiplient les lignes, les trajectoires et les présences. Le Merce Cunningham Trust précise que le décor de BIPED explore les possibilités de l’animation par motion capture, avec les artistes numériques Paul Kaiser et Shelley Eshkar.
Ici, la technologie amplifie la perception du mouvement. Elle augmente le regard du spectateur en rendant visibles des structures spatiales, des traces ou des prolongements du corps.

Kiss & Cry — Michèle Anne De Mey / Jaco Van Dormael — 2011
Cette image permet de faire basculer la réflexion vers la deuxième partie du cours. Dans Kiss & Cry, le corps est fragmenté, filmé en direct, agrandi et projeté. Les mains peuvent devenir des personnages ; le plateau devient à la fois scène chorégraphique et studio de cinéma miniature. Astragales confirme que Kiss & Cry est une création de 2011 imaginée par Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael.
Dans cette image, la technologie ne transforme plus seulement le regard : elle transforme la présence même du corps. Le spectateur voit à la fois le corps réel, le dispositif de fabrication et l’image projetée.
| Danse serpentine | BIPED | Kiss & Cry | |
|---|---|---|---|
| Artiste / date | |||
| Technologie utilisée | |||
| Ce que l’on voit immédiatement | |||
| Effet produit sur le corps | |||
| Effet produit sur l’espace | |||
| Effet produit sur le spectateur | |||
| Transformation principale | |||
| Partie du cours concernée | |||
| Idée clé à retenir |
Une question, une réponse :
Comment la danse dialogue-t-elle avec les autres arts ?
Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart ouvre une série consacrée aux liens entre danse, musique, décor, costume, arts plastiques, dessin et image.
À travers les œuvres suivantes :
• La Belle au bois dormant — Marius Petipa / Piotr Ilitch Tchaïkovski — 1890
• Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage — 1954
• It’s a Draw — Trisha Brown — 2002
Cet épisode montre que les autres arts peuvent servir la danse, coexister avec elle ou devenir de véritables partenaires de création.
👉 Objectif :
Comprendre les trois grands types de dialogue artistique : assujettissement, juxtaposition et interaction.
Activité 2 - Construire mon corpus de connaissances de la partie 1
I — Les nouvelles technologies transforment la perception de la danse
Objectif de l’activité
Construire l’argumentation de la partie I :
I — Les nouvelles technologies transforment la perception de la danse
Dans cette partie, il s’agit de montrer que les nouvelles technologies transforment d’abord la manière dont le spectateur voit la danse. Elles créent des univers lumineux, numériques, filmiques ou hybrides. Elles ne remplacent pas le corps dansant, mais elles modifient sa perception : le corps devient image, apparition, silhouette, projection, trace filmique ou présence augmentée.
La technologie agit donc comme une médiation perceptive : elle transforme le regard avant de transformer directement l’écriture chorégraphique.
1. À rendre — individuel, fin de séquence
À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :
« Les nouvelles technologies comme médiation perceptive : voir autrement la danse »
Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :
Comment la technologie peut-elle créer un univers scénique nouveau ?
Comment la lumière, la projection ou l’image numérique transforment-elles la perception du corps ?
Comment la caméra, le cadrage, le montage ou la 3D modifient-ils la réception d’une œuvre chorégraphique ?
Quelle différence peut-on faire entre une technologie qui transforme le regard et une technologie qui transforme l’écriture chorégraphique ?
Pourquoi peut-on dire que la danse filmée n’est pas seulement une captation, mais une autre manière de faire voir la danse ?
Vous devrez obligatoirement mobiliser les cinq références étudiées :
- Danse serpentine — Loïe Fuller — à partir des années 1890
- Théorie des Prodiges — Système Castafiore / Marcia Barcellos et Karl Biscuit — création 2016
- BIPED — Merce Cunningham — 1999
- Pina — Wim Wenders / Pina Bausch — 2011
- Rosas danst Rosas — Anne Teresa De Keersmaeker / Thierry De Mey — pièce 1983 ; film 1997
2. Travail collectif en classe — World Café
Chaque table analyse une œuvre à partir :
d’un extrait vidéo ;
d’une image ou d’un document iconographique ;
du dossier documentaire fourni ;
des axes d’analyse proposés.
Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie I.
Table 1
Danse serpentine — Loïe Fuller
Axe d’analyse
Créer un univers lumineux : quand la technologie métamorphose le corps en apparition scénique.
Questions de travail
Comment les voiles, la lumière et la couleur transforment-ils la perception du corps ?
Le spectateur voit-il encore une danseuse ou une forme lumineuse en métamorphose ?
Pourquoi peut-on dire que la technologie devient un élément esthétique à part entière ?
Comment la lumière modifie-t-elle l’espace scénique ?
En quoi cette œuvre inaugure-t-elle un imaginaire technologique de la scène ?
La technologie transforme-t-elle ici l’écriture du mouvement ou surtout la manière de le percevoir ?
Idée à retenir
Avec Danse serpentine, Loïe Fuller utilise la lumière, les voiles et les effets scéniques pour transformer le corps en matière lumineuse. La technologie crée un univers visuel nouveau : elle modifie d’abord la perception du spectateur.
Table 2
Théorie des Prodiges — Système Castafiore / Marcia Barcellos et Karl Biscuit
Axe d’analyse
Construire un théâtre d’images : quand la technologie fabrique un monde scénique hybride.
Questions de travail
Comment les projections, les images vidéo et les effets visuels transforment-ils l’espace scénique ?
Pourquoi peut-on parler de théâtre d’images ?
Comment la présence d’une narratrice virtuelle modifie-t-elle la relation entre réel et imaginaire ?
Les technologies sont-elles utilisées pour modifier directement le geste ou pour créer un univers perceptif ?
Comment les corps réels dialoguent-ils avec les images, les paysages projetés et l’environnement sonore ?
En quoi cette œuvre permet-elle de comprendre la technologie comme médiation perceptive ?
Idée à retenir
Avec Système Castafiore, la technologie sert à créer un monde scénique hybride, entre danse, théâtre, musique, image et numérique. Elle transforme surtout la perception du spectateur en construisant un univers visuel étrange et poétique.
Table 3
BIPED — Merce Cunningham — 1999
Axe d’analyse
Amplifier le mouvement : quand les silhouettes numériques augmentent le regard du spectateur.
Questions de travail
Comment les silhouettes numériques se superposent-elles aux danseurs réels ?
Les images numériques remplacent-elles les danseurs ou prolongent-elles leur présence ?
Comment la motion capture permet-elle de rendre visibles des trajectoires ou des lignes de mouvement ?
Pourquoi peut-on parler d’une perception augmentée ?
Comment la technologie modifie-t-elle l’espace scénique ?
La technologie change-t-elle ici la composition chorégraphique ou surtout sa lisibilité visuelle ?
Idée à retenir
Dans BIPED, Merce Cunningham utilise les projections numériques pour amplifier la perception du mouvement. Les silhouettes virtuelles ne remplacent pas les danseurs réels : elles démultiplient les trajectoires et enrichissent le regard du spectateur.
Table 4
Danse filmée : Pina / Rosas danst Rosas
Axe d’analyse
Transformer le regard par la caméra : quand le film devient une autre expérience de la danse.
Questions de travail
Comment la caméra choisit-elle le point de vue du spectateur ?
Comment le cadrage modifie-t-il la manière de voir le corps dansant ?
Comment le montage restructure-t-il la perception du temps chorégraphique ?
Dans Pina, que produit l’usage de la 3D dans la réception de la danse ?
Dans Rosas danst Rosas, comment le lieu filmique, les plans et le montage reconstruisent-ils la pièce scénique ?
La danse filmée est-elle une simple trace documentaire ou une véritable réécriture du regard ?
Idée à retenir
Avec Pina et Rosas danst Rosas, la caméra transforme la réception de la danse. Le spectateur ne choisit plus librement son regard comme au théâtre : le film organise le cadrage, la distance, le montage, la profondeur et l’immersion.
Danse serpentine — Loïe Fuller — à partir des années 1890
Créer un univers lumineux : quand la technologie métamorphose le corps en apparition scénique
Danse serpentine est associée à Loïe Fuller, figure majeure de la modernité scénique à la fin du XIXe siècle. Numeridanse présente cette œuvre comme une forme spectaculaire composite, fondatrice d’un pan de la danse moderne et contemporaine. Avec ses voiles, ses lumières et ses recherches scéniques, Fuller transforme le corps en formes abstraites et mouvantes.
Cette référence permet de comprendre que les nouvelles technologies ne commencent pas avec le numérique. L’électricité, l’éclairage coloré et les effets lumineux constituent déjà une révolution pour la perception de la danse.
I. La lumière transforme la scène en espace de métamorphose
Dans Danse serpentine, la technologie agit d’abord sur l’espace scénique. Les lumières colorées et les effets d’éclairage transforment la scène en un espace mouvant, presque immatériel. Le plateau ne représente pas un lieu réaliste : il devient un espace de métamorphose.
Les voiles prolongent le mouvement du corps. Ils captent la lumière, changent de forme, créent des volumes, ouvrent et ferment l’espace. Le spectateur ne perçoit plus seulement un déplacement corporel ; il voit une forme lumineuse qui se transforme en permanence.
L’argument à retenir est que la technologie crée un univers scénique nouveau. Elle n’est pas un simple accessoire : elle devient une matière esthétique.
II. Le corps devient image lumineuse plutôt que figure humaine lisible
Le corps de Loïe Fuller est parfois presque dissimulé par les voiles et par la lumière. Le spectateur ne voit pas toujours une silhouette humaine clairement identifiable. Il perçoit plutôt une apparition, une fleur, une flamme, une vague ou une abstraction mouvante.
Cette transformation est essentielle. La technologie modifie la perception du corps : elle le rend moins anatomique, moins narratif, moins psychologique. Le corps devient support de projection, matière plastique et phénomène lumineux.
L’argument essentiel est que la technologie ne modifie pas seulement le décor. Elle transforme directement la manière dont le corps dansant apparaît au regard.
III. Une révolution perceptive avant une transformation de l’écriture chorégraphique
Dans Danse serpentine, la technologie ne transforme pas encore l’écriture chorégraphique comme le fera plus tard le logiciel ou l’image interactive. Elle transforme surtout le regard du spectateur.
Le mouvement reste lié au corps, au tissu, à la rotation, à l’amplitude des bras et aux déplacements. Mais ce mouvement est perçu autrement grâce à la lumière et aux effets scéniques. La danse devient spectacle de transformation visuelle.
Cette œuvre ouvre donc la première partie du cours : les nouvelles technologies transforment d’abord la perception de la danse. Elles permettent de voir autrement le corps et l’espace.
Avec
Danse serpentine, Loïe Fuller montre que la technologie peut créer un imaginaire scénique nouveau. Les voiles, la lumière électrique et les couleurs métamorphosent le corps en apparition lumineuse. La technologie devient un élément esthétique central : elle transforme d’abord le regard du spectateur sur le corps dansant.
Théorie des Prodiges — Système Castafiore / Marcia Barcellos et Karl Biscuit — création 2016
Construire un théâtre d’images : quand la technologie fabrique un monde scénique hybride
Théorie des Prodiges est une création de Système Castafiore, compagnie fondée autour du travail de Marcia Barcellos et Karl Biscuit. La Maison de la Danse présente cette pièce comme une création en résidence, dans laquelle une narratrice virtuelle côtoie des danseuses et une chanteuse sur fond de projections de paysages étranges. Numeridanse présente plus largement Système Castafiore comme un collectif mêlant danse, théâtre, musique et numérique.
Cette œuvre permet de comprendre une autre forme de transformation perceptive : la technologie construit un monde scénique hybride, entre corps réel, image, fiction, son et virtualité.
I. La technologie fabrique un univers scénique plutôt qu’un simple décor
Dans Théorie des Prodiges, les projections, les images vidéo, la lumière et l’environnement sonore ne servent pas seulement à décorer la scène. Ils fabriquent un univers. La scène devient un espace étrange, peuplé de paysages projetés, de figures réelles et virtuelles.
La présence d’une narratrice virtuelle est particulièrement importante. Elle introduit une figure qui n’appartient pas au même régime de présence que les danseuses réelles. Le spectateur voit coexister plusieurs niveaux de réalité : corps vivant, image, voix, projection, fiction visuelle.
L’argument à retenir est que la technologie agit ici comme créatrice de monde. Elle transforme la perception globale de la scène.
II. Les corps réels sont plongés dans un théâtre d’images
Les danseuses ne sont pas simplement placées devant des images. Elles sont intégrées à un univers visuel et sonore. Leur présence est modifiée par les projections, les couleurs, les textures et les paysages étranges.
Le corps réel devient un élément parmi d’autres dans une composition hybride. Il dialogue avec des images, des présences virtuelles, des effets scéniques et un imaginaire sonore. La technologie transforme donc la manière dont le spectateur perçoit les corps : ceux-ci semblent appartenir à un monde instable, onirique et fictionnel.
L’argument essentiel est que la danse est ici absorbée dans un théâtre d’images. La technologie transforme le contexte perceptif dans lequel le corps apparaît.
III. Une médiation perceptive plus qu’une transformation directe du geste
Théorie des Prodiges n’est pas à placer dans la partie sur l’écriture chorégraphique transformée par la technologie. La technologie ne fonctionne pas d’abord comme un logiciel de composition ou comme un partenaire interactif du mouvement.
Elle agit surtout sur la perception : elle construit une atmosphère, un monde, un imaginaire, un régime de présence hybride. Le spectateur est invité à entrer dans un univers scénique où l’image et le numérique réenchantent la scène.
Cette œuvre permet donc de préciser la différence entre la partie I et la partie II : ici, la technologie transforme principalement le regard, non l’acte même de composer le mouvement.
Avec
Théorie des Prodiges, Système Castafiore montre que la technologie peut construire un théâtre d’images. Les projections, la narratrice virtuelle, les paysages étranges et l’univers sonore transforment la perception du spectateur. La technologie agit comme médiation perceptive : elle fabrique un monde scénique hybride dans lequel les corps apparaissent autrement.
BIPED — Merce Cunningham — 1999
Amplifier le mouvement : quand les silhouettes numériques augmentent le regard du spectateur
BIPED est une œuvre de Merce Cunningham, créée en 1999. La Merce Cunningham Trust précise que les artistes numériques Paul Kaiser et Shelley Eshkar ont collaboré avec Cunningham, qui a chorégraphié des phrases transposées en silhouettes numériques animées à partir de la motion capture.
Cette œuvre permet d’étudier une technologie qui amplifie la perception du mouvement. Les projections numériques ne remplacent pas les danseurs réels, mais elles modifient la manière dont le spectateur perçoit les trajectoires, les lignes et l’espace.
I. Des silhouettes numériques qui prolongent le corps réel
Dans BIPED, les danseurs réels partagent la scène avec des formes numériques projetées. Ces silhouettes ne sont pas de simples images décoratives. Elles sont issues de données de mouvement et prolongent virtuellement certaines dimensions du geste.
Le spectateur voit donc plusieurs présences : le corps vivant, la trace numérique, la silhouette projetée. Cette superposition transforme la perception du mouvement. Le corps ne se limite plus à sa présence physique immédiate ; il est accompagné par une image qui en prolonge ou en abstrait les trajectoires.
L’argument à retenir est que la technologie augmente la visibilité du mouvement. Elle rend perceptibles des lignes et des dynamiques qui peuvent échapper au regard.
II. Un espace traversé par des trajectoires et des présences virtuelles
L’espace de BIPED est transformé par les projections. Les silhouettes numériques apparaissent, disparaissent, traversent le plateau et créent une profondeur visuelle. Le spectateur voit un espace partagé entre corps réels et présences virtuelles.
Cette transformation ne relève pas seulement de l’effet visuel. Elle modifie la relation entre le corps, l’espace et le regard. La scène devient un espace stratifié, où plusieurs niveaux de perception coexistent.
L’argument essentiel est que la technologie rend l’espace plus complexe. Elle amplifie la perception des trajectoires et démultiplie la présence du mouvement.
III. Une lisibilité augmentée, mais une possible concurrence avec le corps vivant
BIPED montre que la technologie peut enrichir la perception. Elle permet au spectateur de voir autrement la danse, de suivre des présences virtuelles, d’observer les rapports entre lignes numériques et danseurs réels.
Mais cette richesse crée aussi une tension. Le spectateur peut être attiré par les projections au point de détourner son attention des danseurs vivants. La technologie amplifie le regard, mais elle peut aussi entrer en concurrence avec le corps réel.
Cette tension est intéressante pour le cours : la technologie transforme la perception sans annuler la danse. Elle oblige à repenser l’équilibre entre corps vivant et image numérique.
Dans
BIPED, Merce Cunningham utilise la technologie numérique pour amplifier la perception du mouvement. Les silhouettes issues de la motion capture prolongent les corps réels, démultiplient les trajectoires et rendent l’espace plus complexe. La technologie transforme donc le regard du spectateur, tout en posant la question de la place du corps vivant face à l’image projetée.
Pina — Wim Wenders / Pina Bausch — 2011
Filmer la danse en 3D : transformer l’immersion du spectateur
Pina est un film de Wim Wenders, sorti en 2011, consacré à l’univers chorégraphique de Pina Bausch. Allociné présente le film comme une œuvre en 3D, dansée par la troupe du Tanztheater Wuppertal.
Cette référence permet de comprendre que la technologie filmique ne se contente pas de conserver une danse. Elle transforme la réception du spectateur par la caméra, le montage, le cadrage, les lieux choisis et la profondeur produite par la 3D.
I. La caméra organise un regard que le spectateur ne choisit plus seul
Dans une salle de spectacle, le spectateur choisit en partie où porter son regard. Il peut regarder un danseur, le groupe, l’espace ou un détail. Dans Pina, la caméra organise ce regard à sa place.
Le cadrage décide ce qui est visible, ce qui est rapproché, ce qui est éloigné, ce qui reste hors champ. Le montage organise le temps de réception. Le spectateur n’assiste plus à une œuvre depuis une place fixe : il entre dans une construction cinématographique du regard.
L’argument à retenir est que la caméra transforme la réception de la danse. Elle donne accès à des détails et à des angles impossibles depuis une salle, mais elle impose aussi un point de vue.
II. La 3D crée une immersion nouvelle dans l’espace chorégraphique
L’usage de la 3D dans Pina modifie la perception de la profondeur, du volume et de la présence des danseurs. Le spectateur peut éprouver une proximité nouvelle avec les corps, les gestes et les espaces.
La danse n’est pas seulement filmée frontalement. Elle est reconstruite comme expérience immersive. La profondeur permet de sentir davantage les distances entre les corps, les avancées, les reculs, les volumes et les rapports au décor.
L’argument essentiel est que la technologie filmique transforme l’espace chorégraphique. Elle ne remplace pas la scène, mais elle propose une autre manière de l’habiter par le regard.
III. Une œuvre filmique plus qu’une simple captation
Pina n’est pas une captation neutre de spectacle. Le film associe extraits chorégraphiques, lieux extérieurs, choix de montage, cadrages et dispositif 3D. Il construit une œuvre cinématographique à partir de l’univers de Pina Bausch.
Cette distinction est essentielle. La danse filmée n’est pas seulement une trace. Elle devient une nouvelle expérience de perception. Le spectateur découvre les corps par un regard guidé, rapproché, déplacé et immersif.
Le film montre donc que la technologie transforme la diffusion de la danse, mais aussi son mode de réception. Elle fait passer la danse de la scène à l’écran, en modifiant profondément le regard.
Avec
Pina, Wim Wenders transforme la réception de la danse par le cinéma et la 3D. La caméra choisit les points de vue, le montage organise le temps et la profondeur immersive modifie la perception des corps. La technologie filmique ne se contente donc pas de documenter la danse : elle construit une autre expérience perceptive.
Rosas danst Rosas — Anne Teresa De Keersmaeker / Thierry De Mey — pièce 1983 ; film 1997
Adapter la danse à l’écran : quand cadrage, lieu et montage reconstruisent la chorégraphie
Rosas danst Rosas est une pièce chorégraphique d’Anne Teresa De Keersmaeker, créée en 1983. L’adaptation filmique de Thierry De Mey date de 1997. Numeridanse présente le film comme une adaptation cinématographique du spectacle de 1983, tournée à l’école RITO de l’architecte Henry Van de Velde, à Louvain.
Cette œuvre permet de distinguer clairement pièce scénique et œuvre filmique. Le film ne se contente pas d’enregistrer la chorégraphie : il la reconstruit par le choix du lieu, les angles de caméra, le cadrage et le montage.
I. Le changement de lieu transforme la perception de la chorégraphie
La pièce scénique de Rosas danst Rosas est conçue pour le plateau. Le film, lui, déplace la danse dans un lieu architectural : l’école RITO à Louvain. Ce déplacement modifie la réception.
L’architecture devient un partenaire du regard. Les couloirs, les murs, les ouvertures, les lignes et les espaces vides donnent à la chorégraphie une autre résonance visuelle. Le spectateur ne perçoit plus seulement les gestes répétitifs ; il les voit inscrits dans un espace filmique spécifique.
L’argument à retenir est que la caméra ne capture pas simplement la danse : elle la replace dans un autre monde visuel.
II. Le cadrage et le montage recomposent le rythme chorégraphique
Dans le film de Thierry De Mey, le spectateur ne regarde pas la chorégraphie comme depuis une salle. Le cadrage peut isoler un visage, un bras, un geste, un alignement de corps ou une répétition. Le montage peut rapprocher, couper, relancer ou accentuer certains rythmes.
La chorégraphie de De Keersmaeker repose sur la répétition, l’énergie, l’usure, la précision et la variation. Le film accentue ces éléments par la construction du regard. Il peut rendre plus visible la mécanique du geste, la fatigue, les détails et les rapports entre les danseuses.
L’argument essentiel est que le film transforme le temps chorégraphique. Le montage devient une manière de recomposer la danse pour l’écran.
III. Une adaptation filmique qui produit une autre expérience de la danse
Rosas danst Rosas permet de comprendre que la danse filmée n’est pas forcément secondaire par rapport à la scène. Le film produit une expérience propre. Il impose un regard, mais il révèle aussi des dimensions que la scène ne montre pas de la même manière.
Le spectateur ne choisit plus librement son point de vue, mais il accède à une précision nouvelle : détails corporels, cadrages rapprochés, relations avec l’architecture, organisation du rythme par le montage.
Cette œuvre montre donc que la technologie filmique transforme la perception de la danse en profondeur. Elle ne modifie pas seulement la diffusion : elle produit un autre mode d’existence de la chorégraphie.
Avec
Rosas danst Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker et Thierry De Mey montrent que le film peut reconstruire une œuvre chorégraphique. Le changement de lieu, le cadrage et le montage transforment le regard du spectateur. La danse filmée n’est donc pas une simple archive : elle devient une nouvelle expérience perceptive de la chorégraphie.
Une question, une réponse :
Comment les autres arts se mettent-ils au service de la danse ?
Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore le premier modèle de dialogue entre danse et autres arts : une relation hiérarchisée, où la musique, le livret, le décor, le costume et la scénographie servent la lisibilité chorégraphique.
À travers les œuvres suivantes :
• La Belle au bois dormant — Marius Petipa / Piotr Ilitch Tchaïkovski — 1890
• Giselle — Jean Coralli / Jules Perrot / Adolphe Adam — 1841
• Le Lac des cygnes — Marius Petipa / Lev Ivanov / Piotr Ilitch Tchaïkovski — 1895
Cet épisode montre comment les autres arts construisent l’illusion, guident l’émotion du spectateur et valorisent le corps dansant dans le ballet classique et romantique.
👉 Objectif :
Comprendre l’assujettissement des autres arts à la danse dans le ballet classique et romantique.
| Danse serpentine | Système Castafiore | BIPED | Pina | Rosas danst Rosas | |
|---|---|---|---|---|---|
| Chorégraphe / compositeur / date | |||||
| Technologie utilisée | |||||
| Effet sur le corps | |||||
| Effet sur l’espace | |||||
| Effet sur le regard du spectateur | |||||
| Type de perception créée | |||||
| Limite ou tension | |||||
| Argument central pour la partie I |
Activité 3 - Construire le corpus de connaissance de la partie 2
II — Les arts juxtaposés : autonomie, coexistence et liberté de lecture
Objectif de l’activité
Construire l’argumentation de la partie II :
II — Les arts juxtaposés : autonomie, coexistence et liberté de lecture
Dans cette partie, il s’agit de montrer qu’au XXème siècle, certains chorégraphes refusent que les autres arts soient simplement au service de la danse. La musique ne doit plus obligatoirement accompagner le mouvement. Le décor ne doit plus nécessairement représenter un lieu ou illustrer une histoire. Le geste peut aussi se développer sans spectaculaire, sans effet dramatique, sans fusion obligatoire avec les autres éléments scéniques.
Les arts sont alors juxtaposés : ils coexistent dans un même temps ou un même espace, mais chacun garde son autonomie. Le spectateur n’est plus guidé par une unité évidente ; il doit construire lui-même les liens.
Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois dossiers étudiés :
Root of an Unfocus — Merce Cunningham / John Cage — 1944
La Merce Cunningham Trust indique que Root of an Unfocus est créé le 5 avril 1944 au Humphrey-Weidman Studio Theatre à New York, avec une musique de John Cage. Cette œuvre permet d’aborder l’autonomie entre danse et musique.
Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage — 1954
La Merce Cunningham Trust précise que Minutiae inaugure la collaboration entre Cunningham et Robert Rauschenberg. Le MoMA rappelle que Cunningham chorégraphie, Cage compose et Rauschenberg crée indépendamment, avant que les éléments soient mis ensemble dans la représentation.
Trio A — Yvonne Rainer — 1966
Le MoMA indique que Trio A est chorégraphié en 1966. L’œuvre se compose d’un flux continu de mouvements ordinaires, sans musique dans la version filmée de 1978, et s’inscrit dans le contexte de la Judson Dance Theater et de la post-modern dance.
1. À rendre — individuel, fin de séquence
À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :
« Les arts juxtaposés : quand danse, musique et arts visuels gardent leur autonomie »
Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :
Comment Cunningham et Cage remettent-ils en cause l’idée d’une musique au service de la danse ?
Comment un décor ou un objet plastique peut-il être présent sur scène sans illustrer la chorégraphie ?
Comment la post-modern dance refuse-t-elle le spectaculaire, la virtuosité et la séduction scénique ?
Pourquoi la juxtaposition rend-elle le spectateur plus actif ?
Quelle différence peut-on faire entre un art assujetti à la danse et un art juxtaposé à la danse ?
2. Travail collectif en classe — World Café
Chaque table analyse une œuvre ou un dossier à partir :
d’un extrait vidéo ;
d’une image ou d’un document iconographique ;
du dossier documentaire fourni ;
des axes d’analyse proposés.
Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie II.
Table 1
Root of an Unfocus — Merce Cunningham / John Cage — 1944
Axe d’analyse
Danse et musique autonomes : rompre avec l’accompagnement illustratif.
Questions de travail
Comment la musique de John Cage se distingue-t-elle d’une musique simplement conçue pour accompagner les pas ?
Comment la danse peut-elle exister sans être guidée par une mélodie, un récit ou une émotion musicale dominante ?
Que gagne la chorégraphie lorsque la musique n’illustre plus le mouvement ?
Le spectateur peut-il encore chercher des correspondances entre le son et le geste ?
Pourquoi cette autonomie oblige-t-elle le spectateur à construire lui-même sa réception ?
En quoi cette œuvre marque-t-elle une rupture avec le modèle classique où la musique soutient directement la danse ?
Idée à retenir
Dans
Root of an Unfocus, la danse et la musique ne sont plus dans une relation d’illustration. Elles partagent un même temps, mais elles gardent leur autonomie. Le dialogue entre les arts devient une coexistence.
Table 2
Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage — 1954
Axe d’analyse
Danse, musique et arts plastiques en coexistence : l’objet scénique n’illustre pas la chorégraphie.
Questions de travail
Comment l’objet plastique de Rauschenberg se distingue-t-il d’un décor traditionnel ?
Pourquoi peut-on dire qu’il ne représente pas un lieu ou une histoire ?
Comment la danse circule-t-elle avec cet objet sans être entièrement expliquée par lui ?
Comment la musique, l’objet et la danse gardent-ils leur autonomie ?
Le spectateur voit-il une œuvre unifiée ou plusieurs langages présents ensemble ?
En quoi cette juxtaposition modifie-t-elle sa manière de regarder ?
Idée à retenir
Dans
Minutiae, Cunningham, Cage et Rauschenberg proposent une coexistence entre danse, musique et arts plastiques. L’objet scénique n’est plus un décor illusionniste : il est une présence plastique autonome avec laquelle la danse partage l’espace.
Table 3
Trio A — Yvonne Rainer — 1966
Axe d’analyse
La post-modern dance : refuser l’effet spectaculaire pour affirmer l’autonomie du geste.
Questions de travail
Que refuse Yvonne Rainer dans sa conception de la danse ?
Pourquoi l’absence de climax, de virtuosité ou de séduction scénique peut-elle être une rupture ?
Comment les gestes ordinaires deviennent-ils une matière chorégraphique ?
Pourquoi le mouvement ne cherche-t-il pas à produire un effet dramatique ou musical ?
Comment la sobriété du dispositif modifie-t-elle le regard du spectateur ?
En quoi la post-modern dance radicalise-t-elle la question du dialogue entre la danse et les autres arts ?
Idée à retenir
Dans
Trio A, Yvonne Rainer refuse le spectaculaire, la virtuosité et la séduction de la scène. Le geste devient autonome, sobre, continu, presque anti-théâtral. La danse ne cherche plus à fusionner avec les autres arts pour produire un effet total.
Events — Merce Cunningham — à partir de 1964
Le spectateur autonome : construire son propre regard dans une composition ouverte
Les Events de Merce Cunningham commencent en 1964, avec un premier Museum Event présenté au Museum des 20. Jahrhunderts à Vienne. La Merce Cunningham Trust indique que ce premier Event a lieu le 24 juin 1964 et définit cette forme comme un assemblage de danses complètes, d’extraits du répertoire et parfois de nouvelles séquences, arrangés pour un lieu et une performance spécifiques.
Ce dossier permet de comprendre que le spectateur peut être déplacé sans forcément être physiquement intégré à la danse. Chez Cunningham, le déplacement est d’abord perceptif : le spectateur doit organiser lui-même son regard dans une composition ouverte.
I. Une œuvre-assemblage qui rompt avec le spectacle narratif
Les Events ne fonctionnent pas comme un ballet narratif traditionnel. Ils assemblent des fragments : extraits d’œuvres, séquences recomposées, parfois nouveaux passages. Il n’y a pas nécessairement un début, un milieu et une fin à suivre comme dans une histoire.
Ce dispositif transforme la relation au spectateur. Celui-ci n’est plus guidé par un récit clair ou par un personnage principal. Il doit accepter une autre logique : celle de la juxtaposition, de la coexistence et de la recomposition.
L’argument à retenir est que Cunningham rend le spectateur actif parce qu’il ne lui impose pas une lecture unique. Le spectateur doit construire des liens, choisir des repères et accepter de ne pas tout comprendre de manière linéaire.
II. Un espace chorégraphique ouvert qui oblige le spectateur à choisir
Les Events sont souvent pensés en fonction du lieu. L’œuvre n’est pas seulement déplacée dans un espace : elle est arrangée pour ce lieu. Cela modifie profondément la réception.
Si plusieurs danseurs ou fragments attirent l’attention, le spectateur ne peut pas tout voir avec la même intensité. Son regard doit circuler. Il choisit un corps, un déplacement, une relation, puis en manque un autre. Ce manque fait partie de l’expérience.
Le spectateur devient donc autonome. Il n’est plus simplement placé face à une scène qui organise tout pour lui. Il participe mentalement à la construction de l’œuvre en composant son propre parcours de regard.
III. Une relation au spectateur fondée sur l’autonomie plutôt que sur la participation
Les Events ne transforment pas forcément le spectateur en participant physique. Il ne danse pas, il ne rejoint pas les interprètes. Pourtant, sa place change fortement.
Le spectateur est actif parce que l’œuvre lui demande de regarder autrement. Il doit accepter une composition ouverte, sans hiérarchie narrative forte. Il devient responsable de son attention.
Cette relation est importante pour le sujet : elle montre qu’il existe une activité du spectateur qui n’est pas la participation directe. Être actif, ce n’est pas seulement entrer dans la danse ; c’est aussi construire son propre regard.
Avec les
Events, Merce Cunningham instaure une relation nouvelle avec le spectateur. La forme fragmentaire, l’adaptation au lieu et l’absence de narration unique rendent le spectateur autonome. Il ne reçoit pas une œuvre entièrement guidée : il choisit, relie, interprète et accepte de ne pas tout saisir. Le spectateur devient actif par son regard.
Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage — 1954
Danse, musique et arts plastiques en coexistence : l’objet scénique n’illustre pas la chorégraphie
Minutiae est une œuvre de Merce Cunningham, créée en 1954, avec une musique de John Cage et une contribution plastique de Robert Rauschenberg. La Merce Cunningham Trust indique que cette œuvre inaugure la collaboration entre Cunningham et Rauschenberg, qui se poursuivra jusqu’à la tournée mondiale de 1964.
Le MoMA précise que Minutiae naît d’une collaboration entre Cunningham, Cage et Rauschenberg, chacun travaillant de manière indépendante avant que les éléments soient réunis. Rauschenberg crée notamment une structure autonome dans laquelle les danseurs peuvent circuler.
I. Un objet plastique autonome au lieu d’un décor illusionniste
Dans Minutiae, l’objet de Rauschenberg ne fonctionne pas comme un décor classique. Il ne représente pas un palais, une forêt, un lac ou un espace narratif. Il ne sert pas à faire croire à un lieu fictionnel.
Il s’agit d’une présence plastique autonome. L’objet existe comme œuvre visuelle, avec ses matières, ses couleurs, sa structure et sa présence propre. Il ne se contente pas d’encadrer la danse : il partage l’espace avec elle.
Cette différence est essentielle. Dans le modèle classique, le décor soutient l’illusion. Dans
Minutiae, l’objet ne raconte pas la danse. Il existe à côté d’elle, dans une relation de coexistence.
I. Une danse qui circule avec l’objet sans l’illustrer
Les danseurs évoluent dans un espace où l’objet plastique est présent. Ils peuvent circuler autour de lui, le traverser visuellement ou composer avec sa présence. Mais ils ne sont pas là pour raconter l’objet ou expliquer sa signification.
Cette relation produit une juxtaposition : la danse garde sa logique propre, l’objet plastique garde la sienne, et la musique de Cage conserve également son autonomie. Aucun langage n’est réduit au rôle d’accompagnement.
Le dossier permet donc de formuler un argument important : le dialogue entre les arts peut exister sans fusion. Les langages se rencontrent parce qu’ils partagent la scène, mais ils ne se soumettent pas les uns aux autres.
III. Un spectateur face à plusieurs langages simultanés
Pour le spectateur, Minutiae produit une réception différente de celle du ballet classique. Il ne peut pas seulement suivre une narration ou admirer une illusion scénique. Il doit regarder plusieurs éléments autonomes : le mouvement des danseurs, l’objet plastique, la musique, l’espace entre eux.
Cette relation rend le spectateur plus libre, mais aussi plus responsable. Il doit construire ses propres associations. Il peut voir des correspondances, mais elles ne sont pas imposées. Il peut aussi percevoir les écarts entre les arts.
L’œuvre montre ainsi que la juxtaposition transforme le rôle du spectateur. Celui-ci ne reçoit plus une œuvre entièrement unifiée par une narration ou une esthétique commune. Il fabrique son propre parcours de perception.
Dans
Minutiae, Merce Cunningham, John Cage et Robert Rauschenberg proposent une coexistence entre danse, musique et arts plastiques. L’objet scénique ne sert plus d’illusion décorative ; il devient une présence autonome. La danse dialogue avec les autres arts par juxtaposition : chaque art garde sa liberté, et le spectateur construit lui-même les liens.
Trio A — Yvonne Rainer — 1966
La post-modern dance : refuser l’effet spectaculaire pour affirmer l’autonomie du geste
Trio A est une œuvre d’Yvonne Rainer, chorégraphiée en 1966. Le MoMA précise que l’œuvre est d’abord présentée comme trio par Yvonne Rainer, David Gordon et Steve Paxton, à la Judson Memorial Church, dans The Mind Is a Muscle, Part 1. Le MoMA indique aussi que Trio A se compose d’une séquence de mouvements quotidiens, dans un flux continu, et que la version filmée de 1978 est silencieuse.
Cette œuvre permet d’intégrer la post-modern dance dans la partie II. Ici, la question du dialogue avec les autres arts est abordée par le refus : refus du spectaculaire, refus de l’effet dramatique, refus de la virtuosité, refus de la séduction scénique.
I. Une danse qui refuse le spectacle total
Dans Trio A, il n’y a pas de décor spectaculaire, pas de narration, pas de personnage, pas de climax dramatique. Le mouvement n’est pas construit pour produire un grand effet visuel ou émotionnel.
Cette sobriété s’inscrit dans une critique des conventions du spectacle. La danse ne cherche pas à fusionner avec la musique, le décor ou la lumière pour construire un univers total. Elle se retire volontairement des effets scéniques traditionnels.
Ce refus est essentiel pour comprendre la juxtaposition. Dans cette logique postmoderne, la danse peut exister sans dépendre d’un habillage artistique. Elle affirme son autonomie minimale : un corps, des actions, une continuité.
II. Un corps ordinaire contre la virtuosité et la séduction
Le corps de Trio A n’est pas un corps héroïque. Il ne cherche pas à impressionner par des sauts, des poses, des tours ou des effets expressifs. Il enchaîne des gestes simples : marcher, s’agenouiller, déplacer les bras, orienter le corps, passer d’une action à l’autre.
Le MoMA souligne que Rainer s’éloigne de la danse classique et moderne fondée sur la virtuosité et l’expression pour privilégier une physicalité non amplifiée et une continuité de mouvement non accentuée.
Cette conception transforme le dialogue avec les autres arts. Le mouvement ne demande pas à être soutenu par une musique dramatique ou un décor symbolique. Il existe comme action autonome. La danse se défait de tout ce qui pourrait la rendre spectaculaire.
III. Un spectateur confronté à l’autonomie du geste
Pour le spectateur, Trio A peut être déroutant. Il n’est pas invité à admirer une virtuosité, à suivre une histoire ou à recevoir une émotion clairement organisée. Il doit regarder une continuité de gestes ordinaires, sans climax et sans hiérarchie évidente.
Cette réception demande une attention différente. Le spectateur doit observer les transitions, les détails, la distribution de l’énergie, la qualité de présence. Il ne peut pas s’appuyer sur les repères habituels du spectacle dansé.
L’œuvre montre donc que l’autonomie du geste peut être une forme radicale de dialogue avec les autres arts : la danse n’a pas besoin de se fondre dans un ensemble spectaculaire. Elle peut affirmer sa présence par dépouillement.
Dans
Trio A, Yvonne Rainer radicalise l’autonomie de la danse. Le geste ordinaire, continu, non spectaculaire, refuse la virtuosité, le récit et la séduction scénique. Cette œuvre permet de comprendre que le dialogue avec les autres arts peut aussi passer par une mise à distance des effets artistiques : la danse ne s’assujettit plus à la musique, au décor ou au spectacle total ; elle affirme la puissance autonome du mouvement.
Une question, une réponse :
Que se passe-t-il quand les arts partagent la scène sans se soumettre les uns aux autres ?
Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore la juxtaposition des arts. Au XXe siècle, certains chorégraphes refusent que la musique, le décor ou l’objet plastique soient simplement au service de la danse.
À travers les œuvres suivantes :
• Root of an Unfocus — Merce Cunningham / John Cage — 1944
• Minutiae — Merce Cunningham / Robert Rauschenberg / John Cage — 1954
• Trio A — Yvonne Rainer — 1966
Cet épisode montre que danse, musique, arts plastiques et geste peuvent coexister sans hiérarchie. Le spectateur n’est plus guidé par une lecture unique : il construit lui-même les liens.
👉 Objectif :
Comprendre la juxtaposition des arts : autonomie, coexistence et liberté de lecture.
| Root of an Unfocus | Minutiae | Trio A | |
|---|---|---|---|
| Chorégraphe / artistes / date | |||
| Arts mis en relation | |||
| Type de relation entre les arts | |||
| Ce qui est refusé | |||
| Place de la musique | |||
| Place de l’objet / du décor / du dispositif | |||
| Corps et mouvement | |||
| Rôle du spectateur | |||
| Argument central pour la partie II |
Activité 4 - Construire le corpus de connaissance de la partie 3
III — Les arts en interaction : co-écriture et transformation réciproque
Objectif de l’activité
Construire l’argumentation de la partie III :
III — Les arts en interaction : co-écriture et transformation réciproque
Dans cette partie, il s’agit de montrer que les autres arts ne sont plus seulement au service de la danse, ni simplement juxtaposés à elle. Ils deviennent de véritables partenaires d’écriture.
Le texte peut transformer les états de corps. Le dessin peut naître directement du mouvement. L’image numérique peut modifier l’espace, les appuis, les trajectoires et la perception du corps. On parle alors de co-écriture, car chaque art agit sur l’autre et transforme la composition chorégraphique.
Vous devrez obligatoirement mobiliser les trois œuvres étudiées :
May B — Maguy Marin — 1981
La Maison de la Danse présente May B comme une œuvre de Maguy Marin, créée en 1981, pour dix danseurs. L’œuvre est inspirée par l’univers de Samuel Beckett : Sadler’s Wells rappelle qu’elle est fondée sur ses écrits et évoque des interprètes aux visages couverts d’argile, perdus dans un monde beckettien de gestes répétitifs, de soupirs et de grognements.
It’s a Draw — Trisha Brown — 2002
La Trisha Brown Dance Company présente It’s a Draw comme une chorégraphie de Trisha Brown, créée en 2002, avec environ vingt minutes par dessin. Le document du MAC Lyon précise que, dans cette performance, le mouvement produit une trace graphique.
Pixel — Mourad Merzouki / Adrien M & Claire B — 2014
La Compagnie Käfig présente Pixel comme une création de Mourad Merzouki, avec une création numérique d’Adrien Mondot et Claire Bardainne. La Maison de la Danse confirme la direction artistique et chorégraphique de Mourad Merzouki, le concept avec Adrien M / Claire B et la création numérique d’Adrien Mondot et Claire Bardainne.
1. À rendre — individuel, fin de séquence
À partir de l’analyse des œuvres étudiées, vous réaliserez une fiche de révision sur :
« Les arts en interaction : quand le texte, le dessin ou l’image transforment la danse »
Votre fiche devra répondre aux questions suivantes :
Comment le texte peut-il devenir une matière chorégraphique sans être simplement raconté ?
Comment le geste dansé peut-il produire une œuvre plastique ?
Comment l’image numérique peut-elle devenir partenaire du mouvement ?
Quelle différence peut-on faire entre juxtaposition et interaction ?
À quelles conditions peut-on parler de co-écriture entre la danse et les autres arts ?
2. Travail collectif en classe — World Café
Chaque table analyse une œuvre à partir :
d’un extrait vidéo ;
d’une image ou d’un document iconographique ;
du dossier documentaire fourni ;
des axes d’analyse proposés.
Objectif : produire une fiche synthèse commune permettant de construire l’argumentation de la partie III.
Table 1
May B — Maguy Marin — 1981
Axe d’analyse
Quand le texte devient corps : transposer l’univers de Beckett en états de mouvement.
Questions de travail
Comment May B s’inspire-t-il de Samuel Beckett sans simplement raconter une pièce de théâtre ?
Quels éléments corporels évoquent l’univers beckettien : marche, errance, lenteur, répétition, chute, épuisement, gestes minuscules ?
Comment les corps recouverts d’argile transforment-ils l’image des interprètes ?
Pourquoi peut-on dire que le texte n’est pas illustré mais incarné ?
Comment la parole, les sons, les soupirs ou les grognements participent-ils à l’écriture chorégraphique ?
En quoi cette œuvre montre-t-elle une interaction entre danse et littérature ?
Idée à retenir
Dans
May B, Maguy Marin ne met pas simplement Beckett en danse. Elle transforme son univers en états de corps : corps empêchés, marche, fatigue, répétition, absurdité, humanité fragile. Le texte devient une matière chorégraphique.
Table 2
It’s a Draw — Trisha Brown — 2002
Axe d’analyse
Quand la danse fabrique l’image : le geste chorégraphique comme outil de dessin.
Questions de travail
Comment le corps de Trisha Brown produit-il une trace graphique ?
Quels liens peut-on observer entre poids, appuis, amplitude, frottement et dessin ?
Le dessin est-il un résultat secondaire ou fait-il partie de l’œuvre ?
Comment le support modifie-t-il le mouvement ?
Pourquoi peut-on dire que la danse et les arts plastiques se construisent en même temps ?
En quoi It’s a Draw dépasse-t-il la simple juxtaposition entre danse et dessin ?
Idée à retenir
Dans
It’s a Draw, la danse et le dessin sont indissociables. Le mouvement produit une trace, et la nécessité de tracer transforme le geste. La danse devient un acte plastique.
Table 3
Pixel — Mourad Merzouki / Adrien M & Claire B — 2014
Axe d’analyse
Quand l’image numérique devient partenaire : transformer l’espace, les appuis et la perception du corps.
Questions de travail
Comment les projections numériques transforment-elles l’espace scénique ?
Les images sont-elles seulement décoratives ou agissent-elles sur les trajectoires des danseurs ?
Comment les danseurs semblent-ils jouer avec des lignes, des points, des sols mouvants ou des illusions de profondeur ?
Comment le hip-hop et le cirque dialoguent-ils avec l’image numérique ?
Pourquoi peut-on dire que l’image modifie la perception du poids, du sol et du déplacement ?
En quoi Pixel montre-t-il une co-écriture entre danse et arts numériques ?
Idée à retenir
Dans
Pixel, l’image numérique n’est pas un simple décor. Elle devient un partenaire qui transforme l’espace, crée des illusions, modifie les appuis et oblige les danseurs à composer avec un environnement visuel mouvant.
May B — Maguy Marin — 1981
Quand le texte devient corps : transposer l’univers de Beckett en états de mouvement
May B est une œuvre de Maguy Marin, créée en 1981. La Maison de la Danse présente la pièce comme une œuvre pour dix danseurs. Elle est inspirée par l’univers de Samuel Beckett, dont l’écriture interroge l’attente, l’errance, la répétition, l’absurde et la condition humaine.
Cette œuvre permet de comprendre une interaction forte entre danse et littérature. Maguy Marin ne cherche pas à raconter une pièce de Beckett. Elle transpose son univers en corps, en rythmes, en souffles, en sons et en déplacements.
I. Le texte n’est pas illustré : il devient un monde corporel
Dans May B, la littérature n’est pas utilisée comme un livret classique. Il n’y a pas une histoire linéaire que la danse viendrait raconter. L’univers de Beckett est plutôt transformé en atmosphère chorégraphique.
Les corps semblent errer, attendre, hésiter, recommencer. Ils avancent en groupe ou seuls, sans parvenir à sortir réellement de leur condition. Cette logique rejoint l’univers beckettien : des êtres humains fragiles, absurdes, obstinés, pris dans des situations qui se répètent.
L’argument à retenir est que Maguy Marin ne met pas le texte au service d’une narration dansée. Elle transforme la littérature en matière de corps. C’est une interaction, car l’écriture de Beckett modifie profondément la manière de bouger, de respirer, de marcher et d’exister sur scène.
II. Des corps empêchés qui incarnent l’absurde et la fragilité humaine
Les interprètes de May B apparaissent souvent avec des visages et des corps blanchis, recouverts d’argile ou de poussière. Cette apparence transforme les danseurs : ils ne sont plus des corps idéalisés, mais des présences fragiles, vieillissantes, maladroites, presque fantomatiques.
Le mouvement est fait de marches, de petits gestes, de répétitions, de déséquilibres, de soupirs, de grognements, de déplacements collectifs. Les corps semblent usés, mais ils continuent. Ils avancent malgré la fatigue, le ridicule ou l’absurdité de leur situation.
L’argument essentiel est que le texte devient un état de corps. L’absurde n’est pas expliqué par des mots : il est rendu visible par des corps qui peinent, répètent, chutent, attendent et recommencent.
III. Une co-écriture entre littérature, théâtre et danse
May B montre que la danse peut dialoguer avec la littérature sans la réduire à une illustration. Le texte agit en profondeur sur la dramaturgie, les corps, les sons, les costumes, la lumière et la relation au groupe.
La pièce est aussi proche du théâtre par la présence de figures, de situations, de sons vocaux et d’un univers scénique très construit. Mais elle reste pleinement chorégraphique : c’est par le mouvement, la marche, la répétition, le rythme collectif et les états de corps que l’œuvre produit son sens.
Cette œuvre permet donc de formuler un argument fort : l’interaction entre les arts devient féconde lorsque chaque art transforme l’autre. Beckett transforme la danse de Maguy Marin, et la danse donne à Beckett une présence corporelle nouvelle.
Dans
May B, Maguy Marin fait dialoguer la danse avec l’univers de Samuel Beckett. Le texte n’est pas simplement raconté ; il devient corps, rythme, souffle, fatigue, errance et répétition. L’œuvre montre que l’interaction entre danse et littérature peut produire une véritable co-écriture, où le mouvement donne chair à un monde textuel.
It’s a Draw — Trisha Brown — 2002
Quand la danse fabrique l’image : le geste chorégraphique comme outil de dessin
It’s a Draw est une œuvre de Trisha Brown, créée en 2002. La Trisha Brown Dance Company présente l’œuvre comme une chorégraphie interprétée par Trisha Brown, avec environ vingt minutes par dessin. Le document du MAC Lyon précise que, dans cette performance, le mouvement produit une trace graphique.
Cette œuvre permet d’analyser une interaction directe entre danse et arts plastiques. La danse ne se déroule pas devant un dessin, ni à côté d’un dessin. Elle fabrique le dessin.
I. Le dessin naît du mouvement dansé
Dans It’s a Draw, le geste chorégraphique produit une trace. Le corps entre en contact avec un support, manipule un matériau graphique, frotte, appuie, glisse, se déplace. L’image apparaît progressivement à partir de l’action.
Le dessin n’est donc pas un décor. Il n’existe pas avant la danse comme image fixe. Il apparaît grâce au mouvement. Le spectateur assiste simultanément à une performance chorégraphique et à la naissance d’une œuvre plastique.
L’argument à retenir est que la danse devient productrice d’image. Le mouvement n’est pas seulement visible ; il laisse une trace durable.
II. Le geste est transformé par l’acte de tracer
Dans cette œuvre, le corps ne bouge pas de la même manière que dans une chorégraphie classique. Il doit composer avec le support, le poids, la pression, l’amplitude, la friction, la direction de la trace. Le geste est modifié par la nécessité de dessiner.
Le corps devient un outil plastique. Les bras, le dos, les appuis, les déplacements, les rotations ou les glissements peuvent produire des lignes, des masses, des frottements, des zones plus ou moins denses.
L’argument essentiel est que l’interaction fonctionne dans les deux sens : la danse produit le dessin, mais le dessin transforme aussi la danse. Le mouvement devient graphique.
III. Le spectateur observe une co-écriture en train de se faire
Pour le spectateur, It’s a Draw crée une expérience particulière. Il ne regarde pas seulement une chorégraphie terminée. Il observe une œuvre en train d’apparaître. Chaque geste a une double valeur : il est mouvement et il est trace.
Cette relation rend visible le processus de création. Le spectateur comprend que la danse peut être éphémère, mais qu’elle peut aussi laisser une empreinte matérielle. La trace devient mémoire du mouvement.
Cette œuvre permet donc de comprendre la notion de co-écriture. La danse et le dessin ne sont pas séparables : l’un naît de l’autre, et l’autre transforme l’un.
Dans
It’s a Draw, Trisha Brown fait dialoguer danse et dessin dans une interaction directe. Le geste produit une trace graphique, tandis que le support et le matériau modifient le mouvement. L’œuvre montre que la danse peut devenir un acte plastique : le corps ne représente pas l’image, il la fabrique.
Pixel — Mourad Merzouki / Adrien M & Claire B — 2014
Quand l’image numérique devient partenaire : transformer l’espace, les appuis et la perception du corps
Pixel est une œuvre de Mourad Merzouki, créée en 2014 avec la compagnie Käfig, en collaboration avec Adrien Mondot et Claire Bardainne pour la création numérique. La Maison de la Danse et la Compagnie Käfig confirment la direction artistique et chorégraphique de Mourad Merzouki, ainsi que la création numérique d’Adrien Mondot et Claire Bardainne.
Cette œuvre permet d’étudier l’interaction entre danse hip-hop, cirque et arts numériques. L’image n’est pas seulement projetée derrière les danseurs : elle agit sur la perception de l’espace et sur la manière dont les corps semblent se déplacer.
I. L’image numérique n’est pas un décor : elle devient un environnement actif
Dans Pixel, les projections numériques construisent un espace mouvant. Points, lignes, flux, surfaces, illusions de profondeur ou de déplacement transforment le plateau. Le spectateur peut avoir l’impression que le sol glisse, que l’espace se creuse, que les corps traversent une matière lumineuse.
L’image n’est donc pas un simple arrière-plan décoratif. Elle modifie la perception de la scène. Elle crée des obstacles, des chemins, des illusions et des perturbations visuelles.
L’argument à retenir est que le numérique devient partenaire de la danse. Il ne se contente pas d’habiller le mouvement : il participe à la composition de l’espace chorégraphique.
II. Les danseurs composent avec un espace visuel instable
Les danseurs de Pixel doivent composer avec les images. Le hip-hop, les appuis, les glissades, les sauts, les équilibres ou les gestes circassiens prennent une autre dimension lorsqu’ils sont placés dans un environnement numérique mouvant.
Le corps semble parfois jouer avec des pixels, éviter des lignes, suivre des flux, tomber dans des illusions ou modifier son poids face à des images projetées. Le spectateur perçoit alors le mouvement autrement : l’espace virtuel transforme le corps réel.
L’argument essentiel est que l’image agit sur la danse. Elle influence la trajectoire, l’équilibre, le rythme, le rapport au sol et la perception du poids.
III. Une co-écriture entre corps réel et espace virtuel
Dans Pixel, la danse et le numérique sont interdépendants. Sans les projections, les mouvements n’auraient pas le même sens perceptif. Sans les corps, les images resteraient abstraites. C’est leur interaction qui crée l’œuvre.
Le spectateur voit un dialogue entre réel et virtuel. Il ne sait parfois plus si le corps agit sur l’image ou si l’image agit sur le corps. Cette ambiguïté produit l’intérêt chorégraphique de l’œuvre.
Cette œuvre permet donc de comprendre une forme contemporaine du dialogue entre les arts : la danse ne dialogue plus seulement avec la musique ou le décor, mais avec un environnement numérique qui transforme l’espace scénique.
Dans
Pixel, Mourad Merzouki, Adrien Mondot et Claire Bardainne construisent une interaction entre danse et arts numériques. L’image devient un partenaire actif qui transforme l’espace, les appuis, les trajectoires et la perception du corps. L’œuvre montre que le dialogue entre danse et autres arts peut devenir une véritable co-écriture entre corps réel et espace virtuel.
Une question, une réponse :
Quand les autres arts deviennent-ils partenaires d’écriture de la danse ?
Dans cet épisode des Antisèches, Lelabodart explore le troisième niveau de dialogue entre danse et autres arts : l’interaction. Ici, le texte, le dessin ou l’image numérique ne sont plus au service de la danse, ni simplement juxtaposés à elle. Ils transforment l’écriture chorégraphique.
À travers les œuvres suivantes :
• May B — Maguy Marin — 1981
• It’s a Draw — Trisha Brown — 2002
• Pixel — Mourad Merzouki / Adrien M & Claire B — 2014
Cet épisode montre que les autres arts peuvent devenir des partenaires de co-écriture : la littérature devient corps, le mouvement devient trace, l’image numérique transforme l’espace.
👉 Objectif :
Comprendre comment l’interaction entre les arts transforme le corps, le mouvement, l’espace et la perception.
| May B | It’s a Draw | Pixel | |
|---|---|---|---|
| Chorégraphe / artistes / date | |||
| Arts mis en interaction | |||
| Nature de l’interaction | |||
| Ce que l’autre art transforme dans la danse | |||
| Corps donné à voir | |||
| Rapport à l’espace | |||
| Rôle du spectateur | |||
| Notion clé | |||
| Argument central pour la partie III |
Activité 5 - Dissertation
«Répondre au sujet»
Sujet : Comment la danse dialogue-t-elle avec les autres arts ?
A rendre (Individuel - fin de séquence): Dissertation
| Introduction | Mon contenu |
|---|---|
| Accroche | |
| Définition mot clef 1 + Question | |
| Définition mot clef 2 + Question | |
| Définition mot clef 3 + Question | |
| Questionnement | |
| Problématique | |
| Plan |
| Partie 1 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Partie 2 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Partie 3 | Ce que je vais démontrer dans cette partie : |
|---|---|
| Argument 1 (oeuvre au programme) | |
| Argument 2 (oeuvre hors programme) | |
| Argument pratique | |
| Conclusion de partie | |
| Transition |
| Conclusion | Mon contenu |
|---|---|
| Retour sur la problématique | |
| Synthése | |
| Ouverture |
Activité 6 - Evaluation formative
Co évaluation
Sujet : Comment la danse dialogue-t-elle avec les autres arts ?
A partir de la grille d’évaluation des épreuves écrites du baccalauréat, corriger, noter et commenter les copies de vos camarades.








