Analyse d’œuvre
And so you see… de Robyn Orlin
Faire du corps post-apartheid un corps critique, excessif et impossible à neutraliser
L’œuvre en bref
Titre complet And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice…
Chorégraphie Robyn Orlin
Création 2016
Interprète Albert Ibokwe Khoza, performeur sud-africain
Forme un solo
Contexte l’Afrique du Sud post-apartheid : racisme, homophobie, chômage
And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… est une œuvre de Robyn Orlin, créée en 2016, avec le performeur sud-africain Albert Ibokwe Khoza. Numeridanse confirme l’année de création 2016. Le Festival d’Automne présente l’œuvre comme un solo traversé par les tensions d’une société marquée par le racisme, l’homophobie, le chômage et les paradoxes de l’Afrique du Sud contemporaine.
Robyn Orlin part d’une idée forte : la danse est politique. La Biennale de Lyon rappelle que son travail observe l’histoire, les divisions et les blessures sociales et culturelles de l’Afrique du Sud.
Analyse
I. Une scène saturée pour rendre visibles les contradictions sociales
Le dispositif de Robyn Orlin ne cherche pas la sobriété. La scène est traversée par des images, des costumes, de la parole, des adresses directes, des excès visuels et une forte théâtralité. Cette saturation est importante : elle donne forme à une société elle-même traversée par trop de contradictions.
L’œuvre ne présente pas un corps abstrait ou universel. Elle expose un corps situé, pris dans l’histoire de l’Afrique du Sud post-apartheid. Le plateau devient un espace où se croisent race, genre, spiritualité, tradition, modernité, violence sociale et liberté.
L’argument à retenir est que Robyn Orlin utilise l’excès comme outil politique. Elle refuse une scène lisse ou neutre, parce que le réel qu’elle interroge est lui-même conflictuel, blessé et instable.
II. Un corps transformé, parlant et dansant pour refuser les catégories imposées
Le corps d’Albert Ibokwe Khoza est central. Il ne se contente pas de danser : il parle, chante, regarde, provoque, se transforme, se costume et occupe la scène avec une présence très forte. Le corps devient un lieu de collision entre plusieurs identités.
Ce corps est politique parce qu’il résiste aux classifications simples. Il peut être à la fois traditionnel et contemporain, masculin et traversé par d’autres formes d’expression, sérieux et burlesque, spirituel et satirique. La Biennale de Venise formule précisément ces tensions à travers des questions identitaires : peut-on être à la fois homosexuel et traditionnel, citoyen du monde et authentiquement sud-africain ?
L’argument essentiel est que le corps devient politique lorsqu’il refuse d’être réduit à une seule identité. La danse permet ici de rendre visible une subjectivité complexe, instable et puissante.
III. L’humour, l’ironie et l’inconfort comme armes critiques
Robyn Orlin utilise l’humour et l’ironie non pas pour alléger le politique, mais pour le rendre plus incisif. Le spectateur peut rire, être dérangé, être surpris ou se sentir mal à l’aise. Ce trouble fait partie du discours politique de l’œuvre.
L’Onassis Foundation présente le travail de Robyn Orlin comme toujours politique, mais jamais sans humour, ironie, inventivité et puissance transformative. Cette articulation est essentielle : le rire n’annule pas la critique, il la déplace.
L’argument à retenir est que la danse politique n’a pas besoin d’être grave ou démonstrative. Elle peut être satirique, excessive et inconfortable. Chez Orlin, le corps fait apparaître les blessures sociales en empêchant le spectateur de rester dans une réception confortable.
À retenir
Dans And so you see…, Robyn Orlin fait du corps un outil de critique sociale. Le corps d’Albert Ibokwe Khoza porte les tensions de l’Afrique du Sud post-apartheid : racisme, genre, tradition, spiritualité, liberté, marginalité. La danse devient politique par l’excès, l’humour, l’ironie et l’impossibilité de neutraliser ce corps.
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Sources. Texte d’analyse : Sophie Martinez, Le Labo d’Art (cours « En quoi la danse peut-elle porter un discours politique ? »). Références citées dans le texte : Numeridanse, Festival d’Automne, Biennale de Lyon, Biennale de Venise, Onassis Foundation. Vidéo : And so you see… · Robyn Orlin · 2016.







